Portraits
L'appel d'Air

L’appel d’Air

par Milner le 14 février 2006

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Aussi improbable qu’incroyable, Air, l’un des nombreux représentants de la french touch, est devenu en l’espace d’une dizaine d’années la référence indispensable de ce début de millénaire pour tous les amateurs de climats éthérés et de voyages sonores. Découverte d’une carrière peuplée d’aventures, d’énigmes, de rencontres et de succès...

La scène se passe le 7 juillet 2001 à Seattle, Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel jouent ce soir devant un bon millier de personnes alors que 400 demandes de tickets ont déjà été rejetées. Pourtant, après un show de très haut niveau, le duo et ses musiciens quittent la scène sans jouer Sexy Boy, le rappel tant attendu, estimant que le public ne le mérite pas car il n’a pas su renouveler le triomphe qu’avait jusqu’alors connu Air lors des précédentes dates de sa tournée nord-américaine. « C’est quoi ce putain de musée ? », s’aventurera à dire un Godin très remonté par la terne réaction du public présent ce soir-là au Experience Music Project, sorte de Centre Pompidou pour architecte mégalomaniaque échappé d’un film de science-fiction. Ils sont comme ça les Français, peur que la machine qu’ils ont fabriqué s’envole sans eux ; peur de perdre le contrôle sur ce qui leur arrive depuis bientôt trois ans car s’imposer aux États-Unis lorsqu’on vient de la Gaule profonde n’est pas chose facile et n’avait jusqu’à présent jamais été réalisé.

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Le duo magique : Nicolas Godin à gauche et Jean-Benoît Dunckel

 De Versailles à la Lune

Amplifiée par le temps qui a fait du duo français l’icône la plus rafraîchissante et la plus novatrice de la pop expérimentale, l’histoire des deux têtes pensantes de l’entité Air est pourtant assez classique. Tous deux nés en 1969, Nicolas Godin et Jean Benoît Dunckel viennent de Versailles et ses alentours, en région parisienne. Les deux compères se rencontrent au lycée dans les années 80, et forment le collectif Orange avec d’autres protagonistes de la scène électronique française comme Etienne de Crécy, Alex Gopher. Ils tentent ensemble de présenter quelques démos à des maisons de disques mais en vain. Un peu découragé, Nicolas se lance dans des études d’architecture tout en continuant de bidouiller assidûment ses petits synthés dans son salon. Il sort son premier titre Modulor en 1995 sur la compilation de Virgin Records Source Lab Vol.1. Ce morceau ne dort pas sous l’eau, puisqu’il se retrouve chez nos voisins d’Outre-Manche, pour être programmé par la BBC, en 1996. Entre temps, Jean Benoît Dunckel (qui était devenu prof de maths et pianiste de bar à l’occasion) rejoint Nicolas et forment le duo guitares-claviers Air. Le second maxi CD sort en juillet 1996 sous le titre Casanova 70. La mélodie lancinante et envoûtante (pouvant rappeler parfois les sensations agréables d’une grasse matinée) permet au duo de percer côté anglais en mélangeant allégrement la variété française la plus mélodique et la plus populaire, comme par exemple Joe Dassin ou Michel Polnareff.

Toujours dans la série des maxi CDs, Le Soleil Est Près De Moi apparaît dans les bacs en 1997. La compilation Premiers Symptomes de 1997 va alors regrouper les trois titres cités ci-dessus ainsi que Californie et Gordini Mix d’Alex Gopher, remixé par Air. Le duo commence désormais sérieusement à faire parler de lui. C’est à ce moment qu’il travaille avec un vétéran de la musique électronique, le Français Jean-Jacques Perrey, avec qui ils participent à la création des titres Remember et Cosmic Bird. Parallèlement, Nicolas et Jean-Benoît travaillent au printemps 1997 sur leur futur grand succès Moon Safari qui sort finalement le 27 janvier 1998. Disque mélancolique teintée d’humour produit par les deux compères et de leur ingénieur du son Stéphane Briat, il s’agit d’une envolée planétaire pour le duo versaillais, une reconnaissance aux States (la pochette de l’album est signée Mike Mills, graphiste attitré des corrosifs Beastie Boys) et en Angleterre, où Air participera à l’émission séculaire Top Of The Pops. D’autres morceaux se greffent au disque, comme Kelly, Watch The Stars !, permettant une synergie potentialisatrice de succès avec Sexy Boy. La notoriété ainsi acquise permet au duo de renforcer leur expérience des concerts grâce à leur première tournée aux États-Unis au succès incroyable. Le succès du duo serait-il étranger aux Français ? Même s’ils raflent, en février 1999, la Victoire de la Musique techno/dance (titre correspondant aujourd’hui à la musique électronique, à l’appellation plus générale), la très grosse majorité des disques est vendue hors de nos frontières si bien qu’à peu près trois millions d’exemplaires ont été écoulés depuis sa parution.



[1Références bibliographiques :

Magazines : Q Magazine, Rock & Folk, New Musical Express
Site web : Air - French Band : http://membres.lycos.fr/frenchband
Illustrations : Brrr - Tous droits réservés

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