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Porcupine Tree

Lyon (Le Transbordeur)

Porcupine Tree

Le 26 novembre 2009

par Antoine Verley le 15 décembre 2009

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On peut remercier le ciel d’une chose : que le dernier-né de Porcupine Tree, The Incident, soit si bon. En effet, dans le cas inverse, on aurait tôt fait de balancer nos places dans le Rhône dès la découverte de la setlist de la tournée : des shows constitués, aux deux tiers, de l’opus joué en entier. C’est donc le cœur léger qu’on se pointe dans cette salle aux dimensions parfaites (une capacité de 1500 personnes : suffisamment peu pour créer une atmosphère intimiste, et assez pour crier comme un attardé sans avoir la moindre chance d’être entendu). La file d’attente est un excellent indicateur de la large de palette musicale de PT. Les fans de prog (quadras aux crânes ras et vides : « Nous, on a déjà vu Toto et Kansas un paquet de fois, petit ! ») se bousculent avec les fondus d’ambient (la trentaine encore acnéique, rats de discothèque aux cernes flirtant avec le menton) et les tarés de Metal (qu’on ne présente plus). Eh oui, chacun a une raison d’aimer Porcupine Tree. Et toutes sont bonnes. Même si certains ont tenté de faire passer les britons pour des sous-Tool. Enfin… Il est vrai que le groupe accumule les similitudes avec les américains : les deux ont été qualifiés de transposition au Metal du Floyd, et jouissent d’ailleurs de l’adoubement de Robert Fripp. Ca vous pose un groupe, quand même.

Pour rester dans les Pourpres Rois (comme disent les rock-critics en mal de périphrases, le genre qui écrivent ’« Oyseaux » ou « Scarabeas » dans leurs articles pour montrer à maman qu’ils sont bilingues), passons à la première partie. Tiens, Tony Levin, j’ai déjà vu ce nom quelque part… Ben oui, et ces Chapman Sticks sur la scène ne trompent pas : c’est bien le bassiste historique de la reformation de King Crimson (1982) qui investit la scène avec ses Stickmen ! Et derrière les fûts, c’est Pat Masteloto, lui aussi membre des seuls prog-rockers aimés de la presse, qui se complaît à dispenser une frappe souple faite de sonorités variées, parfois électroniques. Le leader barrissant de plaisir funke à plein régime, arrachant des rythmiques tout simplement irréelles à son instrument. Instrument au demeurant fabuleux dont le grain accepte docilement et synthétiquement toutes les pédales, du sitar à la basse en passant par la gratte distordue. Sur un Red royal, celle-ci fit des siennes. Le groupe nous gratifie de ses morceaux remarquables et achève son set par Elephant Talk, qui aura pour résonnance quelques soupirs envieux de la foule : « Si seulement moi aussi j’avais 15 doigts… »

Et là, stupeur, s’échappe de l’ombre un… geek. Ouais. Steven Wilson a beau dépasser la quarantaine, il ne fait pas plus de 17 ans. Cette barbe de trois jours, ce t-shirt orné de bêtes mythologiques, cette grasse masse capillaire allègrement mâchonnée lors de touchantes transes mal feintes, ces petites lunettes rondes, signes qui d’ordinaire ne trompent pas, font ici très mal leur boulot. Sans trop tarder, les musiciens balancent les coups de boutoir réguliers d’Occam’s Razor. Et le leader, qui ne peut s’en empêcher, commence déjà avec les poses. Aïe. Mais bon, elles ne seront pas trop assommantes, enfin, moins que l’on eût pu craindre. Ensuite, le terrifiant The Blind House, et Wilson de déclarer que l’album The Incident sera, comme prévu, interprété en entier sous nos oreilles ébahies. Les impatients en seront pour leurs frais. (Presque) sans interruption et accompagné de la vidéo (Oui, car l’art graphique ne se substitue pas à la musique, mais se charge bel et bien de la compléter, de l’interpréter. Parlez-en à Adam Jones) de l’album, riche en champs de cadavres et ciels noirs. On n’en attendait pas moins de cet allumé danois de Lasse Hoile, graphiste qu’on a surtout vu bosser avec des grandes pontes du Metal local.

« Contents d’être de retour dans cette ville magnifique. On y est pas venus depuis 5 ans. » « Dix ans, oui ! » Hurlent certains. « Tu dis ça à tous les concerts », ne dira personne, même s’il n’en pense pas moins, parce qu’il a tout de même envie d’avoir la suite. Pas fou.

Lorsque l’épopée s’achève sur une explosion de joie telle que suggérée par le titre I Drive The Hearse, un compte à rebours de dix minutes s’affiche à l’écran. Peu pour établir un bilan. On notera de la performance passée quelques moments forts, comme la bouffée d’espoir de Drawing The Line, le ternaire énergique de la longue ballade acoustique Time Flies et Octane Twisted qui trompe son monde jusqu’à son milieu. Tiens, il ne reste que quelques secondes, c’est l’heure de se mêler à la masse stupide et de crier : 5...4...3...2...1...

Et c’est reparti pour le binôme classiques/raretés, la surprise, la déception, tout ce qu’on attend d’un bon concert, quoi. Mais Porcupine Tree n’a pas de classiques, on se contentera donc des raretés. Le show culmine avec le complexe Anesthetize urgent, abyssal, désespéré, et servi de graphismes terrifiants. Gavin Harrison y prouve, comme d’hab, qu’il est une véritable bête et même, pour certains, la raison du virage metal de Porcupine Tree. Sur le récent Bonnie The Cat, quelques poings ornés d’un index et d’un auriculaire s’échappent de la mer. Et ils ont raison. Parce que ce titre, par sa froideur métallique et quasi-industrielle, est la confrontation ultime avec l’Outil précité. Alors, la perfide Albion vainc-elle ses révoltés par K.O ? Disons qu’à part un Chancellor, il ne manque que peu à Porcupine Tree pour y prétendre. Tout simplement parce qu’ils ne font pas que ça.

Entracte. Blagues de Wilson (What did you say ? « Steven, get naked ? » Trust me, you don’t wanna see that...") qui nous fait entonner, au garde-à-vous, Born In The USA pour fêter Thanksgiving. Alors que les derniers espoirs d’avoir droit à Blackest Eyes s’évanouissent avec les premières mesures de Trains, on regarde sa montre pour la première fois du concert, et on sussure ce refrain : After a while, you realize that time flies.

Voilà. Que dire de plus sur ce concentré de violence, de psychédélisme synthétique, de virtuosité, de teenage angst quadragénaire, et de l’infinité d’autres alvéoles foisonnantes ? Bien trop pour en écrire l’une de ces chroniques de dix lignes qui s’achèvent par les mots « excellente soirée ».



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Setlist :

Occam’s Razor
The Blind House
Great Expectations
Kneel and Disconnect
Drawing the Line
The Incident
Your Unpleasant Family
The Yellow Windows of the Evening Train
Time Flies
Degree Zero of Liberty
Octane Twisted
The Séance
Circle of Manias
I Drive the Hearse
 
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The Start of Something Beautiful
Russia On Ice (1re moitié seulement)
Anesthetize (Part 2)
Stars Die
Way Out of Here
Normal
Bonnie the Cat
 
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The Sound of Muzak
Trains