Sur nos étagères
Live at Bonnaroo

Live at Bonnaroo

Warren Haynes

par Aurélien Noyer le 12 avril 2011

3,5

Paru le 8 juin 2004 (ATO Records)

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Pour beaucoup en France, y compris parmi les fans de rock, Warren Haynes est totalement inconnu. Pourtant l’animal a un beau pedigree : membre régulier du Allman Brothers Band depuis la reformation de 1989, il a tenu le rôle de Jerry Garcia dans plusieurs concerts des anciens membres du Grateful Dead et il est le leader du power-trio Gov’t Mule depuis 1994. Le problème, c’est que tout cela tendrait à le ranger dans la case « gratteux de rock sudiste, rôdé à tenir la scène dans n’importe quel bar du midwest, capable d’étirer une jam bluesy sur plus de 10 minutes »... une étiquette rédhibitoire en France où on l’associe trop souvent à un déballage sans âme et où on lui préfère une certaine concision, fût-elle parfois la conséquence d’une réelle incompétence musicale. On pourrait discuter de la validité de ce préjugé, mais ici n’est pas le lieu puisqu’on va s’intéresser à une toute autre facette de la pléthorique discographie de Warren Haynes avec cet album live, enregistré au festival Bonnaroo, où il est seul avec sa guitare.

S’éloignant des clichés du rock sudiste de par l’épure du procédé (difficile de se lancer dans un solo de 10 minutes sans une solide section rythmique), il s’attaque ainsi à d’autres horizons. Ainsi parmi les morceaux repris dans le disque, on trouve du Radiohead (Lucky), du U2 (One) et du Otis Redding (I’ve Got Dreams To Remember)... à tout cela s’ajoutent ses propres morceaux acoustiques [1] et quelques reprises, plus attendues, du Grateful Dead et des Eagles.

Et malgré ces choix surprenants (dans l’oeuvre de Radiohead, Lucky mise trop sur l’ambiance sonore pour être la candidate la plus évidente à une reprise acoustique), l’ensemble possède une réelle cohérence et dépasse de loin ce qu’on peut attendre d’un simple exercice de style acoustique. Non seulement Warren Haynes possède une voix profonde et chaude -dont le côté un peu rocailleux n’altère en rien sa capacité à émouvoir- qui supporte à merveille le fait d’être l’élément essentiel de la musique... la meilleure preuve en étant sa version de One. S’il ne réussit pas à transcender la chanson autant que Johnny Cash, il parvient néanmoins à faire oublier tout le contexte extra-musical particulièrement encombrant de la chanson pour la faire sonner comme une simple chanson, avec juste ce qu’il faut d’interprétation pour susciter d’émotion sans tomber dans le pathos.

Mais un autre point fort de Warren Haynes est un réel feeling concernant la guitare acoustique. C’est sensible tant dans ces propres titres que dans les reprises : pour lui, une interprétation acoustique ne saurait se contenter de substituer de simples accords majeurs ou mineurs aux habituels power-chords et de continuer à marteler le rythme adéquat, histoire de fournir une assise harmonique élémentaire au chant. Dans une configuration aussi restreinte que celle du Live At Bonnaroo, Haynes ne peut se permettre de négliger ses parties de guitare.

Aussi fait-il la démonstration d’un sens de l’à-propos particulièrement pertinent. Sur Beautifully Broken, il alterne riffs tout en groove tranquille et strumming tout en nuance, modulant en intensité pour amplifiant l’effet de sa voix. Reprenant Glory Road, chanson d’un ami à lui, le quasi-inconnu Ray Sisk, il fait preuve d’un sens de l’économie bienvenu, s’inscrivant dans la lignée d’une americana dépouillée mais intense et dont les meilleurs représentants se nomment Townes Van Zandt, Steve Earle ou plus récemment Bonnie ’Prince’ Billy.

Enregistré un dimanche midi, le Allman Brothers Band ayant joué le samedi soir, le concert présente un côté laid-back avec sa set-list hétéroclite et permet de percevoir une autre facette de Warren Haynes. Moins démonstrative et sans doute moins instantanément accrocheuse, elle n’en reste pas moins intéressante et si cet album ne révolutionne pas l’exercice acoustique (on est loin de la technicité de Björn Berge ou des accordages alambiqués de Nick Drake), il parvient à trouver un bon équilibre entre la simplicité des racines folk et un bel apport mélodique d’arrangement astucieux.

En somme, Warren Haynes vous réconforte pour tout ces pique-nique de printemps où un pote avait forcément apporté sa guitare acoustique pour massacrer quelques chansons, rameutant malheureusement un dreadeux qui traînait par là et qui demande s’il peut l’accompagner avec son djeumbé... et rien que ça, ça vaut grandement le détour.



[1Warren Haynes a sorti deux albums acoustiques en 2003 et 2004.

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom