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April Uprising

April Uprising

The John Butler Trio

par Emmanuel Chirache le 15 mars 2010

2,5

A paraître le 26 mars (Because)

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Étonnant succès que celui du John Butler Trio. Parti de rien - ou presque - le guitariste australien est devenu en l’espace de quelques années un artiste de classe internationale, qui passe sur RTL2 et remplit les salles de gens respectables qui n’écoutent même pas vraiment du rock. Totalement méritée, cette réussite surprend de prime abord. A l’origine, les premiers disques de John Butler sont résolument blues, folk, et country-rock, mélange d’univers assez peu commerciaux qui allaient jusqu’à se fondre parfois dans un phrasé rap et une rythmique reggae. La panoplie du guitariste s’étalait de la lap-slide au banjo, en passant par le bottleneck ou la douze-cordes. En somme, de la musique pour gratteux, obsédés du manche et guitarophiles. Dans ces conditions, comment expliquer la popularité du trio bien au-delà du cercle plutôt réduit des aficionados de la six cordes ?

Hé bien tout d’abord parce que l’excellent Sunrise Over Sea marquait dès 2004 le début d’une orientation plus pop chez le groupe. En réalité, le creuset folk et blues restait bien présent au travers des Treat Yo Mama, Zebra et autres Mist, mais il s’accompagnait désormais de formes plus commerciales. L’ensemble s’appréciait donc à la fois pour sa percutante efficacité et sa néanmoins réelle originalité. Depuis belle lurette, personne n’avait su réaliser pareil coup de force à partir d’une musique autant fondée sur la performance instrumentale. En toute logique, le multi-platiné Grand National (2007) allait poursuivre cette évolution vers le grand public, tout en conservant la volonté d’imposer un style acoustique funky de haute volée. On y entendait certes une petite baisse de régime, puisque des titres comme Groovin’ Slowly, Good Excuse ou Used To Get High rapprochait le John Butler Trio de l’ordinaire, c’est-à-dire des groupes « alternatifs » au sens politique du terme, sur fond de reggae et chanson populaire. Un genre très prisé par la France, où Tryo et Sinsemilia peuvent se vanter d’avoir eu leur petit succès à partir d’une formule mélodique ultra limitée (voilà qui explique aussi le succès de John Butler Trio sous nos latitudes). Heureusement, un petit village de morceaux épatants résistait encore et toujours à l’envahisseur altermondialiste, que ce soit Funky Tonight, Daniella ou Gov Did Nothing.

Avec April Uprising, John Butler part de nouveau à l’assaut des masses, pour le pire et pour le meilleur. Le pire, parce qu’on y trouve des chansons à la guimauve, très pop et naïves, telles que Revolution, I’d Do Anything, Take Me, Fool For You (la pire de toutes), Gonna Be A Long Time et j’en passe. Du concentré de guimauve à la sauce nineties ! oui, April Uprising sonne furieusement nineties ou début des années 2000. Par instants, John Butler chante comme Brandon Boyd d’Incubus période The Morning View, alors que la guitare évoque ici ou là Ben Harper, tandis que Johnny’s Gone - très bon morceau - fait penser à du Counting Crows - pour l’accordéon à la Mr. Jones - voire du Pearl Jam. Cette touche légèrement grunge ne serait pas pour déplaire si elle ne s’épanouissait sur un terreau presque uniquement reggae, gentiment chansonnier aux entournures. En résumé, le nouveau John Butler ravira les altermondialistes à sweat en poils de lama amateurs de reggae, lecteurs d’Acrimed et du Monde Diplo.

Au rayon des bonnes chansons, on notera quelques joyeusetés sautillantes, à l’image du single One Way Road qui en dépit de ses véritables qualités n’a rien du mordant d’un Zebra ni la verve d’un Pickapart. Tout un symbole pour un disque (jolie pochette) qui marque un léger essoufflement dans l’inspiration du guitariste. Le meilleur d’April Uprising s’écoute sur le virevoltant C’mon Now, l’onirique Ragged Mile, le délicat Johnny’s Gone ou le pétillant Don’t Wanna See Your Face et ses faux airs de Red Hot Chili Peppers qui aurait avalé Beck (nineties, nineties !). Subsiste la désagréable impression d’avoir déjà entendu tout cela de plus belle manière chez le John Butler Trio... malgré tout l’ensemble conserve fraîcheur et grand talent. On aimerait juste que le groupe puisse se recentrer sur ses racines sans trop concéder au message universaliste que souhaite véhiculer John Butler, qui voit sans doute dans la vaste diffusion de sa musique un bon moyen de sensibiliser les gens à certains thèmes politiques qui, pour être légitimes, semblent néanmoins le détourner de son art. Le titre même du disque fait référence à un ancêtre bulgare de John qui aurait fomenté un soulèvement populaire appelé « soulèvement d’avril ». Concilier musique et engagement, vieux débat... bref, John, oublie un peu les masses et fais péter ta lap-slide !

Tiens, bah comme ça, justement :


John Butler Trio - Master Class "One Way Road"
envoyé par JohnButlerTrio. - Regardez la dernière sélection musicale.



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Tracklisting :
 
1. Revolution (5’06")
2. One Way Road (3’06")
3. C’mon Now (2’42")
4. I’d Do Anything (3’21")
5. Ragged Mile (3’57")
6. Johnny’s Gone (4’54")
7. Close To You (3’51")
8. Don’t Wanna See Your Face (2’43")
9. Take Me (5’01")
10. Fool For You (5’07")
11. To Look Like You (4’19")
12. Steal It (3’43")
13. Mystery Man (3’55")
14. Gonna Be A Long Time (3’46")
15. A Star Is Born (4’35")
 
Durée totale :’"