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Over The Raindrops

Over The Raindrops

Erwan Pépiot

par Psymanu le 24 avril 2006

2,5

paru en décembre 2005 (autoproduit)

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Erwan Pépiot. « 19 ans, Asnières-Sur-Seine, étudiant ». On sourit (pour l’instant). La brochure a ce côté naïf qui laisse augurer une certaine spontanéité chez ce jeune multi-instrumentiste (guitariste, chanteur, batteur, clavieriste). Un fond bleu en guise de pochette, flanqué d’un très sobre « Erwan Pépiot Over The Raindrops ». Intrigant.

Intro, le bien nommé, est une longue suite d’arpèges. Apparaît une basse typiquement new wave, un peu fausse, un peu bancale, étrangement. Un titre mignon, mais trop long, pas assez costaud pour trouver sa propre raison d’être sur plus de quatre minutes, malgré les divers collages volant à son secours. Pour l’heure on est déjà un peu paumé, et on se demande ce qui nous attend par la suite. La suite, c’est Glazed Smile. On avait bien vu passer le nom Joy Division dans la brochure, on pige immédiatement pourquoi : Erwan chante comme Ian Curtis. Une voix glaciale, solennelle. Tout d’abord seul à la guitare, il est rejoint par une boîte à rythme. La couleur (noire, donc) est annoncée, Over The Raindrops poursuit cette même veine. Un jeu de gratte qui rappellera certains Sonic Youth, et plein de groupes New Wave, encore, une voix de crooner maladif. Sur six minutes. Trop long, on décroche, à mi-parcours à peu près. Dommage. On se dit que ce minimalisme répétitif est voulu, qu’il est le concept-même de ce disque, mais rien n’y fait, l’ennui nous gagne.

Puis, soudain, on change de tempo, Erwan fait groover ses accords : Nothing Wrong est plus chaud, plus vif, mais comme sur le titre précédent, on attend une batterie qui viendrait faire exploser un tout prometteur. En vain. Un contre-pied qui a peut-être pour objectif de laisser plus libre cours à sa voix, qu’il envoie valser dans tous les sens, passant avec un bonheur joyeusement inégal d’un registre à l’autre. Follow est un nouveau titre acoustique, qui a un petit côté Smiths, jusqu’au chant « à la Morrissey » de Pépiot. Très sympa, en tout cas. Cloudless Sky rappelle Interpol. Qui rappelle déjà plein de trucs, me direz-vous, on ne quitte pas l’univers 80’s, heureusement dans ce qu’il a de plus agréablement spécifique. Mais voilà qu’à nouveau la lassitude frappe à la porte. Répétitif, il manque l’étincelle.
Turning On The Lights débute comme de l’electro, un beat, un clavier « cheap » exprès, avant qu’enfin les guitares n’apparaissent. On les apprécie, ces percus, car elles donnent indéniablement une impulsion qui manquait parfois cruellement jusque-là. Ensuite, on trouve I Know Why, un titre vif, enlevé, avec Erwan seul à la guitare. Une chanson dont on préssent un bon potentiel, accrocheuse, avec un refrain qui s’impose et qu’on appréciera sans aucun doute de reprendre avec lui, sur scène. C’est un peu la même chose sur Dismayed, à laquelle la boîte à rythme donne un charme évident. On se dit que ce type pourrait s’orienter vers la musique électronique avec un bonheur évident. D’ailleurs Kraftwerk fait partie de ses influences revendiquées. Vraiment bien, I Know Why, dans son style. Link est un intermède instrumental qui n’apporte rien, on passera.

Puis Firelight. Encore une guitare acoustique. On se rend compte que cet album a nettement changé de couleur au fur et à mesure de son évolution. Lugubre au départ, puis parfois quasi chaleureux, des excursions dans des styles divers. Erwan Pépiot peine-t-il à trouver une ligne directrice, ou bien veut-il prendre l’auditeur par le collet et l’emmener dans les moindres recoins de ses explorations musicales ? Uselessness pose la question. Instrumenta, pratiquement techno-hardcore, on se demande un peu ce que ça fout là, ça plombe un peu une œuvre qui commençait à peine à décoller. Enfin, (Untitled) s’ouvre au piano, fait penser à un morceau en gestation, il manque des bouts partout, on sait pas trop où ça va mener mais puisque l’air est joli on développe. En tout cas on essaye. Une saturation par-ci, un solo par là, Erwan cherche mais ne parvient pas à trouver : ce titre en restera là.

« Bon alors, c’est bien, Over The Raindrops, ou pas ? » En voila, une foutue question... On passe de bons moments, certains titres sont réellement « habités », comme on dit, mais l’ensemble va tellement dans tous les sens qu’on a parfois un peu la tête qui tourne. Sans la voix de Pépiot, on se demanderait s’il ne s’agit pas en fait d’une compilation d’artistes divers. Un disque qui laisse un flou, donc. On se dit que par la suite, le garçon sera bien obligé de faire un choix, et qu’on jugera mieux à ce moment-là. On se dit aussi qu’il est tout de même très, très jeune, et qu’on peut (et qu’on doit) applaudir sans aucune retenue cet artiste qui possède des références de goût. Et de bonnes idées. Et une bonne voix, aussi. Mais on ne pourra pas vraiment applaudir l’album lui-même, trop « maquette », trop « pas fini ». On attendra tout de même avec une curiosité non feinte les travaux ultérieurs du bonhomme, jusqu’ici trop déroutant pour ne pas receler d’autres trésors.



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Tracklisting :

1- Intro (4’27")
2- Glazed Smile (2’58")
3- Over The Raindrops (6’02")
4- Nothing Wrong (3’56")
5- Follow (2’03")
6- A Cloudless Sky (4’49")
7- Turning On The Lights (3’57")
8- I Know Why (3’16")
9- Dismayed (3’06")
10- Link (1’31")
11- Firelight (3’10")
12- Uselessness (2’56")
13- (Untitled) (3’45")
 
Durée totale : 51’56"