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Talking Heads : 77

Talking Heads : 77

Talking Heads

par Milner le 3 janvier 2006

paru le 3 octobre 1977 (Sire / WEA)

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Assez proche dans l’attitude du premier album de Television (Marquee Moon), le combo est le dernier représentant du carré magique historique du CBGB’s (Ramones, Patti Smith plus les deux sus-nommés) à publier son album. La première parution discographique de Talking Heads possède pourtant tout ce qui faisait défaut aux enregistrements de la scène new-yorkaise. Ce groupe d’anciens étudiants en art écrit, comme la plupart, des morceaux pour les ados qui parlent d’amour, de drogue, de sexe mais d’une façon plus subtile, plus sincère, sans doute plus longue à captiver les foules. Le chanteur David Byrne à la voix hystérique noue un contact très particulier avec l’auditeur pour l’entraîner dans une danse à base de disco serrée comme dans une boîte de sardines, et collante voire poisseuse comme la bière ou la sueur. Chaque titre est différent et a le bonheur d’introduire des sonorités qui différent des mugissements de guitare poussés à l’extrême : un calypso (Uh-Oh, Love Comes To Town), un funk (Who Is It ?), un new wave (No Compassion).

Les textes résonnent parfois acides comme sur Don’t Worry About The Government (« I see the states across this big nation / I see the laws made in Washington D.C. ») et étalent déjà avec classe des compositions de premier ordre dans la catégorie « rock intelligent ». Il faut entendre Byrne s’extasier sur son dernier livre lu (The Book I Read) pour comprendre qu’il est de la même veine qu’un Lou Reed narrant le quotidien new-yorkais côté coulisses, c’est à dire celle des plus grands. Lui, habituellement réservé, se lâche dans des réflexions tantôt estudiantines, tantôt adolescentes qui auront marquées l’année 1977. Comme aime à le rappeler Hilly Kristal, alors propriétaire du célèbre club : « Byrne a juste fait son truc pour parler. Il ne communiquait pas beaucoup et il avait l’air presque embarrassé par tout ce qui leur arrivait ». Les autres membres du groupe unissent leur talent pour solidifier une vision de la new wave qui fera des émules par la suite.

Les meilleurs titres sont Uh-Oh, Love Comes To Town, Don’t Worry About The Government, First Week / Last Week...Carefree (avec son brillant passage au saxophone sur fond de percussions africaines) et Psycho Killer. Il ne fait aucun doute que s’il n’y avait pas eu la new wave, Talking Heads aurait percé quand même. Il serait simplement devenu un Velvet Underground, petit ou grand format selon les circonstances. Tandis que leurs collègues de Big Apple se concentrent pour dépasser leurs émotions avec une rage primale issue tout droit des garages, Talking Heads pratiquerait presque une musique placide, emplie de minimalisme, afin de lâcher du lest sur les textes, ces petits bouts de mots qui donnent du sens aux compositions. On retrouve à la fin de Talking Heads : 77 une chanson qui représente un concentré de tout ce que le groupe savait faire à l’époque, c’est à dire de la musique qui absorbe tout pour ne laisser que les nerfs sur les os et surtout des paroles qui ne lésinent ni sur l’effet, ni sur le littéral. La chanson s’appelle Pulled Up et est assez exceptionnelle, comme tout ce qu’ils feront par la suite.



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Tracklisting :
 
1- Uh-Oh, Love Comes To Town (2’48")
2- New Feeling (3’09")
3- Tentative Decisions (3’04")
4- Happy Day (3’55")
5- Who Is It ? (1’41")
6- No Compassion (4’47")
7- The Book I Read (4’06")
8- Don’t Worry About The Government (3’00")
9- First Week / Last Week...Carefree (3’19")
10- Psycho Killer (4’19")
11- Pulled Up (4’29")
 
Durée totale : 39‘00"