Chansons, textes
Friday On My Mind

Friday On My Mind

The Easybeats

par Emmanuel Chirache le 28 avril 2009

Single sorti en novembre 1966 (German United Artists/Parlophone)

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Oubliez Yesterday, oubliez Satisfaction, oubliez aussi My Generation et Sunny Afternoon. Le morceau du Swinging London à retenir s’appelle Friday On My Mind et il a été composé par des Australiens d’adoption : les Easybeats. D’adoption seulement, car les membres sont en réalité originaires de Grande-Bretagne et de Hollande. Mais c’est depuis Sydney qu’ils lorgnent avec envie sur Londres et sa frénésie pop rock. Le pas est franchi en 1966, année où les Easybeats, stars dans leur pays, apprennent l’anonymat dans la capitale britannique.

Il ne faudra pourtant pas longtemps à George Young et Harry Vanda, les deux guitaristes et compositeurs du groupe, pour produire ce Friday On My Mind mythique et remporter la timbale. Impressionné et amusé par une mélodie des Swingle Singers, le tandem s’inspire tout d’abord des harmonies vocales de ces derniers pour les adapter à sa sauce. « C’est là que nous avons pris les doo doo doo doo doo, raconte Vanda. Nous avons rassemblé ensuite quelques riffs qu’on avait. Les paroles exprimaient bien le point de vue d’un travailleur moyen. Et on ne jurait même pas. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on ne peut pas s’exprimer sans jurons. » Ce travailleur moyen évoqué par le guitariste, c’est le jeune prolétaire ou employé de bureau d’une vingtaine d’années qui ne pense qu’au vendredi toute la semaine.

Monday morning feels so bad,
Ev’rybody seems to nag me
Coming tuesday I feel better,
Even my old man looks good,
Wednesday just don’t go,
Thursday goes too slow,
I’ve got Friday on my mind

Sur fond de mélodie sautillante à la tonalité un brin orientaliste, relevée par des arabesques de guitare tout simplement magiques, le chanteur Steve Wright crie sa lassitude du « Nine To Five », ou « neuf heures à dix-sept heures » en français, les horaires de bureau réglementaires. Après cette montée magnifique tout en alternate picking (un coup vers le bas, un coup vers le haut sur les cordes avec un médiator), l’explosion orgasmique des guitares et des chœurs nous entraîne dans la folle ronde du weekend, alcool, cigarettes et p’tites pépés.

Gonna have fun in the city,
Be with my girl she’s so pretty,
She looks fine tonight,
She is out of sight to me

C’était la belle époque des Trente Glorieuses, quand la semaine de travail et les deux jours de relaxe rythmaient harmonieusement la vie des hommes, après des siècles de travail permanent (un paysan ne partait pas en weekend) et avant la civilisation des loisirs, des 35 heures et du chômage de masse actuelle, où tout le monde - ou presque - est en weekend toute la semaine.

Grâce à cet hymne pour jeunes travailleurs, et surtout grâce à l’originalité aiguë de la mélodie, Friday On My Mind casse la baraque dès sa sortie, atteignant la première place des charts en Australie, la sixième en Angleterre et la seizième aux Etats-Unis. Comme pour beaucoup de groupes, ce hit monstrueux ne sera jamais suivi d’autres, et ce malgré un catalogue de chansons à se rouler par terre. Car les Easybeats ont produit suffisamment de morceaux géniaux pour qu’on les hisse au côté des Who, Kinks et autres Yardbirds. Quelque part entre la pop élégante des Beatles et la hargne rock des Stones, le groupe a torché quelques pépites démentielles, un vivier de tubes potentiels et méconnus dans lequel un grand nombre d’apprentis rockers feraient bien de piocher (tiens, d’ailleurs le Molly’s Chamber des Kings Of Leon fait furieusement penser à I’ll Make You Happy des Easybeats).

Chose amusante et petit épilogue à notre article, le groupe s’est vu conseiller à la suite de Friday On My Mind de composer des variations sur le même thème, à la manière des Kinks avec You Really Got Me et All of The Day and All of The Night. Tout comme on ne change pas une équipe qui gagne, les pontes de la maison de disques estiment qu’il faut garder les ingrédients similaires pour faire un second tube, pseudo-recette marketing à l’efficacité quasi nulle la plupart du temps. Les Easybeats sortiront donc deux titres très proches de leur hit, mais sans succès : Who’ll Be The One, un produit dérivé sympathique, mais surtout Happy Is The Man, tuerie absolue dont le texte et la musique tutoient eux aussi la perfection. Que cela ne vous empêche pas d’écouter d’abord Friday On My Mind cinquante fois de suite, chaque chose en son temps.



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