Portraits
Tomorrow ne meurt jamais

Tomorrow ne meurt jamais

par Our Kid le 31 janvier 2006

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L’Histoire se souvient de Pink Floyd ou de Soft Machine, ces groupes qui ont éclos durant l’année fleurie 1967. Mais l’Histoire a aussi la mémoire courte car Tomorrow a été injustement écarté de la course à l’inconscient collectif. Espérons que cet oubli sera réparé, et ce, dès demain.

 Des débuts instables vers la formation de Tomorrow

Quoi de plus naturel que de parler de Tomorrow en évoquant Keith Alan Hopkins, qui naît le 6 décembre 1943 à Dagenham, dans l’Essex ? On ne dispose toutefois que de très peu de renseignements sur son enfance et son adolescence, du moins jusqu’à temps qu’il intègre une formation musicale The Teenbeats, dont il est le bassiste et le chanteur, une expérience sans suite cependant. Ce constat s’applique également pour ses futurs compagnons de l’aventure Tomorrow. Stephen James Howe, originaire de Holloway dans la banlieue londonienne voit le jour, quant à lui, le 8 avril 1947. On sait qu’il a pratiquement toujours joué de la guitare depuis l’âge de 12 ans découvrant l’instrument avec Django Reinhardt, Chet Atkins ou encore le duo Les Paul et Mary Ford. Et ce n’est pas étonnant de le retrouver dans un groupe comme The Syndicats dès 1963 où il s’adonne aux reprises de Chuck Berry comme aux standards du R&B, faisant preuve de ses qualités sur scène comme sur disque puisque The Syndicats eut l’occasion de réaliser trois singles produits par le légendaire Joe Meek. Mais le succès plus que confidentiel des morceaux du groupe conduit en 1965 Steve à aller voir ailleurs.

À la même époque, un guitariste du nom de John Wood officie déjà depuis quelques temps dans une formation R&B, elle aussi, les Four + One. Le groupe est plutôt bon mais ne dispose pas de chanteur suffisamment confirmé pour monter sur scène. Pas abattus pour autant, les membres font paraître une annonce dans les colonnes du Melody Maker, dans l’espoir de pouvoir avancer. Se présente alors aux musiciens Keith Hopkins qui leur fait suffisamment d’effet pour être engagé. Signés chez EMI, via le label Parlophone, Four + One, devenu un quintette, publie à la fin 1964 un single dont les deux faces sont déjà parues sur des disques des Rolling Stones, Time Is On My Side/Don’t Lie To Me, preuve de l’influence de la formation de Dartford sur les groupes émergents. Le single fut un véritable fiasco et le groupe décida de fait de changer à la fois son nom et son style. Dorénavant, ils s’appellent The In Crowd - en référence à une chanson de Dobie Gray, artiste de la scène mod naissante - et s’orientent vers une musique plus soul et notamment celle de la firme Tamla Motown de Detroit qui enchaîne les tubes Outre-Atlantique. Sous cette appellation, ils enregistrent une version d’Otis Redding, That’s How Strong My Love Is qui offre enfin aux musiciens un classement dans les charts, le disque atteignant la 48ème position.

Au moment où le second simple des In Crowd paraît, Stop, Wait A Minute, qui ne put entrer dans le classement, le guitariste Les Jones et le bassiste Simon Alcot - ce dernier se voyant arrêté et jeté en prison - annoncent tous deux leur départ du groupe. C’est ainsi qu’est engagé le jeune Steve Howe, à la recherche d’un orchestre où il peut exercer ses talents. Cette arrivée nécessita que John Wood troqua sa guitare pour la basse, ce qu’il fit sans le moindre regret. The In Crowd était redevenu un quatuor mais avait trouvé dans Howe un élément qui leur permettait d’entrevoir un avenir radieux, même si le dernier single paru en novembre 1965, Why Must They Criticise ne réussit pas, lui aussi, à s’imposer dans les charts. Pourtant sur scène, la formation était plus que séduisante : John faisait souvent son numéro sur le devant de la scène, ce qui entraînait une vague de cris de la part du public féminin , de plus en plus nombreux. Hopkins n’était pas en reste et avec son ironie s’instaurait le jeu de ramener le plus de filles à la fin des concerts... Le groupe passait alors la plupart de son temps à répéter dans les caves du sud de Londres, des séances qui se passaient bien car le groupe était confiant pour son avenir mais qui ne satisfaisaient pas totalement le chanteur Hopkins, ce dernier demandant aux musiciens des morceaux plus originaux, car il semblait lassé d’être cantonné au registre R&B et soul, de chanter en permanence Wilson Pickett ou Otis Redding. Les musiciens acceptèrent sa demande et commencèrent à improviser de plus en plus sur scène, à suivre les orientations que les Beatles avaient prises depuis quelques mois déjà. À la fin de cette année 1965, EMI fit une requête plus qu’incongrue au groupe : la maison de disque trouvant que le nom du chanteur sonnait trop « classe moyenne », elle suggéra vivement qu’Hopkins change son nom. N’ayant pas d’autres choix, la voix des In Crowd prit le nom de Keith West, pour ne plus en changer par la suite. L’étape suivante était de trouver un batteur digne de ce nom, susceptible de concrétiser les aspirations du groupe, même si EMI, devant l’absence de succès, mit un terme au contrat. En fait, les trois louchent déjà depuis un certain temps sur un certain John Adler avec qui ils ont plusieurs fois partagé l’affiche dans les clubs.

Né le 1944 à Colchester, John Adler a toujours pratiqué la batterie et ce, à travers plusieurs groupes. Il a commencé sa carrière à 17 ans dans un groupe appelé The Strangers mais jouait également dans un autre répondant au nom de Eddie Lee Cooper & The Trappers, les deux combos étant basés dans la ville natale du batteur. Ces deux formations jouaient du rock’n’roll et se faisaient un plaisir de reprendre leurs idoles Gene Vincent, Eddie Cochran, voire Cliff Richard et ses Shadows. Adler avait même un « show dans le show » de prévu sur scène lorsqu’il chantait Brand New Cadillac de Vince Taylor, tout en jouant de ses baguettes.
Cependant, comme tous les adolescents de son âge, puisqu’il joue dans plusieurs groupes à la fois, il est amené à pratiquer différents styles. C’est cette polyvalence qui lui vaut d’être engagé en 1963 comme musicien de session pour The Pretty Things, en vue de remplacer leur allumé de batteur, Vivian Prince, réputé encore plus fou que Keith Moon, futur batteur de The Who. Après cette expérience de quelques semaines, il retourne à Colchester et intègre cette même année Dane Stephens And The Deep Beats qui est signée par Decca courant 1964 et qui publie un single, une reprise de Bob Dylan, Don’t Think Twice Is Alright. Après cet unique disque, la formation change de nom pour devenir The Fairies et signe chez HMV pour deux disques. La formation se fait remarquer par la longueur des cheveux de ses membres, aussi scandaleuse que celle de leurs amis The Pretty Things et qui font passer The Rolling Stones pour de véritables enfants de chœur. Le groupe était plutôt bon, pratiquant un R&B de haute qualité, dans la veine de la formation de Dick Taylor. Justement, les Pretty Things offrent au groupe Get Yourself Home en guise de premier single. Le succès n’est pas vraiment au rendez-vous, en dépit de la production du légendaire Mickie Most qui y dispense ses services. Virevoltants sur scène, The Fairies cultivent l’art de recevoir des « cadeaux » en provenance du public pendant leurs prestations. Du fait de ses longs cheveux bouclés, Adler recevait régulièrement des bouteilles de lotions capillaires de la marque Twink. Il décida alors d’adopter Twink comme nom de scène. Un second single était en préparation quand le chanteur Dane Stephens fut impliqué dans un accident alors qu’il roulait le van du groupe sans permis ni assurance, tuant quatre personnes. Indisponible pendant un an, Stephens laissa sa place à Nick Wymer. Libéré de prison, Stephens reprit sa place de chanteur et le groupe tenta de recréer la musique qu’il pratiquait avant les ennuis de Stephens - soit le R&B - mais sans succès. Sentant la fin, Twink quitte le groupe pour rejoindre The In Crowd où il avait été demandé par John Wood, Steve Howe et Keith West.



[1SOURCES :

-* Unknown Legends Of Rock’N’Roll par Richie Unterberger, Miller Freeman, San Francisco, 1998.
-* The Tapestry Of Delights : British Beat, R&B, Psychedelic and Progressive Rock 1963-1976, par Vernon Joynson, Borderline, Londres.

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