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Electrelane, the power off

Electrelane, the power off

par Fino le 11 décembre 2007

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Réactions à chaud à l’actualité ou réflexions oisives sur leurs groupes préférés, les mini-dossiers Focus ont pour but de vous entraîner dans la tête des rédacteurs de B-Side Rock. Fino nous livre donc une petite chronique de la disparition annoncée d’Electrelane.

Les dernières gouttes du champagne offert à la foule compressée au Trabendo samedi 24 novembre ont ainsi fait tomber le rideau sur la trajectoire supersonique d’Electrelane. Deux rappels d’un ultime concert mémorable, et les yeux de tous se sont ouverts sur ce terrible « indefinite hiatus » tombé quelques jours plus tôt sur leur site Internet. Le passage de la surexcitation des quelques privilégiés qui avaient obtenus des places pour cette dernière représentation à l’adieu au groupe dont la timidité a fait le charisme bouche les oreilles et brouille la vue. Alors on s’attarde quelques temps auprès des quatre musiciennes qui, comme à leur habitude, vendent CDs et tee-shirts et discutent avec leurs fans en signant quelques autographes après la performance. Et puis le froid nous enveloppe : la minuscule salle a déjà disparu derrière nous, ne reste que le marteau-piqueur de I’m On Fire - reprise de Bruce Sprinsgteen écrasant le mur du son, jouée en fermeture – pour rythmer les pas.

Une décennie au compteur déjà, quatre L.P., une compilation d’inédits, et des tournées incessantes marquées par la timidité charismatique du quatuor et le visage d’ange de Mia Clarke, qui fait apparemment toujours les mêmes ravages parmi les fans à en juger par les déclarations embarrassantes du public. Formé en 1998 autour de Verity Susman (chant, guitare, clavier) et Emma Gaze (batterie), le groupe accueille dans un premier temps Tracy Houdek à la basse (rapidement remplacée par Rachel Dalley) et Debbie Ball à la guitare. Le premier single, Film Music, nappe instrumentale, sort en 2000, suivi par Le Song, dans lequel la brutalité crue des guitares éclate. Ainsi sera guidée le parcours musical du quatuor, qui finira par accueillir Mia Clarke (guitare) et Ros Murray, bassiste à l’instrument démesuré comparé à sa taille.

En Avril 2001 est lancé « Rock It To The Moon ». Première étape instrumentale, l’album laisse s’épanouir influences noisy, floydienne et krautrock. Les pistes sont audacieuses (U.O.R., Mother) et frappent de plein fouet. La double guitare passe souvent aux commandes, dans un désordre rêche et jouissif. Car le charme d’Electrelane vient sans aucun doute de là : la technique aux instruments n’est pas particulièrement poussée, le chant frise le faux bien des fois, la superposition de plages sonores laissent pantois. La batterie martyrise la caisse claire de façon puissante sans la moindre fioriture, les solos sont simples mais tombent à merveille. Ces jeunes filles ont très certainement écouté le jeu de Syd Barrett, aucun doute là-dessus.

Steve Albini passe aux platines du second opus, « The Power Out », en février 2004. Le quatuor se fend alors d’un album de chansons aux teintes polyglottes (français, allemand, espagnol), et prouve que ces quatre jeunes filles de Brighton savent parfaitement structurer leur jeu et donner du carburant à des mélodies superbes. Le solo de Birds est sublime de fragilité tendue au point de rupture, On Parade ou Take The Bit Between Your Teeth agitent les têtes. Le succès à l’étranger ouvre ses portes. « Axes » prend alors tout son petit monde à contre-pied en mai 2005 en se replaçant sur les rails instrumentaux, suivant un chemin teinté de pastel froides plus fouillé que « Rock It To The Moon ».

Car c’est bien là ce qui fait sans doute impression dans la brève discographie du groupe. Des quatre album, impossible d’en trouver deux se ressemblant. Si « No Shouts No Calls » a rebranché un micro voix, les claviers et la douce ambiance flottante de l’œuvre n’ont que peu à voir avec les morceaux de « The Ower Out » qui donnaient dans le riot girls. « Rock It To The Moon » et « Axes » sont indubitablement encore plus éloignés. Les explosions de ce dernier sont plus maîtrisées, les montées plus régulières. En d’autres termes, comme pour les différents albums des Beatles à partir de « Revolver », chaque L.P. forme un corps homogène au son très différents de ses prédécesseurs.

Bien sûr, et c’est enfin ce qui fait toute la beauté de cette décharge d’énergie, ces différences soigneusement travaillées explosent en live dans des rugissements de guitare essayant de rivaliser avec l’infatigable batterie - réglée au millimètre, puis martelée à plein régime – d’Emma Gaze. Point de salut sans gros son, les outros s’étirent et la basse fait vibrer les enceintes sans laisser de répit.

Le dernier album, paru cette année, est empli d’une nostalgie que, a posteriori, on ne peut que trouver annonciatrice. Electrelane n’aura cessé de surprendre, en parvenant, chose assez exceptionnelle à notre époque pour être acclamée, à créer un son à elles qu’elles ont fait évoluer constamment au cours de leurs dix années de route. Alors, pour le groupe qui m’aura très certainement offert quatre de mes meilleurs concerts, de ceux qui vous agitent la tête sur le coup et vous la font tourner pendant des semaines, pour ces musiciennes qui m’ont ouvert les yeux un jour ensoleillé du Rock En Seine 2004, merci bien évidemment, bonne chance sans doute, et chapeau bas incontestablement.



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