Pochettes
I, Jonathan

I, Jonathan

Jonathan Richman

par Oh ! Deborah le 28 juillet 2011

Paru en 1992 (Rounder Records)

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On peut penser à juste titre que c’est la pochette la plus horrible de l’histoire du disque mais c’est un peu la coutume de notre chansonnier au grand cœur, que de publier régulièrement des horreurs pareilles. Ainsi, la photo de I, Jonathan rivalise avec celle de Jonathan Richman and the Modern Lovers ou encore de Jonathan, Tevas A Emocionar !. Jonathan Richman pose seul sur ses pochettes, et ce de la même façon que bon nombre de chanteurs de variétoche voire de latino lovers, en moins glamour.

L’ex-chanteur des Modern Lovers ou l’ex-apprenti new yorkais né à Boston, a depuis très longtemps changé de bord. Marqué par les conflits de son premier groupe et le système de l’industrie musicale, il renonce très vite à l’électricité et la hype entourant son mythe de premier punk new yorkais, préférant chantonner en solo pour des enfants ou des handicapés dont il se sent plus proche. Pas qu’une cure de jouvence, Jonathan continuera des années durant à fabriquer ses comptines de chanteur de rue, toutefois nostalgique du rock des années 60 et 50, à base de guitare acoustique et de textes très enfantins. Il se passionne pour l’Europe, particulièrement la France et l’Espagne dont il apprend les langues, ainsi que pour les chansons traditionnelles de ces deux pays -chez nous, pour Charles Trenet et Aznavour.

A croire que Jonathan n’a jamais été vraiment un rockeur, on le retrouve ici d’un naturel absolu, posant dans le vide, un début de sourire figé sur sa figure, dénué du moindre style, sous un éclairage quelconque. Juste, Lui, Jonathan.

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Derrière l’album, l’homme rit aux éclats, comme sur un cliché de vacances ou une pub pour de la lessive. La simplicité de Jonathan est mystérieuse. Est-ce une façon de se démarquer des codes propres aux visuels artistiques, aux modes ? On se souvient alors du morceau I’m Straight (Je suis normal) issu du chef d’œuvre The Modern Lovers. Ou est-ce qu’il est -tel qu’on le décrit la plupart du temps- le seul être conscient au monde à jouir d’une naïveté pure et naturelle ? Y’a-t-il du second degré chez Jonathan, notamment au sujet de cette pochette aux couleurs douteuses ? A cette dernière question, une seule et grave réponse est possible, et le regard de l’intéressé sur la photo en témoigne : personne n’en est certain. On ne peut pas ici dresser un portrait psychanalytique mais tout ce qu’on sait, c’est que Jonathan semble bien sincère et unique dans sa démarche, quelle qu’elle soit. Et que sa modestie, son amour pour l’enfance, sa volonté d’être à ce point ce qu’il est, de chanter pour rendre heureux, lui confère quelques notes d’une folie flirtant avec le syndrome de Peter Pan.

L’album est donc dépouillé et authentique, peu produit, plutôt festif. Fête intimiste et sans artifice chez l’oncle Jonathan (Parties In The USA), débauche en famille (et donc relative) quand les enfants sont couchés. Mémoires du Velvet chères au premier fan du groupe de Lou Reed lorsque se glisse un extrait repris de Sister Ray.

Sur cette pochette (petit) bateau, Ned Claflin, qui a travaillé en tant que guitariste sur l’album, dit cela : « Lui et ses chansons détiennent une pureté spirituelle qui est toujours rare. Jonathan suggère que la beauté et la pureté qu’il chante et qu’il écrit existaient partout et tout le temps. Il s’agit d’une des rares fois où Jonathan a menti. Cette beauté et pureté là sont uniques dans une vie. »



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