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Are You Experienced

Are You Experienced

The Jimi Hendrix Experience

par Fino le 27 décembre 2006

paru en mai 1967 (Track Records)

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Ne gaspillons pas de l’encre virtuelle et allons droit à l’essentiel : James Marshall Hendrix était un génie. La survie de la guitare blues, on la lui doit quasiment exclusivement (exception faite d’Eric Clapton). Cependant, là où « God » s’est heurté à un mur, à savoir dans la conception de son album à soit, le « Voodoo Child » a fait exploser les amplis et s’envoler les esprits.

Cette année de grâce 1967 vit donc la consécration du guitar heroe par excellence, de l’homme qui allait perpétuer l’héritage blues à grands coups d’une pédale Wa-Wa maîtrisée à la perfection. C’est donc entouré du probable meilleur batteur de l’histoire du rock (Mitch Mitchell), d’un guitariste qui n’avait jamais touché une basse mais doté d’une coupe afro du meilleur effet (Noel Redding), et d’un sex appeal à toute épreuve que notre virtuose allait imprimer sa marque.

L’Américain, personnifiant l’adage selon lequel on n’est guère prophète en son pays, avait dû prouver à ses compatriotes que les Anglais - anciens colons, nouveaux rivaux sur la scène rock - avaient plus de nez qu’eux. Pourtant, le monument Are You Experienced ne pouvait que le projeter au devant de la scène et des charts, quels qu’ils soient. Les États-Unis étaient en retard, on ne les y prendrait pas une seconde fois.

Après une vraie-fausse signature chez Polydor, c’est Track Records (responsable de la bande à Townshend et Daltrey) qui allait remporter la mise, et envoyer l’album... juste en-dessous du sommet en Europe. Merci Paul, John, Sgt. Pepper et ses cœurs solitaires... Hendrix, génie écœuré par ses performances de Hey Joe à répétition (et désormais dénuées de tout feu sacré), s’était tout de même, à sa décharge, payé le luxe d’épurer l’objet des trois bombes en forme de single qui l’avaient mené là. On y trouvait entre autres Hey Joe donc, mais aussi Stone Free (en face B, rappelons-le), Highway Chile ou encore Purple Haze... La version américaine de l’album allait massacrer la playlist pour faire place à ces morceaux au succès déjà assuré. Parmi ces bouleversements, une nouvelle pochette, et - ô sacrilège ! - exit Red House. Oublions donc cette affreuse initiative made in Reprise Records (label fondé par Sinatra, roi du Rat Pack, tout de même). C’est bien la version originale couvée par la production de Chas Chandler qui fascine ici. Et attention les oreilles et les crises d’adolescence en puissance, la première écoute laisse indubitablement des traces.

Les paroles oscillent majoritairement entre appel explicite à la relation charnelle (le bouillant Foxy Lady) et récits hallucinés aux embruns... végétaux (un peu partout) ; bienvenue au cœur des années 1960. La guitare se fait tantôt languissante, tantôt terriblement incisive, telle cette sanglante attaque de Manic Depression. Puis... le blues prend le dessus.

Un blues qui ne surfe pas cette vague sonique mais en contrôle chaque remous, les triture à avec une précision et une concision chirurgicales jusqu’à l’édification d’une muraille absolument colossale en plein cœur du jeune jardin rock. Un blues qui vient des tripes et décolle jusqu’à éclater en pleine stratosphère (écouter ici le solo de Red House en boucle). Il en est ainsi, ces trois minutes demeureront un des meilleurs morceaux écrits par l’homme en question, et par extension un des plus fantastiques de l’histoire du genre.

Le tandem Hendrix-Mitchell produit des gerbes d’étincelles, les compères laissant libre cours à leur instinct dans des prés de psychédélisme. On pourrait citer I Don’t Live Today, d’ailleurs faisons-le ; il serait plus criant de se concentrer sur le fascinant bombardement qu’est Fire. C’est exactement au commencement du morceau que Dieu pénètre le corps de Mitchell pour abattre le plus hallucinant rythme de la décennie. Une cascade de roulements qui tombent parfaitement juste et agitent violemment l’oreille. Le disque pourrait s’arrêter sur ce massacre, mais Jimi en a décidé autrement, et en rajoute une couche.

La place qu’occupe Hendrix en général, et ce premier opus en particulier, dans l’histoire du rock’n’roll, est considérable. On ne parlera pas ici de révolution, car il n’y en eut point, mais très certainement d’une évolution majeure portée par ces onze titres. Hendrix réintroduit le blues dans le genre qui en est né et s’en sert pour perforer le psychédélisme ambiant. Un rock à la fois céleste et couvert de suie, à l’image du virage, ou plutôt des virages, qu’allait prendre notre art mineur chéri en cette époque bénie des dieux.

Le titre éponyme ne clôt non pas l’album en beauté, l’ensemble étant trop cohérent pour qu’il s’agisse d’un point d’orgue ; il le clôt tout simplement de la même façon que le disque est mené, à savoir d’une diaboliquement habile main de roi. Are You Experienced n’est même pas le meilleur album d’Hendrix : cet album de légende, séisme s’il en est, allait précéder deux autres coups de maître majeurs dans l’évolution du style. Tout le génie était là.



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Tracklisting :
 
1. Foxy Lady (3’19")
2. Manic Depression (3’42")
3. Red House (3’44")
4. Can You See Me (2’32")
5. Love Or Confusion (3’13")
6. I Don’t Live Today (3’55")
7. May This Be Love (3’11")
8. Fire (2’45")
9. Third Stone From The Sun (6’44")
10. Remember (2’48")
11. Are You Experienced (4’14")
 
Durée totale : 40’07"