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Vivian Girls

Vivian Girls

Vivian Girls

par Antoine Verley le 2 mars 2010

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Paru en septembre 2008 (In The Red)

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(Article également paru sur Fitchpork)

Si, évidemment, venir de New York les obligeait d’emblée à s’exprimer au sein du créneau No-wave, les demoiselles n’étaient pas nécessairement promises à la notoriété de mythes s’y étant prononcés par le passé, comme les légendaires Dog-Faced Hermans ou les plus connus Gynecologists. Cependant, leur décision de choisir, contre toute attente, une veine soft punk nimbée de touches noisy qui n’est pas sans tendre vers un shoegaze lo-fi saturé de références college rock, est la marque évidente d’une volonté d’intégrer un courant plus porteur et abouti. Formées en 2007 autour d’une passion commune pour les girl groups des années 60, le punk, et Sonic Youth, les Vivian Girls ont vécu, comme tant d’autres formations essentielles de cette scène, un parcours bluffant d’originalité. Remarquée sur la foi d’une poignée de prestations scéniques sèches et carrées, voire rectangulaires, les filles enchaînèrent les labels indie, ne publiant qu’une poignée de singles ne connaissant d’autre succès que d’estime. Leur sincérité fut saluée par de nombreux organes de presse (nos confrères de Pitchfork Media), qui les préférèrent rapidement aux autres formations brooklynoises, plus talentueuses mais péchant par leur non-appartenance au monde de l’underground.

« Dépouillement », tel est le maître mot des Vivian Girls. Leur volonté de mettre en avant une voix plus que commune, digne des Cranberries, et de la couvrir de reverb et de crash maladroitement saturées jusqu’à ce que mort s’ensuive est à saluer. Si son échec est à déplorer, le laxisme est néanmoins de mise dans le cas de groupes aussi attendrissants. Et ces mélodies pop travaillant ardemment à évoquer les Shangri-Las le sont tout autant : leur exploit, ici, est de s’auto-plagier à l’infini avec une délicieuse malice qu’il convient de qualifier d’intéressante.

Sur cette livraison aux proportions peu orthodoxes, la formation ne dispose que d’une vingtaine de minutes pour s’exprimer, c’est plus qu’il n’en faut pour caser toute son inventivité débordante. Car la gageure est ici relevée : dès le premier morceau, All The Time, je fus surpris par la voix lointaine de la chanteuse qui la portait, et surtout par le je-m’en-foutisme attachant, ce touchant refus de livrer des compositions travaillées et abouties. M’émut également l’ébullition à froid qui naissait du mixage original inhumant la basse et valorisant des guitares abrasives qui n’auraient pas déparé sur le dernier Health ou même le troisième M83. Il en alla de même pour la deuxième piste. Puis la troisième, la quatrième et ainsi de suite. Si nulle pépite ne dépasse du lot, force est pourtant de constater qu’aucun morceau n’est moins bon que les autres. Tableau de chasse à faire pâlir certaines légendes de cette scène noisy, mais aussi à faire tiquer bien des vieux cons insensibles à la jouvence que respire le minimalisme des Vivian Girls.

De clins d’oeil évidents aux caciques de l’ère shoegaze en guitares minimalistes évoquant un post-punk involontairement égaré, l’auditeur ne pourra qu’être scotché dès la première écoute, tout cela possédant une particularité rare et très marquée.

Pourtant, pour apprécier un tel déballage passionnant de sonorités et « mélodies » toutes moins variées les unes que les autres, il faudra savoir faire l’impasse sur deux qualités majeures attendues d’un album : Saveur et Originalité.

Note : 1,4/10



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