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Kula Shaker : aller-retour Londres - Bénarès

Kula Shaker : aller-retour Londres - Bénarès

par Our Kid le 14 mars 2006

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Du rock et une pincée de spiritualité orientale dans un shaker, et vous obtenez un groupe à la carrière brève mais essentielle. Ça vaut le coup d’essayer ! Portrait d’un groupe culte à la carrière brève, au succès fulgurant mais qui suscite toujours autant de fascinations.

 Naissance, magie et expériences

L’histoire de Kula Shaker commence évidemment avec celle de ses membres. Honneur au plus âgé, donc, avec Jay Darlington, né le 3 mai 1968. On ne sait que très peu de choses sur son enfance si ce n’est qu’il a quasiment toujours joué des claviers et ce, depuis son plus jeune âge. Il a même été designer graphique avant d’intégrer une formation musicale. Lorsqu’il était plus jeune, les gens avaient l’habitude de le confondre avec Richard Branson !
Né dans la banlieue ouest de Londres le 24 octobre 1970 dans une famille d’origine galloise, Alonza Bevan va découvrir la musique en jouant différents instruments dont le piano mais aussi la basse. Durant son adolescence, il s’est vu affublé du surnom de Shep. Toujours est-il qu’il adore parler avec un accent gallois. Paul Winter-Hart, né le 19 septembre 1971 à Glastonbury. Originaire d’une famille de musiciens : son père était batteur dans un groupe de jazz et c’est naturellement qu’il se placera derrière les fûts. Enfin, et pour compléter le carré, Crispian Mills né le 18 janvier 1973 dans une famille célèbre puisque sa mère n’est personne d’autre que l’actrice Hayley Mills, qui a joué dans des films comme Pollyanna ou Parent Trap, et son père, le metteur en scène Roy Boulting qui quitta le domicile familial lorsque son fils avait deux ans. « C’est la raison pour laquelle je ne porte pas son nom. Il a été marié six fois et je suis le septième de ses fils ». C’est également le petit-fils de l’acteur Sir John Mills.

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Crispian Mills dans les bras de ses parents

Crispian le blondinet a toujours joué de la guitare mais est aussi fasciné par la légende d’Excalibur et par Star Wars. Malgré la célébrité de sa famille, Crispian assure qu’il n’a vu que très peu de stars durant son enfance. « On ne menait pas une vie de bohème. On ne lisait pas Marx après le dîner ».

Non, s’il y a une chose qui l’a marqué durant son enfance, c’est la première fois où il a pénétré dans un temple de l’Association internationale pour la conscience de Krishna. « J’étais avec ma mère lorsqu’elle visitait ce temple à Watford. Je devais avoir onze ans. Il y avait une puissante énergie, mais il y avait aussi ces gens bizarres avec leurs robes et je voulais juste m’enfuir. Ça m’a affecté ». Il se souvient d’avoir placé sur son mur de chambre, étant jeune, un poster du groupe Madness. « Je l’avais pris dans une revue appelée Look. Les membres du groupe posaient en costumes noir. J’ai mis des graffitis qui sortaient de leurs bouches dans des bulles ».

Vers 17 ans, Mills rencontre Alonza Bevan sur les bancs du Richmond College. À cette époque, le fils de stars est surnommé Dodge et décide de jouer avec Bevan dans un groupe appelé Objects Of Desire et de tenir en même temps une boîte de nuit psychédélique, The Mantra Shack, à l’arrière de la patinoire de Richmond. Mills avouera plus tard qu’il était devenu cinglé et que cela a duré cinq ans. Une période d’apprentissage difficile. « J’avais vraiment besoin de faire quelque chose de ma vie donc j’ai décidé de partir en Inde ». Plutôt que de suivre une piste à la recherche des éléphants, de faire la fête à Goa ou encore de s’allonger sur une plage en lisant le dernier roman à la mode, Mills se rend à Mayapur sous la « tutelle » d’un certain Mathura, un « voyageur à son compte et mystique par la même occasion ». Étudiant rencontré à Richmond, Mathura serait, selon Mills, un « dénonciateur » des libertés en Extrême-Orient, un moine et un « conspirateur révolutionnaire » doté d’un passé dans un goulag sibérien. Interviewé par l’hebdomadaire musical Select, Mathura explique les motivations qui ont poussées Mills à se rendre dans les montagnes indiennes : « Je l’ai aidé à étudier les enseignements d’un mystique indien appelé Chaitanya. Il est revenu en Angleterre complètement transformé ».

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De gauche à droite : Crispian Mills, Jay Darlington, Alonza Bevan et Paul Winter-Hart

À son retour, Crispian et Alonza mettent en place un autre groupe appelé The Kays. Les deux vivent désormais ensemble dans Swiss Cottage et passent leur temps à écouter de la musique classique indienne et faire des recherches sur la légende arthurienne. Pour compléter le groupe, on fait appel au batteur Paul Winter-Hart et à Saul Dismont, le cousin de Crispian, pour le chant. Dismont initia le reste du groupe à toutes sortes de symboles et leur expliqua en quoi la lettre K était magique, puisque elle représentait les rois dans le passé et qu’on la retrouve également chez Krishna ou Kennedy. L’autre occupation qui unissait les membres dans leur collocation était l’enseignement de la magie par l’intermédiaire d’Aleister Crowley (Nda : l’initiateur notamment de Jimmy Page). D’après Mills, tout cela était « une réalité folle. On croyait qu’on était des chevaliers dans des écuries, se tenant prêts pour la bataille finale. Et puis, on a rencontré Don ». Don Pecker est devenu le « gourou de la folie » de la bande. Ancien escroc et conducteur de mini-bus à l’occasion, il a été « déniché » par Mills dans un temple en 1993. « C’est un personnage amusant », révèle le guitariste, « qui adore les légendes ». Pecker aurait découvert qu’il était le descendant de Chevaliers de la Table Ronde...

Toujours est-il que c’est avec ce chevalier royal à leurs côtés que The Kays se rend au festival de Glastonbury de 1993 pour se produire pour la première fois. D’après les informations, Mills et Pecker s’y seraient rendus dans une vieille Mercedes 280, sous l’emprise d’un puissant acide. Il semblerait que le véhicule ait été porté disparu depuis qu’un meurtre sordide eut été commis par un ancien propriétaire en 1982 et c’est ainsi que les deux furent arrêtés par la police du festival. Pecker, en plein délire, parvint à convaincre les autorités que Mills et lui n’étaient pas les personnes qu’ils recherchaient et qu’ils ne pouvaient être arrêtés car ils étaient protégés par le chiffre 13. Finalement libérés, ils retrouvèrent le reste du groupe sous une chapiteau Krishna où The Kays joua une heure d’acid-rock distordu incluant leur morceau fétiche sur scène Govinda. L’avenir du groupe est encore incertain, partagé entre rêves de musiciens et réalité parfois difficile. Mills, par exemple, travaille auprès de Harris, un organisme qui prépare des sondages électoraux, en tant que « prospecteur de marché »... Il a décrit plus tard ce petit boulot sous ces quelques mots : « C’était comme être Robin des Bois, avec la vérité ».

À la fin de l’année, le toujours mystérieux Mathura rendit visite au groupe, appelé alors The Lovely Lads, dans son appartement londonien. Il était accompagné d’un ami américain, un adepte du culte de Krishna qui avait vécu avec John Lennon et qui parla pour la première fois de Kula Sekhara. « Il nous a expliqué en fait comment le vrai Kula Sekhara était un mystique du neuvième siècle et un empereur », se remémore Mills, « une vraie figure. Vers 1994, on ressentait de plus en plus le besoin de disposer d’un nom royal et on a pensé que si on prenait le sien, il veillerait sur nous. Trois mois plus tard, on avait signé un contrat ». Auparavant, le groupe avait connu du mouvement au sein de ses membres, puisque Dismont quittait le groupe pour une carrière de DJ à Londres, laissant du coup le chant à Mills alors qu’arrivait Jay Darlington, un claviériste. Beaucoup plus âgé que le reste de la formation, il avait officié précédemment dans des combos mods sans trouver le moindre succès. Il collait bien, de plus, à l’image du groupe, puisqu’il avait renoncé au plaisir au profit d’une expérience astrale.
Après une année entière passée à jouer dans des pubs plus louches les uns que les autres et à mettre au point quelques compositions, tout en tentant de décrocher un contrat durable, Kula Shaker semble se stabiliser aussi bien musicalement que socialement. Au printemps 1995, après l’expiration d’un contrat suspect avec Gut Reaction Records, tout s’enchaîne : « Ils nous ont traité comme de la merde. On vivait tous ensemble et la tension retombait sur nous. Je me souviens être parti à Liverpool et recevoir ce vrai réveil spirituel. C’était au moment où on a changé de nom ». Ils adoptent ainsi vers le milieu de l’année un patronyme qu’ils ne quitteront plus par la suite, en référence bien sûr à Kula Sekhara. Après avoir fait un show enthousiasmant à Manchester lors du concours In The City, où ils concentrèrent tous les regards, le groupe signa finalement un contrat avec Columbia en novembre. C’est à ce moment-là que les quatre mettent en boîte Tattva, un morceau promotionnel destiné à livrer aux radios et autres promoteurs de concerts un aperçu de la musique du groupe. Sorti en édition limitée en janvier 1996 (2.000 exemplaires), le résultat est plus que probant et la carrière du groupe est définitivement lancée. Mills, de plus en plus confiant et sûr de lui déclare : « Je pense que nous représentons une force pour la révolution de la jeunesse. Nous bouleversons le système à travers le système. Une importante révolution culturelle et spirituelle est en marche mais un tas de gens en sont déjà exclus. Il n’y a aucune compréhension de la magie. Nous sommes devenus partie intégrante de cette machine dégoûtante qui crée la mort et la destruction et nous devons reconnaître qu’il existe un pouvoir supérieur que nous ne contrôlons pas. Si nous ne faisons pas attention, cette civilisation entière va être entraînée sous les océans. Nous savons que les gens vont penser que nous sommes fous, mais ce serait vraiment regrettable qu’il n’y ait pas de resistance. Ça fait partie du jeu. On adore ça. Nous sommes les chevaliers à la recherche du Graal et tout cela correspond à une joute. Les chevaliers aiment jouter ».



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