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Verve

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The Verve

par La Pèdre le 6 décembre 2012

3

paru en décembre 1992 (Hut Records)

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Pour le meilleur et pour le pire, The Verve a fait de la musique, voilà qui pose un lieu-commun. Mais l’on ne pense pas moins, sous l’euphémisme, surtout pour le pire. Une sorte de consensus facile semble se former, qui viserait à considérer la carrière de The Verve, à l’instar de U2, comme une occurrence dispensable et grossière. On ne leur pardonnera jamais d’avoir sorti Urban Hymns.

Mais reprenons la musique depuis le début. Bien avant de pousser des gens dans la rue de ses épaules badines, Richard Ashcroft a évolué dans un onirisme sonique ambigu, dont on a su exactement s’il était épuré ou trop habillé. Ce sont ces deux tendances contradictoires qui sont à l’oeuvre dans ce premier EP : d’une part éthérée et d’autre psychédélique, et pas franchement britpop. C’est cette contradiction même qui annonce l’amphibie du premier LP A Storm in Heaven, qui marie si bien l’aquatique au tellurique. D’une façon ou d’une autre tout cela doit beaucoup au shoegaze le plus limpide - et un jour on mettra au clair tout l’héritage shoegaze qu’il y a dans la britpop.

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Richard et Liam : pour l’amour de l’anorak

En premier chef, acceptons la plénitude musicale de musiciens âgés alors de 20 à 21 ans. Puis écoutons cette voix reconnaissable, proche de celle gallagherienne. A cela qu’Ashcroft se veut plus soul, s’imaginant en guru bouddhiste noir mais qui n’en reste pas moins blanc (hein ?). Et qu’est-ce que l’on peut faire si ces deux voix ont bercé une génération ?

Revenant au disque en question, il nous faut lui reconnaitre des qualités en propre. Gravity Grave, morceau le plus connu de cet EP, est très similaire à ce que feront plus tard les Verve ; disons-le, cette sorte de cavalcade presque pink-floydienne, qui s’enivre complaisamment de bouffées aériennes. Et Richard Ashcroft qui se prend pour Moïse. Mais ce qui est vraiment intéressant, c’est le reste de la galette - plus précisément le morceau suivant. Pour tous les amateurs vervesques, A Man Called Sun est ici le véritable moment exclusif. Dans ce tintillement d’étoiles, une ligne de basse grasse et fatiguée ouvre le champ aux imprécations murmurantes d’Ashcroft, barbotant dans une réverbération aquatique (en 1992 pas encore de ses « mamama »). Et cette guitare céleste, deux accords et quelques touches en mi mineur mélodique, guère plus. En fuite de rien, le morceau étiole son inconsistance à la manière d’un voyage hypnagogique. Nous y sommes : cette musique brille lorsqu’elle devient vraiment spéculative. Puis le reste tangue : en quelques mots She’s a Superstar est tout de même assez convenu ; Endless Life, n’évitant pas le jeu de mot, ne semble jamais finir ; Free nous laisse en terrain neutre, et c’est déjà mieux.

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Illuminati

Si l’on me permet, à l’image du nom du groupe, si près de la verge, la musique manque toujours de passer à la blague leste. Si avec les garçons de Wigan on lorgne pesamment du côté de la méditation transcendantale, du religieux de bazar, comprenons enfin que c’était dans l’air du temps. Rappelons qu’un groupe autrement plus vanté comme Chapterhouse n’était pas non plus dans l’épure. Comme chaque groupe, The Verve a un univers que l’on décide de pénétrer ou pas. On revit assurément avec lui une expérience passionnante des années 90. On pourrait trouver cela méprisable, mais leur impopularité face a la réécriture historique contemporaine nous fait les soutenir, car en reprenant la formule trop connue de Montherlant (et qu’est-ce qui vient faire là, lui ?) leur musique, ironiquement, brille du sombre attrait des causes perdues.



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Tracklisting :
 
1. Gravity Grave (4’27")
2. A Man Called Sun (5’45")
3. She’s a Superstar (5’03")
4. Endless Life (5’32")
5. Feel (10’42")
 
Durée totale : 31’29"