Chansons, textes
Venus In Furs

Venus In Furs

The Velvet Underground

par Fino le 29 mai 2006

Aux royaumes des ténèbres et du malsain, le Velvet Underground était souverain. Venus In Furs, la porte aux enfers.

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Alors que les années 60 étaient un feu d’artifice de paix, de fleurs, de drogues douces et de brit-pop délicate, le Velvet Underground, éclipse assourdissante, allait imprimer sa trace au fer rouge. Finis les jours ensoleillés, place à un cuir poisseux et ténébreux. Au cœur de ce séisme, The Velvet Underground & Nico, premier album produit par l’étouffant génie Andy Warhol, dont la Factory ne rendait jamais intact ce qu’elle avait pris. Retour sur ce qui est l’acmé de cette galaxie malsaine, Venus In Furs.

Shiny, shiny, shiny boots of leather
Whiplash girlchild in the dark
Clubs and bells, your servant, don’t forsake him
Strike, dear mistress, and cure his heart

Le premier couplet de la chanson est douloureux. Dès la jeune adolescence, Lou Reed adopte un comportement provocateur et sexuellement ambigü. Inquiets, ses parents consultent un spécialiste qui, sur le motif de « comportement homosexuel », prescrit une cure d’électrochocs dans une Amérique à l’époque totalement immergée dans le puritanisme. Les effets sont bien évidemment irréversibles. Reed, perturbé, devient fasciné par la douleur et une sexualité exubérante et extravertie.

1965. Le groupe, alors débutant, est embauché pour jouer au Café Bizarre, club huppé pour gens de la haute. Andy Warhol y entre un soir et demeure bouche bée par le spectacle qui lui est offert. Face à un public bourgeois des plus classieux, le Velvet Underground, cuir et lunettes noires, joue des morceaux torturés traitant de drogues dures et de sadomasochisme... Sur ce dernier thème, Venus In Furs laisse une cicatrice profonde.

Parfait exemple, avec I’m Waiting For My Man, du décalage existant entre le Velvet et tout ce qui existait, Venus In Furs est l’archétype de la chanson parfaite. De ces chansons dont on pourrait deviner le sujet exact en se contentant d’entendre la partie instrumentale. Alors que Moe Tucker utilise sa grosse caisse comme on battrait le rythme d’une messe noire, Sterling Morrison, et à plus fort titre l’entêtant violon de John Cale portent au bord de la perte de conscience. Une lente transe à la fois douloureuse et agréable. Nous sommes au cœur du sadomasochisme. « Strike, dear mistress, and cure his heart ».

Lou Reed n’a connu que des histoires d’amour qui font des taches. Taches à l’âme, taches au cœur, taches de sang. Il a l’avantage sur de nombreux autres d’être un poète hors pair pour décrire le malaise. Sublimer cette atmosphère, ce moment de châtiment physique qui fait tant de bien, que l’on demande (« Kiss the boot of shiny, shiny leather »). Signe de défi à cette haute société parée de vison, Reed en fait les décors et protagonistes et de son univers.

Downy sins of streetlight fancies
Chase the costumes she shall wear
Ermine furs adorn the imperious
Severin, Severin awaits you there

Enfin, dans l’œil du cyclone, en pleine tourmente, c’est lorsque Reed s’élève avec cet extraordinaire refrain que l’on prend conscience de la dimension du personnage. La couleur, et avec elle seul espoir présent dans ce texte abyssal, et impitoyablement noyée.

I am tired, I am weary
I could sleep for a thousand years
A thousand dreams that would awake me
Different colors made of tears


Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom