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L'Étreinte

L’Étreinte

Miossec

par Psymanu le 11 septembre 2006

2,5

paru le 21 août 2006 (Pias)

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Et de six pour Miossec. Après la demi-déception que constituait 1964, malgré quelques tours de force auxquels il nous avait de toute manière habitué, c’est une bien étrange pochette, un portrait de notre gars signé Paul Bloas, qui nous accueille dans cette étreinte, qu’on espère brûlante, comme les autres, comme à chaque fois avec Christophe.

Sixième disque, donc, et nouveauté à plusieurs titres. Parce qu’on nous le rabâche (lui-même le fait) à longueur de promo, celui-ci est un album charnière, un passage aux choses sérieuses, quasiment. On avait oublié qu’auparavant, il se contentait d’amuser la galerie, ben oui, hein, c’est un rigolo, le Mio. Il paraît, donc, qu’autrefois, Miossec, si on lui reconnaissait (vite fait) quelques qualités de texte et d’interprétation, était accompagné d’une musique « indigeante ». Si, si, on a lu ça, au détour de quelques torchons. C’est que la France, en bon pays gastronome, aime les mayonnaises denses à en vomir, avec plein de choses dedans, et de faire monter tout ça, la bave aux lèvres, jusqu’à ce que ça retombe. Comme souvent. Ben pareil avec la musique, apparemment, « plus y en a, mieux c’est ». Les paroles, cette voix coincée ou vociférante, ça ne suffisait pas. De jolis mots, qui ont du sens, ça semble aller de soi, se doivent d’être renforcés d’un orchestre philharmonique, au moins. C’est ce qu’on dit. Quel con, ce « on », qui par ce type de raisonnement engendre douze Benjamin Biolay par jour. Bon sang, Miossec pourrait chanter a capella qu’il surpasserait déja 90% de ces obsédés de l’esthétique. Dans un seul postillon de ce mec, il y a plus que dans tout Vincent Delerm. Et puis quoi, c’était pas si dégueu, jusqu’ici, c’était juste simple et pas consensuel. À croire que c’est une insulte. Bref, on flippe un peu, en posant la galette sur la platine. Et si ce cher vieux Christophe avait voulu trop en faire ?

Bon ça va, quand même, le premier titre (et single), La Facture D’Électricité, nous rassure assez vite, c’est du Miossec. Alors il y a des chœurs, ce qui est plutôt nouveau, la rythmique est vive et enlevée. Mais, du coup, le tout sonne un peu « déja entendu » chez pas mal d’artistes dits « pop rock ». Ca n’est pas que ce soit vilain, c’est juste que de la part du bonhomme on ne s’attend pas forcément à ça. Quoi que, sur 1964, déja... Miossec tente même l’exercice difficile de la chanson pour sa mère. Il le reconnait lui-même, c’est casse-gueule. Mais il reste debout. Maman, malgré un gimmick un rien facile (« tant que je respire, j’espère encore maman »), ça passe tout seul, il y a cet auto-apitoiement, qui nous est familier, mais toujours sans larme, sans trop en faire, juste ce qu’il faut de pudeur. La Mélancolie est une chanson d’une grande sobriété, dans le texte, peu de mots ou de longues phrases, un flow pile adéquat, sur une musique qui donne envie de danser les yeux au plafond, tête en arrière, en hurlant le chœur, qui trouve ici une vraie raison d’être. Miossec a passé un cap, dans sa vie, ça se sent. C’est ce qui lui permet d’écrire avec du recul, non pas uniquement sur ses déboires dans l’ici et maintenant, mais sur des instants passés sur lesquels on revient juste pour y voir plus clair. Ainsi 30 Ans, ce qu’il n’a plus depuis un petit moment et dont il parle en quadragénaire, à l’attention de celui qui est en train de les prendre en pleine gueule. On n’est pas dépaysé sur Mes Crimes : Le Châtiment, dont la partie guitare ressemble fort à des choses qu’on a pu entendre sur Boire, même si le tout se charge en instru, le morceau avançant. Pour ce qui concerne le propos, si dur qu’il soit, il n’est jamais ne serait-ce que grossier. Il y a du détachement, et ça, c’est nouveau. D’ailleurs, le titre Quand Je Fais La Chose sonne curieux dans la bouche d’un mec qui a intitulé son second album Baiser. Mais à l’intérieur, on est en terrain connu, on y décrit les paradoxes angoissés des vieux amants, il y a du trash, une odeur de souffre.

Pour autant, « Je sais bien qu’aujourd’hui je te fais pitié, mieux vaut avoir à en rire qu’avoir à en pleurer » résonne à nouveau comme à distance, l’écho d’un certain fatalisme amusé. Superbes arrangements que ceux du Loup Dans La Bergerie, qui prennent presque le pas sur un texte un peu trop mignon, en deça du reste. Plus acoustique, La Grande Marée est plein de promesses, de celles des amoureux transis, des paroles presque juvéniles, ce qui est un comble, mais l’amour ce n’est que ça, finalement. On prend une pause, Miossec s’en grille une avant d’y revenir. Mais timidement. Encore des facilités sur L’Imbécile, une chanson où il s’écoute chanter, mais sans trop oser de peur d’on ne sait quoi, il y a de la demi-teinte, de la pâleur. Et l’amère sensation que notre Mio se répète, en moins bien que ce dont on le sait capable. L’Amour Et L’Air est ainsi dispensable, rengaine. Un peu. Mais c’est déjà trop, pour lui. Et ça ne s’arrange pas tellement sur Julia, la rédemption, arrêter les conneries en échange de l’être cher. Il nous l’a déja dit mille fois, qu’il en était capable, et cette nana-là n’est pas la première à qui il fait le coup. Et on dirait que même lui n’y croit plus vraiment, à ce qu’il raconte. L’Étreinte se clôt sur une berçeuse. On ne s’y attend pas. Enfin, surtout à un truc aussi terne, quoi. On préfère oublier, sans doute avait-il besoin de dire ces choses-là, lui, mais ça ne nous regarde pas, nous.

L’Étreinte se laisse écouter sans déplaisir. Mon dieu, Miossec a fait paraître un disque qui « se laisse écouter », on se le répète en se pinçant pour y croire. Il ne nous prend donc plus à la gorge. On l’entend parfois à peine derrière ses musiciens, et ce qu’il dit est ici quelque peu inégal. Même lui semble s’endormir sur la fin. Est-ce qu’on lui en demande trop ? Il est peut être moins malheureux, on n’a pas le droit de le préférer triste, comme on n’a pas le droit de lui demander d’épendre ses tripes sur chaque disque, à chaque concert. Mais quand même, on est déçu, il n’y a pas d’autre mot. Preuve est faite, une nouvelle fois, qu’un effort maximal sur les arrangements et les compositions ne peut sauver un disque duquel son auteur est « absent », transitoirement au moins. Il s’est fait plaisir, ça se sent, à écouter ses musiciens lècher son travail, l’enrober de sucre. Mais nous, les auditeurs, on a du mal à le suivre jusqu’au bout, à se pendre à ses lèvres parce qu’il nous en dit de moins en moins et nous distrait avec de beaux atours. Son changement de cap n’est pas le nôtre, mais on espère tout de même le recroiser à l’occasion, puisque la Terre est ronde. Et qu’alors il nous en dira plus.



Vos commentaires

  • Le 13 octobre 2013 à 11:15, par Cathedrale En réponse à : L’Étreinte

    Superbe chronique !

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Tracklisting :
 
1- La Facture D’Électricité (3’15")
2- Maman (2’57")
3- La Mélancolie (5’28")
4- 30 Ans (3’25")
5- Mes Crimes : Le Châtiment (3’08")
6- Quand Je Fais La Chose (3’17")
7- Le Loup Dans La Bergerie (5’29")
8- La Grande Marée (3’03")
9- L’Imbécile (3’22")
10- L’Amour Et L’Air (3’54")
11- Julia (3’20")
12- Bonhomme (3’02")
 
Durée totale : 43’40"

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