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Second Coming

Second Coming

The Stone Roses

par La Pèdre le 2 février 2012

paru le 5 décembre 1994 (Geffen)

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Pour les amateurs de mythes rock et de légendes pop, le second -et dernier à cette date- album des Stones Roses constitue un cas d’école. Groupe mythique à l’unique album, le second vient sceller fin 1994 la carrière du groupe. Album que l’on se plaît à détester, il aurait fini par désunir le groupe et viendrait marquer la musique des 4 lads d’un anachronisme fatale. Second Coming, parce que c’est ainsi qu’il se nomme, serait raté.

Ce qui est intéressant de remarquer c’est que loin d’effiler le mythe, le ratage lui donne finalement corps : c’est là la nature essentiellement tragique de la mythologie occidentale. Surtout qu’à l’origine le titre de l’album joue sur l’aspect factuel comme sur celui mystique (pour ne pas dire religieux). Si Second Coming réfère à la seconde venue d’un groupe qui n’avait rien sorti depuis 5 ans et demi, il renvoie surtout par métonymie à la Seconde Venue du Christ (Parousie), vous savez ce grand rigolo qui décida un jour qu’il fut bon de prendre l’air à poil sur une croix. C’est dire la dimension prophétique que prend alors le nouvel album des Stone Roses, avec quelle appréhension on doit attaquer l’œuvre salvatrice [1] d’un groupe qui a tant marqué la culture populaire britannique (et auquel les anglais restent encore aujourd’hui très attachés).

Pour cela on est en droit de se demander pourquoi l’album est tant répugné, car quand même, il comporte de beaux morceaux de bravoure. Alors pourquoi si je dis que j’aime bien Second Coming, au milieu d’une discussion avec de férus inrockonnards, c’est tout de suite moins cool que si j’avais porté au pinacle le premier opus ? Oui, le vertige métaphysique se fait sentir sous nos pieds : pourquoi ?

Pour répondre, il faut savoir de quoi on parle. L’album ouvre sur une introduction floydienne aux percussions et à l’ambiance tribales, avec des riffs zeppeliniens comme des serpents qui surgissent de-ci de-là : déjà le pop lover prend peur. Breaking into Heaven surgit comme le déchirement d’une réalité pour une autre : vous voilà au paradis (c’est ce qu’ils disent). Un paradis, soit dit en passant, qui ressemblerait plus à un Fools Gold hard rock qu’à du Sally Cinnamon. Pour finir de décourager notre ami hipster, la piste se termine sur de furieux tricotages de guitare sous perfusion Page : ça y est, on est bien loin de la pop en pain d’épice des débuts du groupe.

Sans même parler de Driving South qui prend le relais, blues-rock bas-du-front qui ne sonne même plus comme un anachronisme en période britpop, mais comme un véritable vortex spatio-temporel. Alors là, non, ce n’est plus possible, autant d’outrages au bon goût sonnent pour les oreilles du hipster comme des insultes blasphématoires au temple de la coolitude indie. Notre ami qui espérait naïvement mouvoir sa mèche de gauche à droite au rythme de synthétiseurs s’en retourne siroter en esthète son frappuccino à la framboise.

Tout de même, c’est vrai que c’est curieux toutes ces guitares. Comme me le suggéra un ami, on pourrait presque retitrer l’album Regarde comme je joue bien de la guitare. D’ailleurs, du propre aveu de Squire (et contre les accusations ex post de Brown à propos de sa surconsommation de drogue) le tricot lui était dans ces périodes un peu systématique : « my only excess was guitar solos ». En fait si on regarde les interviews de l’époque, l’album répond à la volonté des Roses de sonner plus dur et plus live [2], le bassiste Mani dira dans un entretien fin 1994 « I never listened to Hendrix or Zeppelin until much later on in life » : vous connaissez désormais les coupables. Et les différents médias ont bien raison de souligner que ce qui est recherché tout au long de l’album est le groove, car ce n’est plus les psychédélices à la cannelle auxquels on était habitué que l’on trouve ici mais bel et bien du groove. Ce mana qui vivifie et exalte la musique, qui la rendrait chaude et sexuelle. C’est quelque part dans cette recherche sacrée que nos valeureux lads se seraient perdus.

Sont pas beaux nos 4 lads en anorak ?
Depuis les débuts du groupe il y a un décentrement progressif de la musique : l’élément central est toujours moins la voix de Brown que la guitare de Squire. Même si les Roses s’étaient fait une spécialité des morceaux qui s’allongeaient dans des digressions instrumentales d’une belle cohésion musicale, ici le lead est donné par une guitare qui tranche comme dans du Purple Haze.

Certes, Ten Story Love Song, Tightrope et How Do you Sleep font figures de pop songs au demeurant stoneroseniennes, et viennent à rappeler que c’est un groupe qui se dégustait avant tout comme des sucreries (je ne saurais que trop vous conseiller l’écoute de l’excellente compilation The Complete Stone Roses, qui permet bien de cerner le paradigme des Stone Roses première période). Néanmoins, tout cela est moins psychédélique qu’alors et nettement plus dans un esprit feu de camp qui, à mon sens, divise. Peut-être, au final, seulement Tears pourra consoler tout le monde.

C’est probablement là qu’il faut chercher la raison de la défection des Roses : leur musique ne correspondait plus vraiment à ce que les anglais aimaient chez eux. Et si même les anglais ne soutiennent plus leur groupe culte alors rien ne va plus (et en effet, rien n’est plus allé, puisque 15 mois après la sortie de Second Coming, Brown et Squire écrivent la fin de l’histoire). Aussi, c’est un album un peu long (14 pistes dont un bonus anecdotique et 66:25 minutes au compteur) mais surtout ambitieux dans ses formes et influences.

Et de leur exemple, on peut tirer une leçon générale : lorsqu’un premier disque devient immédiatement trop important, il faut éviter de laisser le temps s’écouler avant la prochaine sortie pour étouffer le culte, et aussi, se détourner de la (trop souvent) mauvaise tentation du double album. Accepter trop pleinement son statut d’icône amène à une relation forcément conflictuelle avec son public qui finit par abîmer la création artistique.

On pourrait presque comparer leur cas à celui de la saveur (plus très fraiche d’ailleurs) américaine du moment : les Guns n’ Roses [3]. Décidément le contexte socioculturel a glissé, et ça a même tellement glissé que le groupe s’est trouvé dans une eau où il n’avait plus vraiment pied, le malaise viendrait du fait que les Roses ne sont déjà plus les Roses : « the resentment that the Roses, divorced from the cultural moment that gave them meaning, were now just another band » écrit à l’époque le journaliste Simon Reynolds.

Alors qu’est-ce qu’on fait avec Second Coming ? On peut partir du film Shaun of the Dead lorsque Ed et Shaun essayent de tuer les zombies à coup de vinyles. Dans le choix contraignant des disques à préserver face à la mort, Ed sort Second Coming et Shaun s’exclame un peu sur la défensive « I like it ! ». Alors voila, on est un peu dans la même situation, si on ne sait pas trop quoi en faire, ne l’utilisons tout de même pas pour tuer des zombies...



[1 « Personally,I don’t think the music scene has been as weak as this...ever. » dira Mani aux journalistes du Big Issue en décembre 1994.

[2Il suffit de se reporter à l’EP Crimson Tonight, seul témoignage live officiel, pour se convaincre que sur scène ça produit l’effet escompté et que Brown, en bon lad, ne chante pas toujours juste.

[3Pour la petite anecdote, l’indécrottable Slash s’était proposé comme guitariste après le départ de Squire. On a évité le pire...

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