Sur nos étagères
I Want You

I Want You

The Wantones

par Aurélien Noyer le 13 mai 2008

1,5

Paru le 7 avril 2008 (Tôt Ou Tard)

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Les Français aiment le concept, la simple idée de s’imposer une règle pour créer une œuvre, de s’astreindre à un postulat prédéfini... Les surréalistes avaient développé la technique du cadavre exquis ; plus tard, Michel Butor ajoutait une pierre au Nouveau Roman en écrivant La Modification, roman écrit entièrement à la deuxième personne du pluriel (par exemple : « vous étiez assis dans un compartiment de troisième classe semblable à celui-ci »). Quelques années plus tard, Georges Perec manifestait son appartenance à l’Oulipo (pour Ouvroir de littérature potentielle) avec La Disparition, écrit sans jamais utilisé la lettre ’e’. Mais le plus célèbre membre de l’Oulipo reste sans doute son fondateur Raymond Queneau dont le célèbre Exercices de Style raconte 99 fois la même histoire de 99 façons différentes.

Et quelque part, ces fameux Wantones (JP Nataf, ex-Innocents, Albin de la Simone, Bertrand Bonello, etc.) devaient bien connaître leur petit Queneau illustré lorsqu’il se sont lancés dans le projet I Want You qui consiste non pas à reprendre 99 fois la même chanson de 99 façons différentes, mais de reprendre 11 chansons toutes intitulées I Want You. L’idée est certes séduisante et, lorsqu’elle a été lancée par l’un ou l’autre des membres du groupe, a bien dû les faire marrer, puisqu’ils se sont baptisés dans la foulée The Wantones, à savoir quelque chose comme « les Trainées ».

Bref, pour l’auditeur avide de nouveautés musicales, sympathiques et ludiques, le projet était aguicheur. Malheureusement, leur prestigieux patronage se situe visiblement au-delà de leurs ambitions.

A l’écoute de l’album, il est difficile de se détacher de ce sentiment de vacuité, d’inutilité profonde - à la limite du vide intersidéral. Tant pis pour eux. Ils n’ont pas réussi (ou n’ont pas voulu) pousser le concept aux limites de ses possibilités. Certes, ils réinterprètent chaque titre, trouvant de nouveaux arrangements, mais ceux-ci puent le dilettantisme et la facilité, voire le je-m’en-foutisme. Sans doute le fait de mener à bien leur blague potache leur a-t-il suffi, aussi n’ont-ils pas pris la peine d’y travailler un peu pour en sortir quelque chose de valable.

L’autre possibilité étant évidemment qu’ils aient cru à leur projet et y aient vraiment travaillé... auquel cas ils ont totalement loupé leur coup.
Pour résumer, le disque fait irrésistiblement penser à une compil’ pour bobo, genre compilation des musiques de Paris Dernière, avec un concept en gadget bonus.

La cèlèbre chanson de Dylan est consciencieusement écorchée, écartelée et démembrée, vidée de toute vie ; le chant détaché et indolent était un postulat artistique intéressant mais là, le chanteur n’en a vraiment rien à foutre. L’obscure chanson de Debbie Harry en solo est réduit à une simili-chanson : un riff saturé, une basse sautillante sur les refrains et des chœurs en guise de chant.

Le pauvre Elvis Costello retrouve sa déclaration d’amour caricaturée en une version « Tom Waits du (très) pauvre », et le dit Tom Waits ne s’en sort pas vraiment mieux, devant plonger dans la mélasse insipide pour déclarer sa flamme. Même la chanson de Kiss, sur laquelle il y avait sans doute la possibilité de faire quelque chose de fun, provoque un ennui profond.

Quelque part, on se dit toujours que c’est dommage, qu’en bossant ils auraient pu faire mieux. Mais en même temps, il est flagrant que ceci n’est qu’un vœu pieux, et que vu la platitude générale de l’album, il ne pouvait avoir d’autre forme.



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Track-listing :
 
1. Someday (You’ll want me to want you) (Dean Martin) (2’51")
2. I Want you (Kiss) (4’18")
3. I Want you (Bob Dylan) (4’02")
4. I Want you (Elvis Costello) (5’19")
5. I Want you (Debbie Harry) (2’32")
6. I Want you (The Mabuses) (3’27")
7. I Want you (Christine Perfect) (2’26")
8. I Want you (Laurie Markovitch) (3’39")
9. I Want you (Christophe J) (3’28")
10. I Want you (Chris Stamey) (3’41")
11. I Want you (Tom Waits) (2’06")
 
Durée totale : 37’49