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Purgatory Dance Party

Purgatory Dance Party

Polkadot Cadaver

par Antoine Verley le 5 avril 2011

4,5

Album paru en novembre 2007

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Si l’on se plaint légitimement du minable espace médiatique accordé à Saint Mike Patton, alors que dire de celui qu’occupe son plus honorable rejeton, Todd Smith ? Croyez-moi, il ne vous suffira pas d’ouvrir un Noise pour en entendre parler… Et pourtant, il n’est un jour qui passe sans que ce type bataille corps et âme pour la survie de ses nombreux projets, tous plus singuliers et inventifs les uns que les autres, à un point tel que la question suivante devient plus que légitime :

Todd Smith, grossissant les rangs de ces Smith qui ont façonné l’histoire du rock (Elliott, Robert, Adam, Joseph, Stan, etc), a débuté sa carrière en 1996 dans Dog Fashion Disco, groupe de metal entre Faith No More pour l’idée et SOAD pour l’exécution, souvent un peu laborieux… Jusqu’à 2006 et un Adultery tout simplement démentiel. En 2005, cet excellent panaché de folklore West Coast surf / funk / crooning qu’est The Exotic Sound Of The Alter Boys par, je vous le donne en mille, les Alter Boys, fut également un grand moment de Todderies (du crado-funk de Boy In A Bubble à la zoulie ballade Yesterday Is Here en passant par ce gouleyant pastiche de Thom Yorke qu’est Surrounded By Porcelain Flies), gage de cette propension empruntée à Hitler with a cunt à œuvrer dans tous les genres musicaux avec une aisance certaine et néanmoins des constantes dans le projet global.

Nuançons toutefois. Le bonhomme a tout de même tendance à la redite, en témoignent les projets El-Creepo ! et Knives Out qui, malgré de bons passages pour le premier, finissent par tourner un chouïa en rond… Mais tout cela importe peu, puisqu’un beau jour de 2007, après le split de Dog Fashion Disco, furent instantanément nés de ses cendres Polkadot Cadaver et son Purgatory Dance Party !

Les blogueurs les plus crétins hurleront au retour de Mr Bungle, ce qui, premièrement, est réducteur pour les deux… Deuxièmement, le moindre péquenaud qui a écouté California sait que Mr Bungle meurt à la fin, et troisièmement, il y a moins de rapport entre les deux qu’il n’y paraît, au fond. Pas de recopie effrontément stupide du modèle Patton, Polkadot Cadaver crée ici une chose nouvelle à l’identité musicale forte ! Certes, l’atmosphère « jouissance du meurtre » ne sera pas sans rappeller Bungle, mais pas davantage qu’elle rappelle les tueries (dans les deux sens du terme) d’Alice Cooper : on peut parfaitement établir une filiation directe entre I guess that you couldn’t see / But you were under my wheels, honey / Why don’t you let me be (Under My Wheels) et You belong right here baby, sitting in the electric chair / we’ll flip the switches that take you to your burning home / a haunted castle of brimstone (Deathwish).

Dès les premières pistes, c’est plutôt la totale non-connexion avec Bungle qui frappe. Jouissivement neuneu, Haunted Holiday, bardé de jingle bells, remplit le même rôle de paillasson acoustique que The Uninvited Guest sur Adultery, son album miroir. Déboule alors la première vraie chanson, Wolf In Jesus Skin, au rythme ska-métallesque similaire à celui de Radio / Video de System Of A Down, en plus dense, plus rapide, plus fou, mais toujours d’une fluidité à couper le souffle ; la voix est-européenne surjouée, les staccatos niais sur les synthés, les chœurs efféminés de derrière les fag(g)ots, tout cela ne laisse aucun doute : Purgatory Dance Party, comme son nom et sa travoltesque pochette l’indiquent, est un album qui lie de la manière la plus improbable fête et trépas, rire et putréfaction, joie et mort (et oui, Toddounet est un grand lecteur de Burroughs et Bukowski)… En somme, il prouve la validité d’une idylle pas si contre nature entre ritournelles poppy dansantes (ska, RnB, pop spectorienne) et metal dans toutes ses déclinaisons (du thrash au néo en passant par le death), et d’une manière plus humoristique, détachée et ambitieuse qu’Incubus, dont il se rapproche sans doute parfois, mais PAS de Mr Bungle, nondidjou [1].

Voici donc Polkadot Cadaver, des chansons qui pètent tout, mais aussi, ce qui est loin d’être secondaire, des refrains entêtants et des lyrics SO BADASS.

Are you happy now
you’re finally the talk of the town
searchlights in the sky
your flame won’t turn this blood into wine

(Bring Me The Head Of Andy Warhol)

I think I’ve seen you on TV
Where you’re selling the end of the world
You seem harmless enough to me
As my eyes glaze over into medicated sleep

(Purgatory Dance Party)

Lullabies in a voice so sweet
You and me and the devil makes 3
There’s no place like home
But we are not in Kansas anymore

(Pure Bedlam For Halfbreeds)

Ça sonne, ça claque, that’s pop music.

Pour ne rien gâcher, la prod hyper-plate donne à l’ensemble du disque un côté machinal, fluide, évident, ces compos calibrées au petit poil glissent dans nos oreilles comme du papier à musique (certes un drôle d’endroit pour se mettre du papier à musique). Si simple, mais maîtrisé à en faire saigner un Bégaudwin.

On trouve des structures parfois classiques (comme Long Strange Trip To Paradise, presque un Gang Of Four joué avec des couilles et pas composé avec les pieds, Deathwish démarrant comme Flash McQueen à la Piston Cup), mais aussi des titres bien plus audacieux alliant un hommage à Slayer et un au Wall of Sound de Phil Spector (What’s The Worst Thing That Could Happen) ou une valse flippante et un intermède death metal (Phantom Limb). Si le plus original est Bring Me The Head Of Andy Warhol, duo clavier/batterie explosif comme du Black Diamond Heavies et couplets RnB tentaculaires, la palme de votre serviteur revient sans nul doute à Pure Bedlam For Halfbreeds, ses couplets nerveux, follement sparksiens, son refrain nucléaire digne de Tomahawk (le missile comme le groupe), son pont supersonique... Et son clip, en plus d’être un parfait résumé du ton d’ensemble de l’album, est à coup sûr le plus réussi de l’histoire du wack’n’woll (hé oui), donc jetez-vous dessus ventre à terre, quitte à laisser un hémisphère gauche dans la bataille.

Aucune mauvaise chanson sur cet album, si ce n’est peut-être Chloroform Girl dont les Natachakampuscheries rigolotes des textes passent tout juste la mollesse, ou Sole Survivor légèrement inférieure au reste. En bref, un de ces coups de maître dont il se pourrait bien que Todd Smith ne soit plus capable d’en rééditer. Espérons que le prochain Polkadot, prévu ce 10 mai, me donnera tort, mais vu la gueule du dernier morceau sur leur myspace, c’est pas gagné.



[1Mauvaise foi mise à part, la voix de Todd Smith se rapproche quand même pas mal de celle de Patton, même si elle est évidemment moins large tant en terme de registre que de nombre d’octaves couverts. Son avis sur les comparaisons au boss d’Ipecac que sa musique subit fréquemment se trouvent cette excellente interview : http://www.thrashocore.com/intervie...

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