Concerts
AFP

Paris (Le Divan du Monde)

AFP

Le 26 mars 2007

par Aurélien Noyer le 3 avril 2007

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Et voilà, je me trouve au Divan du Monde à attendre le début du concert. Traîné là par une Béatrice qui a essayé de ramener un maximum de rédacteurs de votre cher webzine au premier concert français de sa nouvelle marotte musicale, les curieusement nommés AFP.

Quelques coups d’œil en arrivant dans la salle m’ont permis de jauger un peu le public, et c’est assez surprenant. Des nerds à lunettes façon Rivers Cuomo côtoient des vieux fans de garage, tout en quarantaine passée et tatouages défraichis. Heureusement, nous n’avons pas à attendre très longtemps au milieu de ce mélange pour le moins surprenant car voilà les Australiens qui débarquent...

Ce qui choque en premier lieu, c’est le fatras d’instruments hétéroclites au milieu desquels vient se poster Mike Parton. Entre la scie musicale, un clavier rafistolé une bonne vingtaine de fois vu la jungle de câble qui en sort, une chignole (??), un dashboard, un melodica, une planche de bois (??), un ukulélé, tout ça ressemble plus à un vide-grenier qu’à une scène de concert. Mais bon... j’avoue que mon regard est vite attiré par les deux sœurs Squellor. C’est tout de même très étrange de les voir débarquer toutes les deux, l’une en jeans et T-Shirt délavé, look limite geek, avec une Telecaster immaculée en bandoulière et l’autre peinturlurée et attifée façon écolière japonaise destroy tenant à la main une basse ad hoc (impossible de compter le nombre de couches d’autocollants en tout genre qui couvrent l’instrument).

Le temps pour le leader Padraic O’Connor de faire son entrée, et il se fend d’un laconique Thanks For Coming, introduisant à la fois le groupe et la première chanson extraite de leur dernier opus, S.K.P.. Et là, surprise... Si Thanks For Coming était la chanson la plus enragée de l’album, ils en livre une version ultra-ralentie, planante et éthérée, portée par la scie musicale de Parton. Je perçois autour de moi le désespoir des vieux punks qui manifestement ne s’attendaient pas à ça. Moi-même, ma première réaction pourrait s’exprimer en une phrase : « Au secours, c’est Sigur Ros !!! ». Heureusement, pour le plus grand plaisir du public, le tempo va progressivement s’accélérer chanson après chanson. Mais chose assez étrange, le groupe semble prendre un malin plaisir à ralentir à l’extrême leurs titres les plus rapides et au contraire d’accélérer au maximum les ballades les plus nonchalantes. Ainsi on a eu droit à une version punk et épileptique de leur Waterloo Sunset à eux, la langoureuse Welcome Back To Suicide Bay enchaînée avec la ballade Kill You Until Love Do Us Part jouée de façon à peine moins rapide. D’où une admiration grandissante pour Padraic O’Connor dont la voix éraillée s’adapte aux changements de registre sans problème, se permettant même d’enchaîner les deux morceaux jumeaux de leur opus de 2003, l’énergique Wake/Moonshine et la berceuse Sleep/Sunshine (avec pour cette dernière, l’intervention de Mike Parton s’acharnant à coups de chignole sur les malheureuses planches de bois posées à côté de lui).

Finalement, celui que l’on remarque le moins, c’est le batteur Dorian Emanon. Pourtant, il passe le concert à marteler ses fûts comme un Keith Moon ressuscité mais malgré sa belle gueule, il lui manque le charisme de Padraic O’Connor ou de la bassiste Alicia Squellor. Toute en exubérance, clins d’œil sexy aux mâles du public (le geek à côté de moi a failli tomber en apoplexie lorsqu’elle l’a regardé), elle passe son temps à cogner les cordes de sa basse, parfois de façon un peu approximative vu les quelques pains qui viennent ponctuer certains refrains, mais sa folie scénique et son enthousiasme flagrant rattrapent largement ces petits écarts. Et puis, elle nous ont tout de même offert, avec sa soeur Ophelia, un des doubles soli les plus étranges que j’ai jamais entendu. Sur Wailing Wallaby, elles ont à peine laissé le temps à O’Connor de finir son couplet qu’en moins de temps qu’il n’en a fallu à Dorian Emanon pour placer un break, elles étaient lancées, chacune de leur côté de la scène, chacune à leur façon. Alors Ophelia restait immobile, le regard en l’air comme si elle était en pleine réflexion et décochait des riffs étranges mais précis, pleins de dissonances et de cassures de rythmes, Alicia s’acharnait, arc-boutée sur sa basse, à sortir d’énormes lignes de basses bétonnées, se permettant de temps en temps quelques pauses, histoire de reprendre son souffle... Même Padraic O’Connor et Mike Parton observaient, tout sourire, l’étrange spectacle de ces deux soeurs très différentes mais totalement en phase musicalement.

Et le public n’a eu que quelques secondes pour se remettre de ce choc sonique puisque les Australiens ont directement enchaîné avec leur « tube », Life Is A Lemon Slice, dernier morceau du set, apothéose du concert et summum de leur « garage expérimental » (désolé, je n’ai pas trouvé mieux pour qualifier leur son). Voir tous ces faciès de binoclards post-ado sautiller de concert avec des quadras en mode punk’s not dead est finalement une chose assez réjouissante et que j’aurai pu qualifier d’étrange s’il n’y avait eu le rappel : un Agnus Dei de 15 min, destructuré et noisy à souhait, mais avec les paroles rituelles en latin, s’il vous plaît !!! Ça, c’était étrange, mais assez bien fait pour dépasser le stade de la simple blague potache...

Et alors que l’écho des derniers larsens commençaient à s’atténuer, la totalité de la salle (moi y compris) avaient la certitude que AFP est bel et bien le plus grand groupe de rock du monde. Bien sûr, ce n’est certainement pas le cas, mais arriver à faire croire ça à 400 personnes, une heure et demie durant, ça nécessite quand même pas mal de talent !!!



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