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Que vaut le rock anglais ?

Que vaut le rock anglais ?

par Brice Tollemer le 25 mai 2012

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Le rock en provenance de l’Angleterre connaîtrait-il un passage à vide, un cycle vain, un moment creux et vierge d’inspirations, de fulgurances, de nouveautés ? Depuis une bonne décennie, il semblerait (le conditionnel est important) que ce soit le cousin américain qui mène tranquillement la barque et laisse le royaume britannique à quai. Anglophobie refoulée ou réel état de fait. Tentative de réponse.

Il y a cinquante ans, les Beatles sortaient Love Me Do, leur premier single. Personne ne se souciait alors de ce qui provenait de Liverpool, de Londres, de Newcastle ou bien encore de Manchester. Le rock, c’était l’Amérique. Elvis Presley, Johnny Cash, Chuck Berry pour ne citer qu’eux. Mais les Fab Four allaient bientôt changer le sens de rotation de la planète rock. En compagnie des Rolling Stones, des Kinks, des Animals, des Who, ils allaient conquérir les États-Unis. C’est ce qu’on a appelé la British Invasion. Tout partait désormais de la capitale anglaise, qui foisonnait de guitares et de groupies.

« Tout ce concept du « swinging London » - une réputation en grande partie bâtie par les médias – était basée sur l’idée que Londres était le centre mondial de la musique, précise David Marsh, journaliste au Guardian et collaborateur au blog The Guardian Old Music. Jimi Hendrix, par exemple, était venu à Londres pour lancer sa carrière et acquit rapidement une certaine notoriété, alors que dans le même temps, aux États-Unis, on avait à peine entendu parler de lui. »

De nos jours, cette époque bénie semble bien loin. S’il est vrai que les années quatre-vingt dix ont vu encore fleurir des groupes qui alliaient qualité et renommée (Radiohead, Blur, PJ Harvey), le début du XXIe siècle n’a pas apporté grand chose de nouveau. On passera poliment sur Coldplay. Les Arctic Monkeys ont beau être sympathiques, ils manquent de carrure ou de stature internationale. De même que Pete Doherty, qui est complètement anecdotique aux États-Unis. Difficile de faire le poids face à Jack White, Dave Grohl ou Arcade Fire. Les sujets de Sa Majesté semblent fades ou caricaturaux et n’intéressent plus grand monde outre-Atlantique. Alors, manque d’ambition ou de talent artistique ?

« C’est peut-être tout simplement une question de moyens, en tout cas pour les groupes intermédiaires, souligne Anika Mottershaw, du label Bella Union (qui distribue The Walkmen, Beach House, Fleet Foxes). La baisse des ventes de disque a tout de même diminué les revenus de ces formations et certaines d’entre elles réfléchissent à deux fois avant de s’embarquer pour une tournée aux États-Unis. »

Difficile effectivement dans ces conditions d’acquérir une notoriété internationale. L’Angleterre et le Vieux Continent pourraient ainsi suffire au contentement et à l’épanouissement de ces musiciens. Il est vrai que le contexte a subitement changé depuis une dizaine d’années. La multiplication des supports numériques (streaming ou téléchargement) offre un large choix au public et accroît dans le même temps l’audience du groupe. Néanmoins, cet accès immédiat et absolu à toutes ces formes de musique, s’il permet un éclectisme éclairé, brouille les frontières qui délimitaient auparavant les différents styles de l’univers rock.

« On peut remarquer que dans les années soixante-dix, poursuit David Marsh, avec la place grandissante de l’album aux dépens du single, les groupes pouvaient se diriger vers un genre spécifique et attirer un public de fans propres. Vous pouviez alors choisir ce que vous aimiez (Black Sabbath, Iron Maiden, Motörhead) et, inversement, ce que vous détestiez (Genesis, Yes). »

Ce sectarisme de bon aloi a ainsi disparu et il se pourrait que le relatif manque d’identification musical soit en partie responsable de la déliquescence du rock anglais. Serait-il alors simplement victime de son époque ? Pas nécessairement. A ces problèmes d’ordre conjoncturels peuvent se greffer des raisons structurelles.

« Il faut aussi noter que cela peut s’avérer compliqué pour un label indépendant d’accueillir des groupes à Londres, nous indique Anika Mottershaw. C’est une ville chère en terme de logements et la plupart du temps, les groupes préfèrent tourner dans le reste de l’Europe où les conditions sont meilleures pour un budget équivalent.

Non seulement l’Angleterre exporterait moins mais n’attirerait plus comme avant les formations en devenir. Au revoir l’effervescence, adieu le foisonnement, disparu le brassage fou qui faisait la force de la capitale londonienne notamment. Tout ne serait plus qu’effet de mode ou de posture. Peut-être faudrait-il interdire les jeans slims, les chapeaux et les miroirs pour que tout ce beau monde se concentre sur la composition et l’écriture. Ceci étant, soyons clairs : Londres, Manchester ou Liverpool resteront toujours des scènes beaucoup plus intéressantes que Paris. En France, on se glorifie de biopic sur Claude François. Alors, effectivement, on peut dire que les grands groupes venus d’outre-Manche ont perdu en sauvagerie ou en originalité, mais ils restent incontournables.

« C’est vrai qu’à un moment j’ai trouvé Radiohead ennuyeux et un peu prévisible, comme une version moderne des Pink Floyd, relate David Marsh. Puis je les ai vus interpréter des morceaux de In Rainbows au Later... With Jools Holland (sur la BBC). J’ai depuis complètement révisé mon jugement et je les trouve toujours aussi inspirés qu’auparavant. On ne peut pas dire autant de Coldplay. »

Le rock anglais est-il véritablement en pleine traversée du désert ? Évitons les jugements péremptoires mais il semblerait tout de même être un peu nonchalant depuis une dizaine d’années, se contentant juste de son passé glorieux pour continuer à exister. Mais entre le rock à stades (Coldplay) et le rock de pucelles (Muse, Pete Doherty) il serait bien inspiré de trouver au plus vite une troisième voie.



Vos commentaires

  • Le 27 mai 2012 à 12:04, par Kudrax En réponse à : Que vaut le rock anglais ?

    En fait on parle du rock anglais ou britannique ? Parce qu’avec le drapeau je ne sais plus moi.
  • Le 27 mai 2012 à 12:31, par Aurélien Noyer En réponse à : Que vaut le rock anglais ?

    Si on fie au drapeau, on parle du rock du Royaume-Uni. Ça serait dommage de snober Van Morrison en parlant de rock « britannique ». ;-)

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