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Pylônes en sueur (pt. 2)

Pylônes en sueur (pt. 2)

par Lazley le 25 novembre 2008

Cet article fait suite à Pylônes en sueur, regards sur le metal (pt.1).

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Bref, la mauvaise foi putassière est à 11 sur les potards. Du coup, rien d’étonnant à ce que les quelques plus qu’honorables bidouilleurs de bruit contemporains soient zappés des « rubriques métal », ou piteusement sous-exploités. C’est plus que dommage, surtout au vu des promesses apportées par les formations en question...

2- Chemins de traverse et chaînons manquants : trois monstres non identifiés

Depuis le déclin des barons eighties, les tentatives de biaiser les trajectoires métal se sont faites plutôt discrètes. Pourquoi en effet réactualiser un héritage vieillissant, alors qu’il suffit de plagier Metallica jusque dans les mouvements capillaires pour casser la baraque et obtenir le succès d’un Bullet For My Valentine ou d’un Trivium ? Des avancées ostensibles ont pourtant émergé jusqu’aux lieux les plus improbables, mais elles peinent à se frayer un chemin viable. Les baroudeurs suédois de Meshuggah, injectant dans leurs morceaux graves (dans tous les sens du terme) l’atonalité complexe d’un Olivier Messiaen, pilonnent depuis bientôt 20 ans les scènes de la planète, des bars aux Download, Pukkelpopp et autres Rock Am Ring, sans parvenir à la notoriété d’un Pantera. Il en va de même pour Dillinger Escape Plan, collectif changeant du New Jersey intoxiqué au jazz modal, devenu un vrai aspic d’airain trop rampant pour être détecté.

Saluons aussi les démarches d’Opeth (gonflé au décorum gothique, mais disposant d’un véritable chanteur, l’épais Akerfeldt), le durcissement récent de l’éthéré Porcupine Tree depuis l’arrivée du batteur Gavin Harrison (faisant d’albums comme Deadwing ou le récent Fear Of A Blank Planet des recueils de morceaux métal amer), ou encore la logorrhée instrumentale des New Yorkais de Dream Theater ; même en suintant le kitsch de tous les côtés, la bande à Portnoy se paye tout de même le luxe d’incruster régulièrement ses dithyrambiques opus de concentrés métalliques (voir The Glass Prison et tout l’album Train Of Thought). On pourrait aussi bien sûr disserter longuement sur le cas Fantômas, si Mike Patton et ses sbires ne s’amusaient pas si souvent à lorgner vers des contrées trop « avant-garde » pour vraiment s’imposer en conducatore métal ; un seul album rassembleur (le génialement cinématographien The Director’s Cut) sur quatre, c’est assez pour lancer des pistes, mais bien trop peu pour régner.

Alors ? Où reporter son inextinguible désir de sons aussi plombés que nouveaux ? Quelques noms s’esquissent...

Les nuages ont un goût de métal : l’énigme Tool

Impossible de parler de « voie feintée » en métal sans évoquer les péripéties de l’étrange quatuor angelno. Depuis 1991 et la formation de l’Outil par Adam Jones, guitariste aux orbites abyssaux, et Maynard James Keenan, ascète anguille vocale, chacune des rares sorties du groupe est suivie d’une rafale d’interrogations saugrenues, de rumeurs déroutantes sur son univers. Les séminaux Aenima (1996) et Lateralus (2001), débordant d’innovations en tous genres, de même que le récent 10 000 Days (2006), ont donné au métal une noblesse qui lui faisait cruellement défaut jusqu’ici : celle de l’esprit. Virant parfois à une quête vers l’opacité la plus absolue, le parcours toolien développe un credo mêlant « deep impact » ultraviolent (les Stinkfist, Hooker With A Penis, Vicarious et autres The Grudge) et hermétisme exacerbé (Right In Two, Schism, Lateralus) ; le tout bien sûr détournant allègrement nombres d’influences (le Floyd, Einsturzende Neubauten, Young Gods et surtout King Crimson). Au regard d’un trajet si souvent jalonné de mutations, tant dans les structures instrumentales (la « marque » Tool comporte désormais mesures impaires et rythmes à tiroir), que dans les textes de Maynard James « gorge de fonte » Keenan (évocations second degré de sexe louche vers tribulations géométrico-métaphysiques), on pourrait presque affirmer que les quatre prennent l’exact opposé de Metallica : une musique allant en se complexifiant, perpétrée par des personnalités à l’intelligence excessive, virant parfois au snobisme (la condescendance de Keenan en interview, ou avec le public) voire à l’autarcie (le mutisme récurrent de Jones). Quoi qu’il en soit, au vu du rythme de l’Outil - un album dense tous les cinq ans - et de son rejet maladif de toute forme de simplification/laisser-aller, il est probable que le futur du groupe tende fortement vers une musique d’initiés, toujours aussi flamboyante mais moins célébrée... Tant mieux ?

Mastodon et les « nouveaux liens d’acier »

Certains jours, on se dit qu’on n’en espérait pas tant. Qui aurait pu imaginer que dans les années 2000, celles-là même censées enterrer le métal « bloqué dans le cul de sac néo », quatre poilus d’Atlanta, Géorgie, pourraient rafler la mise d’un succès populaire considérable (passer live aux MTV Awards, on a vu plus confidentiel) et préparer un hold-up sur la couronne des fatigués Four Horsemen, tout en chamboulant conséquemment le milieu métal par quelques recettes malines, originales, et des véritables morceaux ?

Une fois encore, le succès de Mastodon confirme si besoin était que les meilleurs groupes métalliques sont ceux qui puisent dans de larges réserves musicales. Ainsi, les grognards de Brent Hinds (guitare et chant) empruntent leurs mélodies vocales aux travaux du Josh Homme des Desert Sessions, bidouillent le mysticisme neuronal de Tool pour en faire une zone de bestioles et automates mythologiques réactualisant quelques thèmes consacrés (l’album Leviathan disserte sur les secousses de Moby Dick), chargent avec l’aplomb martial d’un Slayer, parsèment leurs morceaux de sonorités tranchantes dignes de figurer sur Ipecac (le remuant label de Mike Patton), et jouent même avec les ritournelles de Thin Lizzy... Tandis que l’époustouflant batteur Brann Dailor avoue marteler sur son petit kit Gretsch autant de réminiscences de Stevie Wonder que Bowie, Mr Bungle ou les plus classiques Iron Maiden, Black Sabbath et Neurosis. Blood Mountain (2006) semble ainsi gagner peu à peu le statut de Master Of Puppets des 00’s, surprenant recueil bouillonnant de double-riffs, de tempos colibriesques, se payant même le luxe rarissime d’écrabouiller les charts avec un single aussi massif que rebondissant (le tellurique Colony Of Birchmen, épaulé aux coeurs par Mr Joshua himself). Heavy rollers autant que studio addicted, Mastodon agence déjà son prochain méfait avec le producteur Brendan O’Brien, baptisé Crack The Skye, et qui devrait proposer quelques réminiscences de la Russie tsariste. Du grabuge en perspective pour janvier 2009, signé par les quasi-proclamés nouveaux champions métal.

Buckethead, un contrepied guitaristique

On n’insiste jamais assez sur l’ironie de certaines situations... Pourtant, comment ne pas relever le formidable pied-de-nez à l’histoire de la 6-cordes que constitue l’existence même de l’étrange automate guitaristique baptisé Buckethead ? Dans un milieu où les poses phalliques, les crinières ventilées et l’exhibitionnisme systématique sont de mises, la survie d’un être quasiment sorti d’un cauchemar de Jimi Hendrix impose sinon le respect, tout du moins une examination un peu plus approfondie.

L’adolescence de Brian Patrick Carroll ressemble à s’y méprendre au cursus classique du parfait petit shredder : délaissant sports, randonnées et autres grands classiques reaganiens pour se cloîtrer dans sa chambre, le jeune américain se gave des oeuvres de Van Halen, Randy Rhoads, Malmsteen et Satriani, travaille avec le désespoir le plus inhumain des assommants recueils de théorie musicale, s’exerce au nunchaku, le tout en s’abrutissant de gore movies et de KFC. Cet infernal mélange porte vite ses fruits (pourris, bien sûr) : le garçonnet peut désormais dépasser en bonne et due forme les limites de la vitesse et du bon goût musical sans sourciller. Mais reste un problème de taille, que Brian peine à maîtriser : sa pathologique timidité, qui lui fait autant craindre la scène qu’un bain chaud ; particulièrement problématique quand on tente de se frayer un chemin dans ce milieu si imbu du « fans-andouilles prosternées/groupies ultrasoumises ». Pris d’un soubresaut d’acnéique attardé, et passablement retourné par le visionnage d’ Halloween 4, il se dégotte quelque jour de 1988 un beau petit masque de Michael Myers (aucun lien avec le pudibond interprète d’Austin Powers), complétant sa panoplie de gratteux avec... Un seau de KFC en guise de couvre-chef. La suite relève carrément d’une histoire d’amour contre-nature entre William Gibson, l’écrivain cyber-punk, et un épisode d’ Aqua Teen Hunger Force : répondant désormais au cataclysmique patronyme de Buckethead, le jeune homme se lance dans un parcours qui le verra entre autres condenser Luna park japaniais (Bucketheadland, 1992), perpétrer quelques percées mainstream (Monsters & Robots en 1999 ou Enter The Chicken en 2005) ou encore passer le shredding à la moulinette avant-garde (Kaleidoscap, bidule retordissime sorti sur le label de John Zorn, Tzadik). On l’a croisé en compagnie de Les Claypool, Bootsy Collins, Serj Tankian, et même au détour d’une mouture « Chinese » des so-called Guns N’ Roses. (Pour le lecteur en quête d’improbable, voir cet énergumène faire des solos de nunchaku - ! - en pleine litanie Axl Rosienne devant 100 000 personnes reste un sommet de dadaïsme involontaire).

Buckethead, ce n’est pas seulement une cinquantaine d’albums en moins de vingt ans de « carrière » ; c’est une musique paradoxalement plus vivante et contemporaine qu’elle n’en à l’air. A observer cet automate géant aux riffs exsudant la plus pure paranoïa, môme attardé et terrorisé greffant ses craintes geeks sur un support de masse, on ne peut se cantonner à une descente en flammes de la branlette virtuoso. Ce n’est pas comme si l’âge des machines, tant décrié, avait gagné : Buckethead, engendré par 20 ans de culture métal, ne fait que trop bien son travail. Gavé de frénésie sonique, hébété par une technicité démente, il a distancé les propres rouages des machines et beatbox en tous genres.

La machine s’emballe, et c’est de l’huile de coude qui perle désormais au front des shredders...



Vos commentaires

  • Le 20 mai 2012 à 04:46, par Kévin Staderoli En réponse à : Pylônes en sueur (pt. 2)

    Ce dossier dans ses deux parties me semble bien peu documenté, à base uniquement de groupes cultes. Ca me parrait même carrément cliché et baclé. Je conseille à l’auteur de lire ceci :ttp ://www.destination-rock.com/dossiers/d...
  • Le 22 mai 2012 à 12:20, par Aurélien Noyer En réponse à : Pylônes en sueur (pt. 2)

    Je me permets de réagir à la place de l’auteur.
    Que le dossier ne soit pas lourdement documenté, soit. Mais le but n’était clairement pas de faire un papier encyclopédique sur le métal. Plutôt de déterminer une ligne continue et la plus droite possible entre le metal des débuts (Black Sabbath) et le metal actuel dans ses déclinaisons les plus extrêmes... en ne s’écartant de cette ligne que pour mentionner quelques groupes « à part » au sein du metal (ceux mentionnés dans la Partie 2).

    Bref, l’idée était de faire l’exact contraire de l’article que vous mentionnez, qui, dans une vaine recherche de l’exhaustivité, me semble tomber dans le name-dropping le plus absurde : Led Zeppelin, Motörhead, Alice Cooper, AC-DC, Guns’n’Roses, Nirvana, Pearl Jam (?!), Red Hot Chili Peppers (?!). J’ai du mal à voir ce que la musique de ses groupes à voir avec le metal... à moins de, comme le fait l’article, d’assimiler toutes les musiques un peu « violentes » (punk, metal, hard rock), c’est-à-dire de nier au metal son identité propre, un comble pour un article sur le sujet.

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