Portraits
Sa Majesté : Queen

Sa Majesté : Queen

par Psychedd, Our Kid, Milner le 23 mai 2006

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Pour autant, le groupe continue l’enregistrement du disque qui va enfin voir le jour le 13 juillet 1973. Chose amusante, Queen revendique fièrement ne pas utiliser de synthétiseurs sur la pochette du disque. Sobrement intitulé Queen, il s’ouvre sur Keep Yourself Alive, sorti comme single quelques jours auparavant. Single un peu étrange à vrai dire : critiques plutôt acceptables à l’exception notable de Nick Kent qui le qualifie en toute sympathie de « véritable pot de chambre ». Cette chanson a également droit à un drôle de traitement de faveur par la BBC. Michael Appleton, producteur au sein de cette

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Deacon, bassiste tranquille

vénérable institution, se rappelle avoir reçu un disque dit « White Label », c’est-à-dire, sans aucune indication dessus, pas de groupe et pas de titre. Après une écoute plutôt satisfaisante, Appleton contacte un ami à lui, propriétaire d’une collection de films et lui demande de faire quelque chose... Résultat étrange dont il se souvient : « La première fois que nous avons programmé de la musique de Queen c’était, je crois, le 24 juillet 1973. C’était Keep Yourself Alive. La vidéo était composée d’extraits d’un film de campagne du président Roosevelt ! »...

Il existe aussi un « clip » plus académique de ce morceau où l’on peut voir le groupe jouer et surtout admirer le talent indescriptible de Freddie pour foirer le play-back.
A côté de cela, l’album fait un score honorable : 24ème dans les charts, il va y rester pendant 17 semaines (et offrir un premier disque d’or à Queen). Pas trop mal pour un début. Et quelque chose épate particulièrement EMI qui finit par se rendre compte qu’elle n’a pas à faire à de simples amateurs : leur capacité à comprendre l’importance d’une bonne communication et d’un visuel frappant fait la différence avec bon nombre de groupes débutants. Déjà qu’à cette époque, le glam est en pleine apogée, Queen tombe plutôt très bien : leurs costumes extravagants, la personnalité ambiguë de leur chanteur, leurs compositions complexes, directes et efficaces, tout laisse penser qu’ils ont de beaux jours devant eux. Pourtant, aussi bizarre que cela puisse paraître, les membres de Queen ne sont pas des monstres gonflés d’ambition. Ils pensent même que leur carrière musicale ne va pas durer. Même Freddie, qui en 1986 le dit clairement : « Je pensais qu’au bout de cinq ans, j’aurais à me recycler... En nurse ou quelque chose comme ça... Je ne sais pas... ».
Mais à l’époque, ils ont encore le temps de penser à leur passion pour la musique.

Après la sortie de l’album, Jack Nelson décide d’engager un publiciste, Tony Brainsby, qui avait déjà travaillé avec Thin Lizzy ou Cat Stevens, histoire de marquer le coup auprès de la presse anglaise. Mais quand Brainsby arrive, la moitié du boulot a été pré-mâché par Queen : après près de deux ans à se façonner, ils ont déjà une identité visuelle qui leur est propre et un logo que Freddie a eu le temps de retravailler depuis le concert de l’Imperial College. Ce logo aujourd’hui parfaitement connus de tous les fans, représente un « Q » majuscule entouré de deux lions couronnés, d’un crabe et de deux petites fées de chaque côté, soient les signes astrologiques des quatre membres (deux lions, un cancer, un vierge), le tout surmonté d’un phénix, signe de puissance et peut-être un clin d’œil aux difficultés passées dont le groupe s’est toujours relevé, survivant et toujours plus fort... Mais le problème, c’est que, pourtant conscient de l’impact de l’image, Freddie n’est toujours pas plus sûr de lui et reste désespérément complexé par ses dents proéminentes. Il surveille de très près les photos que l’on fait du groupe et préfère éviter de s’adresser trop souvent à la presse. Chose qui sera mal interprétée et qui sera vue comme du snobisme pur et dur par la presse musicale qui va commencer à les bouder... Après Keep Yourself Alive, le groupe sort Liar qui connaît aussi un certain succès (là aussi, il existe une vidéo avec foirage de play-back tout à fait hilarant). Sur scène, l’heure est à la démesure. Le groupe a maintenant sa propre styliste qui s’arrange pour faire des costumes de plus en plus spectaculaires, mais aussi des collants de plus en plus moulants pour Freddie. Costumes tellement moulants, qu’un certain Billy Squire (musicien et ami du groupe) en rigole encore, se rappelant de Freddie dans un de ces fameux moule-burnes improbable : « J’étais dans un restaurant et j’ai vu Freddie arriver. Il est resté debout, a attendu un peu, a jeté un coup d’œil sur les côtés, pour voir si on ne le regardait pas, et il a défait son bouton de pantalon. Et seulement là, il a pû s’asseoir. Ah ! Le pouvoir de l’image ! ».

Et il ne croit pas si bien dire. Cette image qui va commencer à rameuter de plus en plus de fans, intrigués par la réputation scénique de ce groupe qui fait un rock puissant, mené par un chanteur que l’on dirait tout droit sorti d’un pot de paillettes. Glam, sans vraiment l’être.
Queen est déjà à part à cette époque. On qualifie leur musique de « heavy rock », c’est dire si à l’époque c’était quelque chose (au moins ça change du sempiternel « hard fm » !). Autre point important, sur scène, Queen ne joue pas que ses propres compositions. Le groupe préfère intercaler quelques reprises rock’n’roll, histoire que le public puisse se rattacher à un élément connu et leur montrer qu’en toute modestie et sincérité, ils savent d’où ils viennent...

Vu que l’évolution est assez rapide et qu’EMI commence à s’emballer sérieusement, le premier album à peine sorti, on propose déjà au groupe d’enregistrer le suivant. Enregistrement qui se fera à nouveau aux studios Trident, durant l’été 1973, mais cette fois-ci, dans des créneaux horaires normaux. Un début de reconnaissance en somme...
Afin de voir si ça peut marcher en dehors de leur circuit habituel d’amis et d’étudiants, Jack Nelson parvient à faire engager Queen sur la tournée de Mott The Hoople, en tant que première partie. Bon coup de pub, puisqu’à cette époque, ces derniers sont le petit groupe protégé de David Bowie (qui leur a offert All The Young Dudes). Histoire de corser un peu, cette tournée commence, le 13 octobre 1973, par Francfort. On ne sait pas trop comment ça s’est passé, mais apparemment pas trop mal, puisqu’ils restent vivants et qu’ils retournent en Angleterre. Le 2 novembre, ils se produisent à l’Imperial College, qui est un peu leur fief. La preuve, les billets écoulés à une vitesse record et les amis incapables de pouvoir aller voir Queen, pour cause d’affluence trop forte... Selon certains, les gens présents ce soir là, ne l’étaient que pour Queen, qui remporta un tel succès que Mott The Hoople fit pâle figure à leur suite.

Les choses sérieuses commencent le 12 novembre 1973, à Leeds. Pour les membres du groupe, cette date marque officiellement leur entrée dans le milieu professionnel de la musique (sauf John qui n’est pas encore tout à fait décidé...). Tout au long de la tournée, Queen va briller toujours plus fort et rallier à sa cause toujours plus de fans, le tout en 45 minutes d’énergie pure.
Preuve que cette notoriété ne dure pas que le temps d’une tournée, au début de l’année 1974, Queen est élu « meilleur nouveau groupe » par les lecteurs du magazine Sounds, avant que le Melody Maker itself ne les qualifie de meilleur groupe de l’année (n’en déplaise à Nick Kent). En janvier, ils ont une idée ambitieuse mais qui va tourner en eau de boudin : conquérir l’Australie en participant à un festival organisé là-bas. Le problème, c’est que leur image ne plaît pas particulièrement aux Australiens qui leur assurent un accueil plus que glacial. Ils décident donc de repartir aussi vite qu’ils sont arrivés, mais sont accueillis à leur retour par une excellente nouvelle : Ronnie Fowler, chef de la promotion chez EMI a reçu un coup de fil du producteur de l’émission mythique Top Of The Pops qui lui demandant s’il a un artiste capable de remplacer David Bowie, indisponible pour interpréter son Rebel Rebel. Fowler ne réfléchit pas très longtemps, c’est Queen qu’il leur faut. Certes, cela fait un peu « roue de secours », mais pour passer à Top Of The Pops à l’époque, on est prêt à vendre sa mère quand on est musicien...

Léger petit souci, le groupe n’a pas de hit, son deuxième album n’est même pas achevé et c’est dans la panique générale que EMI choisit Seven Seas Of Rhye comme single, à peine cinq jours après avoir confirmé leur présence sur le plateau de l’émission. Plutôt un bon choix, puisque la chanson arrive dixième dans les charts et les squatte pendant près de deux mois. À ce moment, Queen décide alors de tourner un peu à travers l’Angleterre, histoire de tâter le terrain avant l’arrivée du second opus, mais cette fois-ci, en tant que tête d’affiche. Ils engagent le groupe Nutz pour assurer leurs premières parties et le chanteur est plutôt surpris de la sympathie des membres du groupe : « Ils se sont comportés de façon splendide avec nous, ils nous ont aidés quand ils le pouvaient, ils faisaient en sorte qu’on n’ait pas de problèmes pour les essais de son, ils nous invitaient à toutes leurs fêtes. Ils ont été extrêmement aimables avec nous. »

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Mercury et le photographe Mick Rock

Puis le 8 mars 1974, c’est l’album Queen II qui sort et qui va faire son petit effet : cinquième dans les charts et 100.000 exemplaires vendus en six mois. Il faut dire que Queen II est un véritable petit bijou très rock, d’où émerge une pop absolument délicieuse, où se mélangent les influences (The Who et Led Zep en tête) tout en gardant un aspect original et personnel et toujours sans l’utilisation de synthétiseurs (ils sont toujours aussi fiers de l’indiquer). Le groupe y prouve également qu’il n’est pas prisonnier d’un seul et unique style.

Mais maintenant que l’Angleterre commence à succomber, il est temps de s’attaquer aux États-Unis, marché extrêmement dur à conquérir si on ne tourne pas un minimum... Queen met ses ambitions de côtés et repart en tant que première partie de Mott The Hoople le 16 avril. Mais l’Amérique ne semble pas leur amener chance et prospérité. Au bout de cinq jours, Brian tombe malade et s’attrape une hépatite bien méchante, qui l’oblige à tout arrêter. Un peu comme pour l’aventure australienne, le groupe reprend l’avion très vite après être arrivé.

Le temps que Brian se refasse une santé, Queen est en stand-by, ce qui ne fait pas de mal après ces trois années de travail acharné et épuisant. C’est à ce moment qu’une décision décisive est prise pour l’avenir : désormais le groupe sera toujours la tête d’affiche des concerts, plus jamais la première partie. La pause que s’accordent Freddie, Roger et John n’est cependant pas très longue : tout en attendant que Brian se rétablisse pour de bons, ils commencent à préparer leur troisième album et quittent pour la première fois les studios Trident pour aller dans les studios Rockfield au Pays de Galles. Le guitariste semble s’être remis et participe un peu plus, quand un ulcère vient à nouveau le clouer au lit. Et oui, être musicien, ce n’est pas de tout repos... Mais ce n’est pas parce qu’il est allongé et convalescent qu’il ne fait absolument rien... Il passe le temps en écrivant quelques trucs dont l’un de leur futur hit Now I’m Here... Bien remis et d’attaque, il rejoint ses compagnons qui ont rallié les studios Trident où ils finissent l’enregistrement de Sheer Heart Attack, toujours co-produit par Roy Thomas Baker.

Un avant goût de l’album est donné aux auditeurs le 11 octobre avec le single Killer Queen et là, c’est réellement le début de la gloire. Premier vrai succès commercial du groupe, le 45 tours se place à la seconde place des charts. Moins « hard » que ces prédécesseurs, ce single est un petit bijou pop composé par Freddie et commence à indiquer clairement la direction qu’ils vont prendre par la suite. Véritable porte d’entrée dans les hautes sphères du rock, la chanson va être jouée lors d’un Top Of The Pops où Freddie apparaît plus charismatique que jamais. Déjà que leur réputation scénique n’est plus à faire, là, c’est vraiment le coup de grâce qui va faire succomber toujours plus de monde. Mais ce n’est parce que le succès est enfin là que tout va mieux pour Queen. Jim Beach, qui deviendra leur futur manager se rappelle d’une anecdote à ce sujet :J’ai rencontré Queen en 1974 et Freddie m’a dit que quelque chose n’allait pas : leur manager s’achetait sa seconde Rolls Royce et eux, qui avaient pourtant quelques hits, ne touchaient que 60 livres par semaine... ». La femme de Roy Thomas Baker, Barbara, en remet une couche : « John voulait s’acheter une maison toute simple, mais il n’avait pas de quoi se la payer. À l’époque, ils squattaient les caves des appartements... ». Bon, là, elle en fait peut-être un peu trop, mais il n’empêche que les membre du groupe commencent à se poser pas mal de question...

Le 8 novembre 1974, Sheer Heart Attack sort et ce n’est pas parce que Brian a manqué à l’appel pendant un certain temps que le résultat est mauvais... Loin de là... Vulgairement, cet album est vraiment une tuerie à « se taper le cul par terre » !

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Tournée européenne 74 (photo : John Deacon)

Il contient des morceaux rock d’une puissance et d’une efficacité à toute épreuve : Now I’m Here et Brighton Rock, toutes deux composées par Brian et qui deviendront de véritables classiques en concert par la suite, mais aussi Stone Cold Crazy sont de véritables chefs-d’œuvres hard (heavy même vous diront certains...). Mais à côté de cela, ils savent aussi faire de belles ballades (surtout Freddie) à vous tirer des larmes. À partir de ce moment, Queen ne peut plus régresser, ils ont fait un bond de géant et ne vont plus faire que cela d’un album à l’autre...
Le 23 novembre, ils démarrent leur première grande tournée européenne. La machine de guerre est en campagne, et elle va faire des ravages...



[1Sources :

LIVRES

  • Queen, Benjamin Cuq, guides musicbook, 2004
  • Queen la reine du spectacle, Arturo Blay, collection images du rock, La Mascara, 1996
  • Queen l’opéra rock, Stan Cuesta, Albin Michel/Rock & Folk, 1996
  • Queen, Mick St.Michael, Hors Collection, 1995
  • Le Mythe de Freddie Mercury, Simon Boyce, éd. Gremèse, 1997

VIDEOS

  • Freddie Mercury, The Untold Story
  • Music Planet vol 1 et 2, diffusés sur Arte en 1997
  • Champions Of The World, Rudi Dolezal et Hannes Rossacher, DoRo Production for Queen Films, 1995
  • Greatest Flix 1 et 2
  • Magic Years vol. 1, Rudi Dolezal et Hannes Rossacher, DoRo Production, 1987

Vos commentaires

  • Le 21 janvier 2012 à 17:26, par Margaret En réponse à : Sa Majesté : Queen

    J’aime Queen depuis de nombreuses années.J’ai peine pour ce pauvre Freddie, il était jeune pour partir... Bryan, Roger et John chacun dans leur discipline sont sublimes !!!!Ils formaient un groupe hors du commun. J’ai lu beaucoup de livres sur l’un et l’autre, ils restent de grands musiciens. Certes ils ont beaucoup travaillé mais le résultat est là. Je déplore le décès de notre Freddie.

    Queen ts les 4 sont des GRANDS !!!!!!!

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