Portraits
The Stone Roses : une légende taillée XL

The Stone Roses : une légende taillée XL

par Our Kid le 25 octobre 2005

Alors que Manchester et l’Angleterre sont orphelins de The Smiths, un groupe va réussir en une année à redonner la joie de vivre au royaume et à créer une nouvelle scène musicale, la scène baggy.

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 Quatre années dans l’ascenseur

Contrairement à une idée communément admise, The Stone Roses ne sont pas apparus durant l’explosion baggy de 1989, dite Madchester. L’histoire du groupe commence six années plus tôt avec la rencontre de Ian Brown et de John Squire, deux adolescents des faubourgs de Manchester qui décident de former ensemble un groupe, bien que Squire ait joué dans des combos depuis l’âge de 13 ans. Ils trouvent rapidement des amis intéressés pour les accompagner et se produire.

À ses débuts, le groupe ne correspondait, cependant, en rien à ce que l’on attendait d’une formation de Manchester : on n’y retrouvait pas la musique house de Chicago, aucun de ses membres ne portait de Doc Martens et c’était un groupe à nuance rock. Ils avaient en Pete Garner un bassiste aux cheveux longs, le chanteur Ian Brown revêtait des pantalons en cuir et on pouvait apercevoir des éclaboussures de peintures sur les chemises du guitariste John Squire. En fait, ils étaient difficiles à cerner car ils semblaient si étrangers à la musique de Manchester. Le passé du groupe était lui-même trouble. On l’avait connu comme une formation mod d’Altrincham, The Patrol, l’antithèse des groupes qui sévissaient alors sur le label local Factory, puis comme une bande de rustres en scooter appelée The Waterfront. Dans The Patrol, on retrouvait Ian Brown à la basse, Simon Woolstencroft à la batterie ainsi que Andy Couzens et John Squire aux guitares. The Waterfront vacilla rapidement, avant de se réunir finalement dans des locaux de répétitions enfumés et imbibés de bière de Stockport sous le nom de Stone Roses, au moment où il s’adjoignit les services du talentueux et polyvalent Alan Wren, dit ‘Reni’, à la batterie. À cette époque, Brown avait déjà abandonné la basse pour se consacrer au chant.

Leur premier concert eut lieu en 1984 au Moonlight Club d’Hampstead où, bizarrement, ils se produisirent devant un Pete Townshend (leader du groupe légendaire The Who) enthousiaste qui invitera le groupe à jammer sur des versions de Substitute et Pictures Of Lily. D’ailleurs, le chanteur Ian Brown se souvient de ce tout premier concert : « Quand on a fait notre premier concert, il y avait un tas de personnes avec des cheveux noirs et des toiles d’araignée. Ils étaient vraiment déçus de nous voir monter en uniformes noirs et chemises blanches comme les Beach Boys, avec nos cheveux courts. »

En fait, le public crut que le groupe était goth du fait de son nom qui évoque les églises poussiéreuses et les cimetières désolés, une vieille architecture de pierres sculptées. « Le nom du groupe était une contradiction, quelque chose de dur et quelque chose de beau, quelque chose bruyant mais mélodieux », sourit John Squire. Et Ian Brown d’ajouter : « Il a été choisi pour être heureux, pas pour être goth ». Il semblerait toutefois que le nom du groupe provienne d’un obscur thriller des années 1950... Inévitablement, The Stone Roses furent pris pour des goths, bien qu’à l’époque, ils étaient plus proches musicalement de la puissante et pompeuse pop des rockers pour stades, comme The Chameleons, issus du nord de Manchester et totalement oubliés depuis.

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dans le sens des aiguilles d’une montre : Brown (en bas à gauche), Reni, Couzens, Garner et Squire

Armé d’un manager en la personne d’Howard Jones, qui dirigeait également le label Thin Line, le groupe entra en studio sous la direction de Martin Hannett, producteur de New Order et pilier du label Factory Records. Un premier single, So Young, paru en septembre 1985 sous le label de Jones, était décrit comme caractéristique de la scène de Manchester et de son image déplorable. Il semblait dire : « Lève-toi de ce pieu et arrête de te plaindre ! »... Ce premier single mettait le groupe mal à l’aise et était considéré, au sommet de la frénésie Stone Roses, comme une « merde » mais dont le jugement a évolué depuis : en 2000, Brown révélait « Non, ce n’était pas un horrible premier disque. En fait, il était explosif. Le premier remix de cette chanson par Martin Hannett était la chose la plus extrême que j’ai jamais entendu. Il avait mis la tonalité au maximum. C’était si fort que ça a fait exploser le nez de Reni. Sérieux. Du sang partout. Le remix de Martin Hannett lui avait nettoyé le pif ! À la fin, on a dû sortir une autre version pour le public, une version plus calme. C’est un disque fantastique ».

Pour promouvoir So Young, le groupe ne trouva rien de mieux que couvrir le centre de Manchester de graffitis se résumant aux mots « STONE ROSES ». Tous les monuments de la ville furent taillés au spray. D’Albert Square à la statue de la Reine Victoria, tout y était passé, ce qui suscita un émoi sans précédent et mit en alerte les journalistes du Evening Standard. Les gredins furent rapidement dénichés et cet événement provoqua un formidable afflux de public en concert et leur fournit une notoriété mais, à long terme, ce geste s’avéra une véritable erreur. L’hostilité vis-à-vis du groupe dura pendant trois ans et empêcha les favorables critiques locales d’aider la carrière d’un groupe qui était d’ailleurs stigmatisé comme un résidu d’hooligans. Toujours est-il que The Stone Roses se cherchait toujours une identité musicale.

C’est à cette époque que le groupe s’enferma en studio avec Hannett pour enregistrer une poignée de chansons. Mais une organisation chaotique, un producteur peu impliqué, des répétitions à n’en plus finir et le manque de cohésion au sein du groupe mirent fin à ces séances, ainsi qu’à la collaboration avec Hannett. La bande à Squire avait besoin d’un catalyseur mais ne le trouva pas avec le producteur. Le résultat émergea toutefois en novembre 1996 sous la forme d’un album, intitulé Garage Flowers qui contient des démos de chansons ainsi que tout le matériel composant à l’époque le répertoire des Mancuniens.

Après ce semi-échec, le groupe fit une rencontre qui modifia totalement la donne en lui procurant une résidence quasi-permanente au club The International. En effet, alors que les musiciens traînèrent un soir au club, ils tombèrent sur le gérant, un certain Gareth Evans, qui se mit immédiatement à les « draguer », de sorte qu’il devint rapidement leur nouveau manager et leur fournit un endroit où répéter tout en se démenant auprès des maisons de disques où il parlait de ses protégés comme « d’un très grand groupe de rock ». La ville entière était couverte de posters géants lors de concerts du groupe et Evans n’hésitait pas à attaquer la presse locale qui snobait le groupe.



[1Références bibliographiques :

  • Magazines : Q Magazine, Loaded, New Musical Express
  • Ouvrage : From Joy Division To New Order : The True Story Of Anthony H Wilson And Factory Records de Mick Middles, ISBN 0 7535 0638 6

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