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Playlist Name-dropping

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Laisse tomber les noms

par Béatrice, Emmanuel Chirache, Sylvain Golvet le 29 juillet 2008

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Quel point commun existe-t-il entre Bob Dylan, David Bowie, Jane Birkin, John Lennon et les Béruriers Noirs ? Réponse : tous ont tâté du name-dropping dans leurs chansons, une pratique qui consiste à citer autant que possible des noms d’hommes célèbres, de marques, ou de lieux fameux... Petit aperçu de cette manie étrange en quelques chansons.

Ex-fan Des Sixties - Jane Birkin (Ex-fan Des Sixties, 1978)

En 1978, une éternité après les premiers pas du rock’n’roll, Jane se souvient de ceux que les excès du rock ont mis dans une petite boîte en sapin un peu trop tôt. Buddy Holly, Jimi Hendrix, Eddie Cochran, pour ne citer qu’eux. Attention, le rock tue.

Desolation Row - Bob Dylan (Highway 61 Revisited, 1965)

Bien avant Kim Carnes, Dylan cite Bette Davis et prouve avec ce morceau, dans lequel on croise également Cendrillon, Einstein, Ezra Pound ou Casanova, qu’il est bien l’un des maîtres du name-dropping.

Destroy Rock’n’Roll - Mylo (Destroy Rock’n’Roll, 2004)

DJ écossais, Mylo exorcise avec ce titre la mort (hypothétique) du rock’n’roll en récitant une litanie de noms de groupes ou d’artistes rock. Depuis le temps qu’on veut l’enterrer, ne vous plaignez pas que le rock devienne parano !

Sunny South Kensington - Donovan (Mellow Yellow, 1966)

Pas de suite interminable de noms ici, juste quelques célébrités de passage, mais il serait dommage de rater ce « Jean-Paul Belmondo » prononcé par Donovan, une petite pépite d’accent britannique en pleine action de sabotage de la langue de Molière. A dévorer des deux oreilles.

Accouplés - Marka (Merci D’avance, 1996)

Souvenez-vous, Marka, Accouplés, cette chanson faite quasi entièrement de chefs d’Etat ! Une réussite unique pour son auteur, une one-hit wonder qui devait tout à son tempo déchaîné, ses sonorités orientales et des paroles surréalistes que seul un Belge pouvait inventer. Car faire rimer Jacques Chirac et Rascar Capac (personnage fameux de Tintin), George Bush et Jim Jarmusch ou encore Den Xiaoping et Lionel Josping, voilà qui force le respect.

Where Do You Go to (My Lovely) - Peter Sarstedt (Where De You Go To (My Lovely), 1969)

Aujourd’hui, ce morceau orne bien des compilation sixties remplies de titres oubliés, mais à l’époque il s’agit ni plus ni moins que d’un carton monumental. Les Anglais n’ont pas pu résister au charme de tous ces noms glamour et frenchy lancés à la cantonade par ce chanteur d’origine indienne. Comment ne pas succomber à ces « Marlene Dietrich », ces « Zizi Jeanmaire », ces « Boulevard Saint-Michel, ces »Sacha Distel« , ces »Juan-Les-Pins", qui permettent outre-Manche de s’échapper un instant du royaume de Elisabeth II, de la grisaille, de la Guiness et du prochain Derby County-Aston Villa (le name-dropping, c’est contagieux).

Thou Shalt Always Kill - Dan Le Sac vs Scroobius Pip (single, 2007)

Mélange de rap, d’électro et de pop, ce morceau déjanté pourrait bien s’avérer l’un des tous meilleurs singles de cette fin d’année 2007. Avec un accent anglais délectable et une barbe de rabbin, Scroobius Pip martèle un texte hilarant où figurent bon nombre de groupes majeurs :« Thou shalt not put musicians and recording artists on ridiculous pedestals no matter how great they are or were. The Beatles… Were just a band. Led Zeppelin… Just a band. The Beach Boys… Just a band. » Je recommande en particulier l’écoute attentive de la prononciation de « Nirvana » et « Oasis ».

God - John Lennon (John Lennon/Plastic Ono Band, 1970)

Classiques entre les classiques... Un à un, le bon vieux John énumère tout ce/ceux en quoi/qui le croit plus, histoire de ne pas les oublier. Visiblement, il ne croit plus en grand chose, à part en lui et Yoko, et le pauvre Zimmerman (oui, encore lui, on ne s’en lasse décidément pas) autant que les Beatles passent à la trappe.

Napoleon’s Hat - Bright Eyes (Lagniappe : A Saddle Creek Benefit for Hurricane Katrina Relief, 2005)

Sur fond de paysage post-diluvien, Conor Oberst raconte l’enfance de Mozart, l’agonie d’Oppenheimer et comment le tailleurs de Napoléon le transformait en héros en lui fournissant de quoi paraître plus grand que les autres.

Carolina - Adam Green (Gemstones, 2005)

Carolina, elle vient du Texas, certes oui, mais que diable viennent faire Dostoievski et Fab Moretti dans ce bordel ?

Williamsburg Will Oldham Horror - Jeffrey Lewis (City and Eastern Songs, 2005)

Tout peut arriver à New-York, oui, même rencontrer Bonnie Prince Billy dans le métro, philosopher avec lui sur le statut des artistes et les états d’âme de Neil Young qui voudrait être Dylan qui voudrait être Ginsberg qui voudrait être Camus, et finir par se faire violer sur les rails. Enfin, tout peut arriver, à condition qu’on s’appelle Jeffrey Lewis.

We’re Turning Again - Frank Zappa (Zappa Meets The Mothers Of Prevention, 1985)

Dans les années 80, Zappa s’essaye à l’art du name-dropping pour éreinter les télévangélistes de tout poil et l’administration Reagan qu’il exècre. Rien de tel dans cette chanson, qui nous replonge dans l’ère psychédélico-hippie pour s’en moquer gentiment et remonter le temps, histoire de croiser des fans de Donovan, d’écouter de nouveau les solos à pédale wah-wah d’Hendrix ou de rire aux blagues de Keith Moon.

They Say I’m Different - Betty Davis (They Say I’m Different, 1974)

Quoi de mieux que ce funk-rock bluesy, lancinant et plus sexy qu’une présentatrice de télé italienne, pour rendre hommage aux musiciens noirs qui ont influencé cette chanteuse hors-normes et accessoirement épouse de Miles Davis. Un funk monstrueux de puissance, dans lequel Betty Davis hurle les noms de ces idoles, T-Bone Walker, Lightning Hopkins, Howlin’ Wolf... Il faut l’entendre éructer avec sa voix cassée « Chuck Berry ! Chuck Berry ! When I was sweet sixteen ! » pour comprendre à quel point une chanson peut mettre la chair de poule.

Quicksand - David Bowie (Hunky Dory, 1971)

S’il fallait voter pour un président du name-dropping, David Bowie serait en bonne position pour remporter l’élection. On ne compte plus en effet les citations d’artistes et de célébrités que le chanteur a insérées ici ou là dans son oeuvre. Cette ballade flamboyante en est la vibrante incarnation, puisqu’on y retrouve entre autres Aleister Crowley, Himmler, Greta Garbo ou Winston Churchill. Une façon pour Bowie de poursuivre en musique le travail de ses écrivains favoris et de Andy Warhol, le roi du pop-art aimant citer visuellement les stars de la société américaine.

Salut à Toi – Béruriers Noirs (Concerto pour détraqués, 1985)

Ah les Béruriers Noirs, le rock alternatif, les squats, trois accords et une boîte à rythme, tout ça, tout ça. En tout cas pour leur dernier tube avant leur première disparition, c’est un grand salut fraternel que nous offre le groupe, d’abord pour de nombreux peuples puis dans les deux derniers couplets ça part en cacahouètes avec Yul Brynner, Laurel et Hardy, Fantômas, Rantanplan et… la Vache-qui-Rit.

Jacques Chirac (avec humanité et cœur) – Ludwig Von 88 (Prophètes et Nains de Jardins, 1996)

Ah les Ludwig Von 88, le rock alternatif, les squats, trois accords et une boîte à rythme, tout ça, tout ça. Plutôt qu’un morceau name-dropping, c’est carrément un album entier à la gloire d’Ayrton Senna, de Ceausescu, d’Haroun Tazieff et surtout de Charly Oleg. Enfin gloire c’est vite dit, comme le prouve celle dédiée à notre ancien président qui sera ravi d’apprendre que son père s’appelle Jean-Marie et sa mère Hitler.



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