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Colour of the Trap

Colour of the Trap

Miles Kane

par Aurélien Noyer le 17 mai 2011

3

Paru le 9 mai 2011 (Columbia)

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Ah non ! Ça ne va pas recommencer ! On a déjà donné, merde !!!

C’était il y a même pas dix ans. À la suite du succès des Libertines, les labels anglais signaient des groupes à la pelle : s’ils savaient à peu près jouer, s’ils avaient déjà écoutés trois ou quatre albums de classic-pop anglaise, s’ils avaient des gueules de prolo pleins de morgue, ils se retrouvaient en Une du NME et venaient bien souvent squatter quelques pages des magazines français.

Souvenez-vous... ils s’appelaient les Rakes, les Bees, Help She Can’t Swim, Little Man Tate, The Cooper Temple Clause, Hard-Fi, Dead 60s, Futureheads, Kaiser Chiefs, Razorlight. Avec un peu de chance, ils arrivaient à écrire un hit et puis... et puis, c’est tout. Ils n’avaient pas la carrure pour durer, pas l’originalité pour s’extirper d’un songwriting platement référentiel et tout simplement pas le talent pour sortir du lot.

Et voilà qu’on essaie de nous refaire le coup en douce avec le petit nouveau, ce Miles Kane-là. Le mec a un passif, certes. Ancien leader des Rascals (« qui ça ? ») et surtout partenaire d’Alex Turner dans The Last Shadow Puppets (« ah oui ! le deuxième gars, là ! »), ce n’est pas rien. Mais on serait bien en peine de dire qu’il ait fait ses preuves.

Or ce n’est pas ce Colour Of The Trap tant acclamé (Album du Mois chez RnF, « profondément ancré dans une tradition musicale liverpudlienne que les Beatles ont rendu universelle » d’après les Inrocks... seriously, guys ?!) qui changera les choses. Non pas que l’album soit mauvais, loin de là, mais Miles Kane est un Anglais qui débarque avec un album de pop anglaise fleurant bon les sixties !!! Vous rendez-vous compte ?! On n’avait pas vu ça depuis... euh... au moins deux mois.

Bien sûr, tout le monde ne bénéficie pas de la production de Dan Carey et de Dan The Automator, ou de l’aide d’Alex Turner, Noel Gallagher et Gruff Rhys et Colour of the Trap a sans conteste profité de l’expertise de ces petites mains prestigieuses. Mais si le résultat est de très bonne facture, on en cherche tout de même l’originalité et la pertinence.

My Fantasy va chercher le fantôme de Mark Bolan, Happenstance réquisitionne une voix féminine pour se la jouer Lee Hazzlewood et Nancy Sinatra, Inhaler emprunte sa rythmique au post-punk et ses intonations vocales au Lennon du Plastic Ono Band, Rearrange revisite gentiment les Stone Roses avec une diction à la Liam Gallagher...

Je vous assure que j’aimerais que le paragraphe précédent ne soit qu’un pur exercice de critique en pilotage automatique ou le fruit d’une vilaine pulsion de name-dropping snobinard, mais j’aurais malheureusement pu continuer ainsi pour quasiment chaque morceau tant cet album n’est construit que sur des références régurgitées.

Et s’il y a pire façon de recracher ses influences (les producteurs savaient clairement ce qu’ils faisaient), j’ai bien du mal à y trouver de quoi m’esbaudir. Si Colour of the Trap est légèrement au-dessus de la moyenne de la production anglaise, s’il ne souffre d’aucune faute de goût majeure (sauf peut-être Take The Night From Me, si on veut être sévère), s’il remplit à merveille le cahier des charges « pop anglaise », il manque cruellement de mojo. C’est un disque d’élève appliqué : il n’a ni le charme de ces oeuvres bancales mais prometteuses ni la beauté formelle de celles qui parviennent à transcender un genre... et il ne se permet même pas d’être suffisamment répétitif pour être ennuyeux. De la part d’un musicien plus confirmé, on y aurait vu ce genre d’exercices de style innocents qui parsèment parfois une discographie, mais rien de plus. Aussi je n’arrive pas à comprendre ce qui a pu pousser le label de Miles Kane à le mettre autant en avant. Que ce soit les Smiths, les Stone Roses, Oasis ou les Libertines, tous débarquaient avec un album qui avait quelque chose à dire, qui entendait mettre en avant une vision personnelle de la pop. Colour of the Trap fait plutôt office de Reader’s Digest consensuel. Pour l’album qui est sensé être la petite sensation du moment, c’est gênant.

Au final, il se retrouve à cette place au combien ingrâte de « bon album de pop anglaise... mais sans plus », un de ceux qu’on réécoute de temps en temps quand on ne sait pas quoi écouter d’autre.

Mais après tout, The Coral n’avait pas commencé autrement. On va donc souhaiter à Miles Kane de s’inspirer de ces derniers ou de son pote Alex Turner qui présente, mine de rien, une des évolutions les plus intéressantes de la pop contemporaine. Ça lui pourrait lui éviter de devenir un énième pétard mouillé à la Johnny Borrell, le monde n’a vraiment pas besoin de ça.



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