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La Chance...

La Chance...

Anis

par Psymanu le 27 mars 2007

4

paru le 23 juillet 2006 (EMI)

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C’est toujours intéressant, le mélange des genres. Surtout quand ça fait de beaux enfants. Anis, c’est un jeune gars de 30 piges qui chante sous influence ragga des paroles façon rap sur une musique jazzy qui lorgne parfois vers le reggae et le blues. Le résultat de ce melting pot balèse, c’est La Chance....

Le hip hop a le vent en poupe. Surtout depuis qu’il s’est trouvé une brêche pour fuir l’endormissement et le bling-bling façon Baraccuda de l’Agence Tout Risque dans cette chose que l’on appelle le slam. Bonne idée, car elle rend à ce courant ce qui fit son essence et sa raison d’être : de vrais textes énoncés de façon à ce qu’il trouve en eux-même une musicalité. Ils doivent être rythme, ils doivent être mélodie. Avant d’être posés sur un sample ou de véritables instruments. Sauf que la plupart des rappeurs actuels ont oublié de mettre du swing dans leur flow. « Bon, qu’est-ce qu’il nous saoule avec le rap, lui ? Anis n’est pas un rapeur que je sache ? » Eh bien justement, d’une certaine façon, si. Dans cette façon de laisser couler des mots en un flux ininterrompu, puis de les heurter contre le rythme parfois afin qu’ils prennent soudain consistance solide, puis leur rouvrir la voie à nouveau. Et puis dans le caractère concret du propos, aussi, il parait qu’on appelle ça de la poésie urbaine. Il n’y a qu’à écouter le single, Cergy, pour s’en convaincre. Remplacez la batterie de ce jazz joliment suranné par un vilain beat samplé lourdingue, faites-en marteler les lyrics par Faf La Rage, ou n’importe quel autre bourrin, et vous verrez. C’est du « peura », ça chante la banlieue mais pas le 93, sauf que, c’est de bon goût dans le tordage de cou aux clichés, et en plus, Anis sait chanter. Et plutôt très bien, avec un petit filet nasillard qui vibre avec aise et fluidité. Et puis, lui-même ne clame-t-il pas J’Aurais Voulu Etre Un MC sur un funk de salon (avec reprise d’un petit gimmick des Fugees qui fait toujours plaiz) ? Lui il se voit raté, perdu pour le genre, et pourtant, promis, il a tout compris. En tout cas il y a les même parfums. Celui du bitume, notamment, comme dans Mon Métro, mais Anis y met du soleil via un reggae pour lequel sa voix semble taillée pile-poil.

Mais des saveurs, il y en a d’autres. Le Bistro baigne dans une foutue mélancolie éthylique qui colle le bourdon, un blues délicat plein des effluves d’un comptoir fraîchement passé au torchon, on les voit, les saoulards, il nous les montre, et au fond il les aime, cherche leur compagnie lorsque dehors y a plus personne et chez lui non plus, tente le partage. Une performance parce qu’il faut le chanter, le bistro, après qu’il l’ait été par Renaud, et plein d’autres, avec tant de brio. Comme tour de force, sur La Chance..., il y a Avec Le Vent, tout en ruptures, sonorités qui décollent de la terre ferme, et puis ce jazz, toujours, qui fait claquer des doigts et battre du pied, ce flow qui emprunte à toutes les langues, à tous les sons. « Peut-être bien qu’j’ai un p’tit grain », comme il dit, et tant mieux parce que c’est de cette graine-là qu’elle a éclot cette musique-la, et même si elle part parfois dans tous les sens, « Tant qu’ça s’danse », il n’y a rien à dire. Berceuse (Le Sommeil), chanson d’amour aux relents de cinoche (Louise Et Thelma), calypso (Intégration), tout est bon ou presque. Pensées Amères est un long slam, mi-déclamé mi-chanté, sombre comme une nuit de solitude où il n’y a plus rien à faire, qu’à refaire, ce monde dans lequel on vit, et cette chanson montre que le swing peut se faire tristesse, loin d’être synonyme de gaité.

Finalement, le seul demi-échec est peut-être Oisif, une ode à la paresse qui ne fonctionne pas tellement, la faute sans doute à quelques clichés et à un refrain aux rythmes trop faciles. Mais c’est pardonné parce que peu après, il y a Nobody Knows You, où Anis seul à la guitare nous gratifie en anglais d’une chanson qui envoie bouler toute tentative similaire (par une Carla Bruni au hasard) à mille lieues à la ronde, par sa générosité et sa fraîcheur, et par des vocaux absolument parfait.

Il est bon, ce disque. On parle souvent du « toujours difficile deuxième album », alors par quel miracle Anis est-il parvenu à faire sonner celui-ci si « facile », si doux, comme sans effort de sa part ? Sans aucun doute le talent dans le mix de ses influences diverses, toutes de bon goût, chacune sachant trouver sa place naturellement derrière le texte qui lui sied. La Chance... en est donc bien une, pour nous autres, auditeurs enjolés par les saveurs Anisées.



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Tracklisting :
 
1- Avec Le Vent (3’35")
2- Bistro (4’27")
3- Mon Métro (4’30")
4- Cergy (4’19")
5- Intégration (3’54")
6- J’Aurais Voulu Etre Un MC (2’10")
7- Peut-Etre Bien (4’29")
8- Pensées Amères -Intro (0’31")
9- Pensées Amères (4’21")
10- Louise Et Thelma (3’50")
11- Oisif (3’51")
12- La Preuve Par 1000 (2’42")
13- Le Sommeil (3’32")
14- Nobody Knows Me (2’08")
15- Reggablues (3’59")
 
Durée totale : 52’18"