Concerts
Suicidal Tendencies

Paris (L’Elysée Montmartre)

Suicidal Tendencies

Le 18 mars 2010

par Emmanuel Chirache, Sylvain Golvet le 22 mars 2010

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Nous vous avons déjà un peu parlé de Suicidal Tendencies par le biais de la compilation F.N.G.. C’est bien, mais c’est trop peu. Les Suicidal méritent qu’on s’attarde davantage sur eux, d’autant plus que les médias rock traditionnels s’obstinent à les bouder. Pourtant, le groupe reste aujourd’hui l’une des formations les plus originales du paysage musical. Mélange de thrash metal et de punk hardcore, la musique de Mike Muir et ses comparses parvient à faire pogoter tout en maintenant un cap mélodique, style unique en son genre. Même les passages les plus bourrins des morceaux, idéaux pour sauter partout comme un demeuré, comportent une idée, un gimmick, un riff intéressants.

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Mike Muir
© Duffman

Par-dessus tout ça, la voix de Cyco Miko adoucit la tonalité générale et se soucie en permanence de musicalité. On ne beugle pas, chez Suicidal. Jamais vous n’entendrez Mike Muir pousser un hurlement pendant cinq minutes. En revanche, le chanteur enchaîne les paroles dans un délire verbal parfois parlé plutôt que chanté, ce qui n’a rien de déplaisant.

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7 Weeks
© Duffman

Après avoir vécu son âge d’or dans les années 80 et 90, le groupe continue pourtant de tourner pour le plus grand plaisir des amateurs. En France, les Suicidal possèdent une fanbase - comme on dit - assez importante, suffisante en tout cas pour drainer du monde à chacun de leur passage. En fait, les Suicidal Tendencies forment une grande famille. Il suffit de jeter un coup d’œil attentif dans la salle pour s’en apercevoir. Constitué en grande partie de métalleux débonnaires comme on les aime, le public a tendance à porter le cheveu long et gras, mais il n’a pas oublié de prendre son bandana floqué « Suicidal Tendencies » ni son maillot de basket trop grand. Un gamin de dix ans venu là avec son père porte la panoplie complète, à tel point que Mike Muir le remarquera et le fera monter sur scène deux fois. Pour patienter avant l’arrivée sur scène des ST, les Seven Weeks viennent chauffer la salle. Originaire de Limoges, le groupe envoie du thrash metal plutôt carré mais pas très charismatique, trop centré sur les basses sans jamais varier avec de petites montées dans les aigus malgré un sympathique guitariste d’origine asiatique. Le chanteur n’a pas de voix, et la salle écoute dans une indifférence polie.

Petite crainte avant que le show ST ne démarre, celle de n’entendre que des chansons récentes... angoisse vite balayée par un set entamé sur You Can’t Bring Me Down, tuerie apocalyptique issue de Lights... Camera... Revolution ! (1990). Fidèle à lui-même, Mike Muir fait l’essuie-glace d’un bout à l’autre de la scène en remuant les bras comme un dément.

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Mike Muir
© Duffman

La salle s’en donne à cœur joie et crie les paroles, tandis que le groupe enchaîne sur un autre hymne, War Inside My Head. Les musiciens assurent méchamment : seul rescapé du line-up originel avec Muir, Mike Clark joue ses riffs avec une sérénité impressionnante, tandis que Dean Pleasants en provenance d’Infectious Grooves tient admirablement la lead guitar depuis plus de dix ans maintenant (et ce mec aime le jazz !). A la basse, Steve Brunner remplace Trujillo sans rougir, pratiquant slap et tapping aussi aisément que son prédecesseur. Au centre de la scène, le bassiste confirme l’importance de son instrument au sein des Suicidal, caractéristique rarissime dans le thrash metal et le hardcore.

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Steve Brunner
© Duffman

Enfin, la batterie est occupée par le petit dernier du groupe, Eric Moore. « Petit », façon de parler. A la vue d’Eric Moore, on se dit que les finances du groupe sont certainement englouties tout entières dans le budget nourriture du batteur, car ce géant noir doit facilement peser son quadruple quintal. La précision ethnique n’est pas gratuite : les Suicidal Tendencies se distinguent aussi par cette mixité raciale devenue hélas exceptionnelle dans le rock (Dean Pleasants et Steve Brunner sont également d’origine afro-américaine).

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Mike Clark
© Duffman

Après un très ancien I Feel Your Pain And I Survive, le groupe prouve combien il sait groover sur l’ultra funky Send Me Your Money, repris en chœur par le cortège des fidèles. Entre chaque morceau, Mike Muir se lance dans des laïus, éternelle répétition du credo Suicidal Tendencies. En substance : prends ta vie en main, réalise tes rêves, yes we can. D’autres titres suivront dans le même esprit bon enfant, pur plaisir du groupe de retrouver ses fans et de communier avec eux. La setlist fait la part belle aux somptueuses vieilleries des premiers albums, l’hilarant I Saw Your Mommy, le slogan pour skateurs Possessed To Skate, le mélodique How Will I Laugh Tomorrow, etc. Quelques chansons plus récentes viennent tout de même s’immiscer ici ou là, notamment les jouissifs Come Alive et We Are Family. Dans le public, keupons et hardos trentenaires revivent leur adolescence l’espace de quelques minutes. Une poignée de gamins s’éclate au milieu de la fosse. Vision surréaliste, à côté de moi une grande et jolie blonde secoue la tête... Selon le rituel, c’est Pledge Your Allegiance qui clôture le concert. Véritable déclaration d’allégeance au groupe, le refrain est scandé par les « S...T... » de la foule, qui crie ensuite « Suicidal » tandis que Muir invite les premiers rangs à se hisser sur les planches. Commence alors un gigantesque pogo, symbole de l’éternelle jeunesse des Suicidal Tendencies.

A la fin du concert on se dit que, décidément, on aime ce groupe. Ils sont attachants, nos Suicidal, autant que leurs chansons.

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« S.T ! » « S.T ! »
© Duffman


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