Concerts
Two Gallants

Paris (Le Nouveau Casino)

Two Gallants

Le 22 novembre 2006

par Béatrice le 28 novembre 2006

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Adam Stephens et Tyson Vogel, duo auto-proclamé galant, sont avant tout des vagabonds effrenés, sillonnant sans relâche les routes du Vieux comme du Nouveau monde à bord d’un van chargé de deux guitares, les tambours d’une batterie, un harmonica, une collection d’amplis Orange et quelques bouts de tissus à se mettre sur le dos (parce que des fois, il fait un peu froid). Ils le disent eux-mêmes, d’ailleurs, en ouvrant leur set par une complainte déchirante dont le refrain assure “I’ve been gone so long, it seems like home to me”. Le destin les voit donc disperser la poussière de leurs semelles un peu partout, et revenir avant qu’on ait vraiment eu le temps de la balayer.

Cet automne, le vent les a traîné à travers les États-Unis, sans leur épargner quelques bourrasques tumultueuses aux alentour du Texas, avant de les déposer en douceur en Europe - et les voici donc foulant les trottoirs parisiens, avant un concert qu’un morceau de papier punaisé sur la porte du Nouveau Casino annonce complet. Ce n’est pas la file de gens en train de piétiner devant la salle à espérer vaguement que ses portes daignent s’ouvrir qui va le contredire, toute occupée qu’elle est à s’allonger et a coloniser, doucement, mais sûrement, la pourtant longue rue Oberkampf. Mais cette file a encore de nombreuses secondes à tuer avant que les deux troubadours débraillés aient la galanterie de montrer le bout de leur nez ; même si elle fini par se voir autorisée à se mettre à l’abri de la nuit sous les lustres de la salle, pas moins de deux groupes ont été chargés d’ouvrir les festivités.

Les lustres vont s’éteindre, et le groupe Hopper investir la scène. Quartet originaire de Ménilmontant, et qui en conséquence é nettement moins voyagé que le reste de l’affiche pour venir jouer, il balance ses riffs carrés dont la netteté est plus ou moins contrebalancée par des voix éraillées. Tout ça est bien gentil, sûrement un peu trop - et même si le set décolle un peu après deux ou trois morceaux, même s’il est sautillant et énergique, il lui manque l’impétuosité conquérante qui force un public à rentrer dans le jeu sans qu’on ait besoin de l’y inciter en lui prêtant un tambourin...

Leurs successeurs sur scène suivent le van de Two Gallants depuis quelques semaines et s’apprètent à les abandonner une fois le concert de ce soir bouclé et le matériel remballé. Ils s’appellent Cold War Kids, viennent de bien plus à l’ouest, et sont beaucoup moins bien coiffés. Leur musique, elle aussi, est beaucoup plus à l’ouest, et beaucoup plus échevelée. Les guitares se joignent au clavier pour tisser un trampoline sur lequel la voix rebondit allégrement, s’étirant et se relâchant dans des pirouettes saccadées, au rythme que lui donnent les maracas qui s’en prennent à une bouteille vide ; il lui est peut être déjà arriver de se casser la gueule et quelques membres du même coup, vu qu’elle se plaît assez à raconter des mésaventures cliniques sur Hospital Beds, mais elle s’en est apparemment très bien remise, merci docteur. Et même si certains spectateurs semblent se trémousser avec un peu trop d’enthousiasme pour être honnêtes, il faut bien reconnaître qu’il y a de quoi avoir envie de s’agiter devant ce rock élastique et barré.

Dans cette affaire, le temps ne s’est pas arrêté ; deux premières parties, ça prend du temps, surtout quand ça commence en retard, et, à 22h30, la batterie scintillante de Tyson Vogel vient à peine d’être installée sur la scène - au même niveau que la guitare de son acolyte, car le duo présente la particularité de ne jamais laisser les tambours en retrait, au contraire. Il n’est donc pas loin de 23h lorsque les deux jeunes hommes s’avancent timidement sur scène, que le batteur au look improbable (veston en tartan par dessus un sweat à capuche épuisé, pantalon éventré, ceinture cloutée d’où pend un trousseau de clefs dont on se demande à quoi il peut lui servir, si loin de chez lui...) se pose derrière ses fûts et se cache derrière sa tignasse emmêlée et que son compagnon s’empare de sa fidèle Gretsch rouge sang. Il égrène quelques notes, et les voilà partis, et nous avec eux, dans une errance à travers les contrées arides et balayées par un vent rèche qui servent de décors à leur chansons. Ils s’arrêtent de temps en temps, pour marmonner un merci, dédier leur set aux Cold War Kids, ou se réaccorder, mais dans l’ensemble, leurs morceaux se succèdent, s’entremèlent, se répondent, comme les deux instruments qui paraissent anticiper chaque frémissement de l’autre. De l’un des musiciens, on ne verra guère plus qu’un rideau de cheveux qui se meut avec plus ou moins de vigueur selon ce qu’il joue ; l’autre s’agite, se tend, glapit, éructe des phrases crues avec une conviction presque effrayante, d’un “I shot my wife today, dropped her body in the Frisco Bay” à un “That’s 21 fell by my gun, Lord they all fell the same, just need one more to match my age” ou “When I was about he age of five, I watched my daddy burned alive, they cut him low, and they hung him high, swaying in the breeze”... qu’on n’entend malheureusement pas toujours très bien, le duo ayant tendance à pousser le volume au maximum pour tout les titres enragés.

De complaintes lacérées et imbibées de bourdon en récits râgeurs crâmés par le soleil, de la mélancolie sèche de Let Your Light Shine On Me à la fougue ébouriffante de Nothing To You, le duo ne laisse de répis aux spectateurs que lorsqu’il tisse de (longs) intermèdes liant des conclusions allongées à des intro étirée et conférant une cohésion inébranlable à leur performance. Tant et si bien que lorsque minuit se pointe sans crier gare, et que les deux musiciens retournent voir leurs coulisses, on se surprendrait à se demander si les horloges n’ont pas été accélérées par quelqu’un de mal intentionné. Heureusement, Adam et Tyson ne sont pas sourds aux appels du public, et visiblement pas encore trop éreintés ; ils vont remuer ciel et terre (enfin, n’exagérons rien, simplement le bazar qui s’entasse derrière la scène du Nouveau Casino) pour retrouver une vieille gratte acoustique et gratifier la salle d’un Crow Jane qui va s’étirer sur preès de dix minutes ensorcelées. On se serait bien enfuit avec eux sur les routes boueuses et poussièreuses qu’ils aiment emprunter, mais le métro n’a pas voulu quitter ses rails parisiens ; il faut dire qu’on ne l’avait pas laisser rentrer dans la salle.



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Setlist :

Let Your Light Shine On Me
Steady Rollin’
Two Days Short Tomorrow
Japan Town Bowl
Long Summer Day
My Madonna
Las Cruces Jail
Waves Of Grain
Nothing To You
 
Crow Jane