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Soviet Kitsch

Soviet Kitsch

Regina Spektor

par Béatrice le 21 mars 2006

4

paru le 17 août 2004 (Sire / London / Rhino), réédité le 26 avril 2005 (Sire / Warner)

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Née à Moscou, puis émigrée à l’âge de neuf ans, avec sa famille, à New York, Regina Spektor a quasiment toujours fait de la musique. Elle a d’ailleurs une formation de pianiste classique, et ça s’entend sur cet album. Mais, même si cela fait un certain temps qu’elle écrivait des chansons, donnait des concerts et vendait des albums contenant ces chansons à la fin de ces concerts, la jeune musicienne ne s’est vraiment lancée dans une « carrière » musicale à temps plein qu’après avoir été découverte par les Strokes, qui l’ont invitée en duo sur une chanson et l’ont embarquée en première partie de leurs tournées, le tout aboutissant à une signature avec le label Sire Records. C’est donc avec cet album, Soviet Kitsch, que Regina va pouvoir réellement conquérir le monde - ou, tout du moins, se faire entendre sur un périmètre un peu plus étendu que la Grosse Pomme. Et il faut bien avouer que ça n’a pas si mal marché que ça, car, sans égaler les Strokes en terme de popularité, elle a réussi à conquérir un public relativement large avec sa poésie urbaine et douce-amère.

Il est assez difficile de rapprocher Regina Spektor d’un style musical défini... On l’a comparée à Fiona Apple ou Tori Amos, mais aussi à Billie Holiday, et encore tout cela ne rend pas vraiment compte, par exemple, des influences russes très audibles sur certains morceaux. Toujours est-il qu’elle possède une certaine virtuosité au piano, et une voix assez extraordinaire, capable de vocaliser autant que de murmurer, et de passer du grave à l’aigü avec une fluidité impressionante - habileté vocale sur laquelle elle ne se prive pas de jouer. Mais cela serait trop simple de s’arrêter à ça, et en effet la jeune femme est aussi souvent rapprochée du courant antifolk qui sévit dans l’est new-yorkais, du fait de ses textes décalés et de la construction particulière de ses chansons. En bref, le tout constitue un beau mélange d’influences, régal pour l’auditeur avide d’originalité, cauchemar pour le critique fainéant qui aimerait bien pouvoir décrire le disque à coups de noms plus familiers.

Suivant son petit bonhomme de chemin, Regina tisse une poésie du quotidien, entremélée d’une douce mélancolie finement travaillée. Abandonnant toute tentative autobiographique, elle raconte des histoires extraordianires de gens ordinaires, et se concentre sur les beautés de la vie de tous les jours, avec un mélange d’ironie et de tendresse dont Poor Little Rich Boy, adressée à un jeune garçon bien lotti mais que des angoisses existentielles plus ou moins profondes tiraillent, en est un parfait exemple. Elle dérive aussi parfois vers un surréalisme bien plus marqué, commme sur la délirante Sailor Song, chanson de marin déviante, ou sur l’entêtante Us, sorte de comptine claustrophobe... Mais à la première écoute, c’est surtout Your Honor qui accroche l’oreille, portée par les guitares acérées de Kill Kenada (invité pour une chanson) et qui formerait un parfait hymne rock voire punk, s’il ne s’apaisait pas sur un “Gargle with peroxyde a steak for you eye/ But I’m a vegetarian so it’s a frozen pizza pie”... Les autres chansons, plus calmes, demandent un peu plus de temps, mais on s’attache très rapidement à leur ambiance à la fois paisible et déroutante. On se rend rapidement compte qu’il est dificile de résister à la tristesse lasse de The Flowers ou de Ode To Divorce, à la mélancolie pleine d’espoir de Ghost Of Corporate Future ou à la poignante Chemo Limo, qui parle d’une mère atteinte d’un cancer et déterminée à vivre. Et cette voix étrange, ces accords de piano ambitieux et inhabituels, deviennent vite si familiers qu’on ne peut résister à l’envie de s’y lover, confortablement installée dans un fauteuil devant la fenêtre, en regardant la pluie tomber...



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Tracklisting :
 
01. Ode To Divorce (3’42")
02. Poor Little Rich Boy (2’27")
03. Carbon Monoxide (4’59")
04. The Flowers (3’54")
05. Us (4’52")
06. Sailor Song (3’15")
07. *** (0’44")
08. Your Honor (2’10")
09. Ghost Of Corporate Future (3’21")
10. Chemo Limo (6’04")
11. Somedays (3’21")
 
Durée totale : 38’49"