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The Painted Word

The Painted Word

Television Personalities

par Oh ! Deborah le 20 février 2007

5

paru en 1984 (Fire)

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Sometimes, just to see you smile would make it all worthwhile. C’est ainsi que commence cette oeuvre enregistrée entre 1982 et 1983, où la simplicité triomphe, où la nudité sentimentale se cultive, où il y a l’espoir qu’un jour le desespoir ne soit perçu qu’au travers de son authenticité et l’acceptation revendiquée de son ridicule.

Daniel Treacy, ça, il l’a bien compris. Loser devant l’éternel, il n’a pas peur de s’approprier tout ce qui est pathétique, un pathos qu’il doit considérer comme condition irréversible de l’existence. Il compose ainsi des comptines rompues par une sorte de misère humaine éclatante au grand jour. Le sens de l’humour est donc moins présent qu’auparavant mais il est là (Bright Sunny Smiles), The Painted Word étant le plus sombre de la discographie du groupe. Et pourquoi pas le meilleur. Parce que des chansons plus émotionnelles que Life Of Her Own, Someone To Share My Life With, Happy All The Time, The Girl Who Had Everything, Say You Won’t Cry et Paradize Estate, il en existe difficilement.

Des compositions pop de cette intensité se font rares et c’est un groupe aussi peu classe que Television Personalities qui les réalise. Souhaitant écrire des chansons « aussi universelles que Joyeux Anniversaire », Treacy invente des mélodies pas croyables avec très peu de moyens, une production hasardeuse et des effets sonores bricolés. Cette candeur exploitée tient du génie malade. Peut être est-ce cette voix si pure, si écorchée ? Treacy chante avec le cœur trop plein, l’air d’un enfant qui constate les déceptions de tout ce qui paraît banal pour les autres. Mais Dan Treacy n’est pas comme les autres. Et il ne parle que de piètres situations, posant les questions aussi primaires qu’essentielles. Tout évenement de l’existence lui renvoit à ses propres sentiments d’exclusion, de solitude, de colère, de naïveté mais aussi d’ironie. Tout est là. Même l’amour et les adieux : Say You Won’t Cry. Existe-t-il au monde une façon plus déchirante de dire au revoir que dans cette extraordinaire ballade ?

Après plusieurs écoutes de cet album pourtant fait-maison et peu consistant au premier abord, on est plus sûr de rien. Certains talents, dont les procédés sont en apparence simples et en réalité fort obscurs, semblent alors défier toutes théories fondant les jugements de tout mélomane. Ils éveillent juste des images pures. Ici, mille et une lumières forraines s’illuminent puis s’éteignent. Deux hommes échangent, rient, se remémorent, et pleurent. On les imagine suppliant leur mères/femmes de les aimer comme ils sont, libres/enfantins. Les déclarations amoureuses sont toujours égoïstes. Il fait froid, mais ils prennent un dernier verre sur le perron. Parfois, ils errent ensemble dans des ruelles, se déguisent en Père Noël auquel ils rêvent de croire. Ils sont seuls.

Abrupts, certains morceaux ne laissent jamais leur pop en route. Sucrées, les mélopées perdent rarement leur nature garage et lo-fi, demeurant pour le moins amères. Comme tout compositeur anglais et doué, Treacy raconte des histoires touchantes d’ordinaire, où le quotidien rencontre les passions face à l’absurdité de l’existence. Harmonica, tambourin, piano et orgue déposent leur soupçons, tout juste assez pour créer le coté chaleureux, parfois rustique que Dan, et ses airs de clown triste, maîtrise avec maladresse touchante et donc presque involontaire. L’alcool, sans doute. N’importe qui est invité à cette fin de fête partie à l’eau, comme une fatalité. Cet album s’adresse à tout ceux qui veulent bien de lui, qui ont besoin de lui. Mais il s’écoute seul. Lorsque tout le monde est parti et que les confettis n’ont jamais vraiment existé. Encore ivre pour célébrer les regrets, les résolutions, les souhaits qu’il reste, les slows qu’on se passe en contemplant la déchéance désertée et le calme étrange.

Il semblerait qu’on ait la preuve que l’émotion réside dans une dimension qui tient plus du secret d’écriture mélodique et d’une sensibilité particulière que d’une éventuelle technicité instrumentale, ou sonore en matière de production. Car le son de The Painted Word est délibérément instable, fragile, tumulteux, et psychédélique. Encore un groupe frappé par le Velvet, l’inventivité en moins, la mélancolie en plus et la même passion pour le pop art. Ici comme dans d’autres albums, Dan fait référence à des peintres, des artistes cinématographiques ou des écrivains, comme Tom Wolfe [1], George Cukor [2], Vasarely [3]ou Andy Warhol [4] tandis qu’il rendait hommage à Syd Barrett au début de la carrière du groupe [5].

L’album se termine par un épisode qu’on peut qualifier de funéraire, puis de martial (la protest-song Back To Vietnam et le morceau caché). Depuis, le groupe à fait six autres albums jusqu’à cette année. Et Treacy oscille entre prison et disparitions abracadabrantes... Avant de revenir à la stupéfaction de ses fans londoniens en 2008.

Par cette production et cette passion pour les 60’s/70’s, le quatuor se démarque indéniablement de ses contemporains mais ne vend bien sûr (à l’époque) aucun album. Il faut dire que le chanteur est consternant. Entretenant son image d’anti-héros, il va jusqu’à refuser les moindres sollicitations lorsqu’il n’est pas en voie de clochardisation, tout en fantasmant le jour de son mythe. Ce jour-là, les TV Personalities seront considérés comme ce qu’ils sont : beaux et surtout, différents.



[1auteur du livre The Painted Word, retraçant l’histoire sociale de l’art moderne

[2A Life Of Her Own est aussi le titre d’un film de ce réalisateur, en 1950

[3référence dans la chanson The Painted Word II

[4allusions fréquentes dans les chansons

[5la chanson I Know Where Syd Barrett Lives

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Tracklisting :
 
1- Stop And Smell The Roses (4:03)
2- Painted Word (3:48)
3- Life Of Her Own (3:15)
4- Bright Sunny Smiles (3:11)
5- Mentioned In Dispatches (3:17)
6- Sense Of Belonging (4:50)
7- Say You Won’t Cry (4:34)
8- Someone To Share My Life With (3:27)
9- You’ll Have To Scream Louder (4:00)
10- Happy All The Time (5:17)
11- The Girl Who Had Everything (4:40)
12- Paradise Estate (4:30)
13- Back To Vietnam (4:16)
14- (Untitled Track) (7:34)
 
Durée totale : 58:42
 
Curieusement, il y a une erreur dans le tracklisting même de la pochette puisque le titre The Painted Word II n’est pas mentionné alors qu’il prend en fait la place sur la 8ème plage, le reste étant décalé.