Portraits
Sa Majesté : Queen

Sa Majesté : Queen

par Psychedd, Our Kid, Milner le 23 mai 2006

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 They Will Rock You

En juin 1977, toujours plus fidèle à la routine album-tournée-album-tournée..., le groupe retourne en studio et prépare son sixième opus. Et vu que l’ambiance générale est plutôt tendue, leur musique va s’en ressentir de manière assez flagrante. Peut-être par besoin de rallier les foules, ils vont composer les deux morceaux les plus connus, les plus joués, les plus énervants à force de les avoir entendu 45.000 fois dans divers matchs de foot et autres évènements en tous genres... We Will Rock You, écrit par Brian et We Are The Champions par Freddie. Mais il faut bien l’avouer, le succès de l’album News Of The World n’est assuré que grâce à ces deux chansons. Car elles vont, pour la première fois dans l’histoire du groupe, se classer à la première place des classements américains lors de leur sortie en single. Ces deux espèces de monstres vont hélas effacer une composition de John, la très belle Spread Your Wings, qui mérite toute notre attention. Pour prolonger ce qu’ils avaient fait avec Bohemian Rhapsody, ils vont tourner des clips de ces trois morceaux. We Will Rock You et Spread Your Wings dans le jardin de Roger Taylor, en plein hiver... Très belles images du groupe frigorifié qui tente tant bien que mal de survivre en milieu hostile (la neige sur le sol provoque de belles cascades, les doigts gelés risquent de se décrocher de la main à chaque instant...) et Freddie maîtrise toujours aussi mal le play-back, ça en est merveilleux...

Pour le tournage de We Are The Champions en revanche, ils font bien les choses : en studios et en collants. Pour rendre l’impression de live, on fait venir des gens sur le plateau : ce ne sont pas de simples figurants, il s’agit des membre du fan-club de Queen (ça fait plus vrai dans l’enthousiasme), procédé que le groupe réutilisera dans les futures vidéos de Radio Ga Ga et Friends Will Be Friends, par exemple et excellent moyen de garder une certaine proximité entre les musiciens et leurs admirateurs (Queen n’est pas un groupe inaccessible pour ses fans, c’est bien...).
Quant au reste de l’album, on peut sortir le terrifiant Get Down, Make Love d’un Freddie qui commence à s’échauffer un peu et qui nous sort le grand jeu « bête de sexe ». Mais dans l’ensemble, l’album est marqué par une certaine fatigue, cela fait maintenant plus de 6 ans que le groupe bosse sans relâche et même la pochette fait un peu peur : on y voit le dessin d’un robot géant tenant dans ses mains Brian et Freddie, qui saigne, transpercé par un doigt du monstre, tandis que John et Roger tombent au sol, inanimé. Très joyeux donc, comme un au revoir à l’ancienne incarnation du groupe. Tous, sauf Brian se sont coupés les cheveux et leur look commence à évoluer vers quelque chose d’autre, plus rock, moins glam et clinquant. Pas forcément de meilleur goût ceci dit...

À ces changements purement visuels et musicaux, vient s’ajouter un énième changement de manager, John Reid ne pouvant pas être disponible à fond pour Queen, la rupture est rude mais salutaire : John Deacon va dorénavant s’occuper des affaires financières de Queen, puisqu’il est le seul à avoir toujours gardé un œil sur cet aspect des choses depuis le début. À noter que le groupe a embauché Gerry Stickells comme gérant des tournées. Sachant que le bonhomme a fait ses armes auprès du grand héros de toujours, Jimi Hendrix, c’est quand même la classe !

Début 1978, nouvelle tournée européenne (décidemment...), toujours aussi triomphale. Le 3 février, Michael Deacon, le second fils du bassiste naît. Le 10 du même mois, la chanson de John, Spread Your Wings sort en single mais n’atteint que la 34ème place des charts... À la fin de la tournée, Roger et Brian vont à Montreux, en Suisse, pour préparer le prochain disque (décidemment bis...). Freddie reste en Angleterre avec Roy Thomas Baker pour produire le disque d’un dénommé Peter Starkers. Baker redevient à cette occasion le co-producteur du groupe qui va quitter l’Angleterre pour enregistrer Jazz, le septième album. Les sessions se feront entre Montreux et Nice, de juin à octobre. Durant l’été, alors qu’ils sont en France, ils assistent à une étape du Tour de France.

Fasciné par ce spectacle, Freddie écrit la chanson Bicycle Race et imagine tout de suite la vidéo qui va en découler. Toujours dans le mauvais goût le plus exemplaire, il exige que cette course cycliste soit faite par des femmes nues. On recrute alors toutes les femmes mannequins prêtes à faire ce genre de chose et le clip est tourné à Wimbledon. Roy Thomas Baker insiste sur le goût douteux de la chose en ajoutant que le lendemain du tournage, lorsqu’il a fallu rendre les vélos, le fabricant refuse de les reprendre sous prétexte qu’il faut changer toutes les selles... Charmant. Le clip lui-même fait un scandale sans précédent et est vite censuré, les derrières généreux des jeunes femmes sont camouflés par des effets spéciaux et la polémique fait rage. Queen n’irait pas un peu trop loin quand même ? L’affaire va si loin, justement, que le groupe perd carrément des fans et tente de se faire un peu oublier en s’envolant pour les États-Unis, juste après la sortie du disque, le 10 novembre. L’album va arriver à la seconde place des classements, mais ça commence franchement à s’essouffler et la qualité n’est pas toujours au rendez-vous... Encore aux États-Unis, ils en profitent pour présenter Jazz à la presse dans la ville de la Nouvelle Orléans (capitale du jazz, malin, sauf que le disque est tout sauf jazz...).
Puis comme c’est devenu la routine, aux États-Unis succède l’Europe, au début de l’année 1979, pendant deux mois. Ils en profiteront pour enregistrer les concerts donnés à ce moment, ce qui va donner leur premier disque live : Live Killers, que Roger déclare détester, ce qui n’empêchera pas l’objet du litige d’accéder à la troisième place des charts.

Durant cette tournée européenne, il est arrivé un évènement un peu spécial : John adore véritablement les cacahouètes grillées (on fait ce qu’on peut !) et lors d’une soirée, sa famille se permet d’en distribuer des paquets à tous les fans à l’entrée de la salle... Lorsque You’re My Best Friend débute, le groupe se reçoit une pluie d’arachides sur le coin de la figure... La première réaction sur scène s’apparente plus au choc qu’à la joie. Heureusement qu’ils ont de l’humour, car finissant par comprendre de quoi il s’agit, Queen se détend et se marre beaucoup. Si même le public se met à faire des blagues de mauvais goût...

Le 13 avril 1979, ils retournent pour une troisième fois au Japon... Malgré toutes ces tournées, le groupe prend un peu d’avance et travaille déjà sur des nouvelles chansons, dont certaines seront prêtes bien avant la sortie du disque. Il faut dire qu’entre le punk, les critiques qui les descendent en flamme, les scandales qui les entourent, nos quatre amis savent qu’ils sont attendus au tournant et qu’ils n’ont pas intérêt de déconner. Il y a également la perspective du changement de décennie qui apparaît doucement. Un changement que Queen veut aborder du mieux possible et qui effectue quelques changements radicaux : Freddie s’acoquine et joue le macho man, tout vêtu de cuir lors des concerts. Et puis surtout, pour le prochain disque, le groupe va pour la première fois utiliser des synthétiseurs, eux qui jusqu’à présents étaient fiers de ne pas le faire, au point de le marquer sur chaque pochette. Il y a un truc qui part en vrille on dirait...
À côté de Queen, Freddie participe à un projet tout à fait nouveau pour lui : le 7 octobre, il se produit avec le Ballet Royal. Pour l’occasion, il se met à la danse classique, pratique un entraînement quotidien d’assouplissements et doit apprendre des chorégraphies. Le monde de la danse le passionne depuis assez longtemps et il traîne avec quelques danseurs. Il faut dire qu’à l’époque Freddie commence à accepter son homosexualité. Il a vécu pendant sept ans avec Mary Austin, qu’il quitte en amie. Elle comprend parfaitement la situation et restera toujours sa confidente. Néanmoins Mercury ne veut pas afficher ouvertement ses penchants sexuels, ça ne regarde que lui après tout et la presse aurait vite fait de lui tomber dessus...

Pour faire bref, c’est par l’une de ses relations qu’il entre dans le monde de la danse. Pour le show, il va interpréter deux morceaux : Bohemian Rhapsody et un nouveau titre qui vient juste de sortir (très bon coup de pub donc), Crazy Little Thing Called Love, un bien étrange morceau rockabilly sur lequel le chanteur joue trois accords de guitare, ceux-là même qu’il avait appris plusieurs années auparavant avec son ancien ami Tim Staffel... Le ballet est apparemment un succès et Freddie n’hésite pas à faire une démonstration de son talent de la pratique de la pirouette et l’enveloppé dans le clip du single.
Ce single est par ailleurs devenu l’un des tubes du groupe : l’album n’étant sorti que presque un an après, cette chanson a permis aux fans de patienter. Elle aurait même certaines vertus inattendues. Du moins, c’est Roger qui l’affirme : « Crazy Little Thing Called Love n’est pas exactement du rockabilly, mais elle ressemble à la musique d’Elvis à ses débuts, un filon que ce disque fut l’un des premiers à exploiter. J’ai lu quelque part que John Lennon l’écouta et c’est ce qui lui donna de nouveau l’envie d’enregistrer. Si c’est vrai, quand on écoute son dernier album, on retrouve des similitudes, ce que je trouve merveilleux ». Pas mal pour une chanson qui aurait été écrite dans la baignoire d’un hôtel allemand...

Après la sortie du morceau, Queen repart en tournée à travers le Royaume-Uni, dont le point culminant fut le concert qu’ils donnèrent à l’Hammersmith Odeon, le 26 décembre 1979, dans le cadre du festival organisé au profit de la population du Cambodge (Concert For Kampuecha). L’affiche incluait également The Wings de Paul McCartney, ainsi que de nombreux autres groupes dont The Clash ou The Specials. Queen fut le seul à jouer un concert entier, et le titre Now I’m Here fut inclus sur l’album tiré de ce festival. Cependant, pour cette tournée, le groupe effectue quelques changements : exit les salles géantes, le choix est fait de tourner dans des petites et moyennes salles, histoire de se rapprocher un peu du public. « On a pensé qu’il était important de revoir les gens. S’ils ne peuvent pas nous voir chez eux, c’est comme si nous n’existions pas. C’est aussi un soulagement pour nous, car après avoir joué dans des salles énormes, on a envie dans des endroits où le public puisse nous voir et nous entendre. » (Brian). Voici une idée parfaitement louable, qui fait croire à beaucoup de monde que le groupe va enfin abandonner sa grandiloquence vue d’un mauvais œil. Ils se trompent royalement et ils n’ont pas encore tout vu.



[1Sources :

LIVRES

  • Queen, Benjamin Cuq, guides musicbook, 2004
  • Queen la reine du spectacle, Arturo Blay, collection images du rock, La Mascara, 1996
  • Queen l’opéra rock, Stan Cuesta, Albin Michel/Rock & Folk, 1996
  • Queen, Mick St.Michael, Hors Collection, 1995
  • Le Mythe de Freddie Mercury, Simon Boyce, éd. Gremèse, 1997

VIDEOS

  • Freddie Mercury, The Untold Story
  • Music Planet vol 1 et 2, diffusés sur Arte en 1997
  • Champions Of The World, Rudi Dolezal et Hannes Rossacher, DoRo Production for Queen Films, 1995
  • Greatest Flix 1 et 2
  • Magic Years vol. 1, Rudi Dolezal et Hannes Rossacher, DoRo Production, 1987

Vos commentaires

  • Le 21 janvier 2012 à 17:26, par Margaret En réponse à : Sa Majesté : Queen

    J’aime Queen depuis de nombreuses années.J’ai peine pour ce pauvre Freddie, il était jeune pour partir... Bryan, Roger et John chacun dans leur discipline sont sublimes !!!!Ils formaient un groupe hors du commun. J’ai lu beaucoup de livres sur l’un et l’autre, ils restent de grands musiciens. Certes ils ont beaucoup travaillé mais le résultat est là. Je déplore le décès de notre Freddie.

    Queen ts les 4 sont des GRANDS !!!!!!!

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