Concerts
Radiohead

Amsterdam, Pays-Bas (Heineken Music - Hall)

Radiohead

Le 28 août 2006

par Fran le 26 septembre 2006

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Résumé de l’épisode précédent : Poussés par un fanatisme intact après tant d’années, trois Parisiens prennent la route pour Amsterdam le 9 mai 2006 en vue d’assister aux deux représentations qu’y donnera Radiohead et ainsi mettre fin à plus de deux ans de disette scénique. Ravis par le premier concert, nous savourons nôtre plaisir quant à l’idée de retrouver le groupe le soir suivant. Mais après un événement inattendu, nous apprenons l’annulation et le report du concert le 28 août prochain. Un mal pour un bien finalement car la donne a changé : ce n’est plus Rock En Seine qui clôturera la tournée et nous pouvons ainsi nous attendre à un set (très) spécial ce soir.

C’est sous un ciel menaçant que nous arrivons sur le site. Le « noyau dur » est déjà là depuis plusieurs heures et nous prenons place derrière une vingtaine de personnes, nous assurant ainsi une bonne place à l’intérieur. Après 1h30 d’attente, nous remarquons que la sécurité n’a pas beaucoup progressé depuis mai : les nounours sont débordés, une franche bousculade ira jusqu’à faire sauter l’une des barrières et le bipage des billets est une vraie chienlit. Nous parvenons néanmoins à atteindre les premiers rangs désirés. S’en suit une nouvelle attente d’une bonne heure « Packt like sardines in a crushed tin box » !

C’est le trio américano-japonais Deerhoof qui assure la première partie et qui nous offre une musique expérimentale teinté de punk et de noisy pop. Le batteur est très impressionnant et s’accorde bien avec les rythmes instables et délires bruitistes soufflés par le guitariste. En revanche, la voix criarde de la chanteuse est difficilement supportable et a de quoi blaser même le plus féru de japanime.

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© Vallery Elodie

Le groupe fait enfin son entrée avec en tête Jonny renfrogné sous une capuche qui chope ni une ni deux sa gratte et Thom arborant un T-shirt Thank You qui s’installe au piano. Un début de set original et déstabilisant avec You & Whose Army d’entrée suivit de très près par le classico The National Anthem qui opère un changement de rythme brutal. Mes jambes se désarticulent mais peu de gens semblent suivre le mouvement ce qui sape un peu l’ambiance. Est-ce le contraste avec le violent Rock En Seine deux jours auparavant ou bien l’effet soporifique qu’a la bière sur les Hollandais, mais la foule est désespérément calme ! Certains ont même apporté leurs effets personnels et je n’aurai de cesse de piétiner les sacs à mes pieds (pourquoi pas une tente et un duvet tant qu’on y est !?). Après un Morning Bell plutôt bien accueilli, Thom annonce le premier inédit de la soirée. 15 Step fut joué presque à tous les concerts de la tournée mais ce titre a évolué depuis mai : il est plus fourni et l’orgue se désagrège peu à peu. On continue dans la nouveauté avec Arpeggi également très prometteuse. Le chant langoureux de Thom et les backing vocals de Ed s’accordent à merveille avec les arpèges de Jonny et la rythmique rapide de Phil. Le calme du public a du bon avec un véritable silence de cathédrale pour accueillir Exit Music qui est ce soir d’une intensité rarement égalée. Première belle surprise de la soirée avec la trop rare Dollars & Cents et premier coup de cœur avec Videotape : nouvelle chanson où Thom officie d’abord seul au piano sur un beat langoureux à la Like Spinning Plates avant d’être rejoint par les autres instruments assurant une montée constante au morceau. Retour aux classiques ensuite avec Paranoïd Androïd qui peine à faire valser l’assistance (c’est la première fois que je vois le groupe bouger plus que son public !?) suivi de Street Spirit. Sans plus attendre, la basse énorme de The Gloaming surprend tout le monde. La qualité de ce morceau en live n’est plus à démontrer surtout en salle : la reverb’ est ce soir suramplifiée et les mixages de Jonny sont parfaits. S’en suit des déclarations plus ou moins cohérentes de Thom : « Nice to see your faces ... like you’re in a sea » ; « My pleasure ... your pleasure ». Retour au rock avec Bangers’n’Mash où Thom n’est plus sur la mini batterie dés le début mais après le pont intermédiaire. Un titre harassant pour le groupe qui semble retrouver ses jeunes années. Rien de telle que la relaxante Nude après cette débauche d’énergie.

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© Vallery Elodie

Arrive alors ce que je considère comme le plus grand moment de la soirée. Thom annonce : « This is not a sweet song, it’s a nasty song ». Pas de doute c’est bien Myxomathosis qui va déferler, sans doute le titre le plus barge du quintet qui mériterait de figurer sur chaque setlist. Basse cradingue, orgue maléfique et la voix terrible de Thom qui prend un plaisir certain jouant des regards avec les premiers rangs et qui, tel Thierry la fronde, fait tournoyer son micro au-dessus de sa tête, les yeux révulsés, comme possédé. Le groupe semble ce soir ne pas vouloir faire baisser la tension enchaînant d’emblée avec une minute de grosses guitares (Spooks) puis le beat de Idioteque se fait entendre. Cette phase aura permis de réveiller quelque peu ce public amorphe qui frappe mécaniquement des mains. Les ondes Martenot viennent alors calmer tout ce beau monde avec How To Disappear Completely belle à pleurer, clôturant ainsi la première partie du concert qui restera l’une des plus belles qui m’est été donnée d’assister alliant classiques, nouveautés et raretés.

Retour des hommes sous une ovation avec d’emblée un très beau Like Spinnig Plates, un des joyaux d’Amnesiac. Thom dédie le titre suivant « for all the people that came last time and couldn’t come back ». Nouveau morceau, Bodysnatchers et son riff font déjà mouche avec un Jonny euphorique qui fait des merveilles. Désormais classique, There There prend la relève mais semble ce soir jouée avec moins de vigueur à l’inverse de Everything In Its Right Place dont il est difficile de se lasser car différente à chaque fois. Début du second rappel avec un Thom contrariant qui se réjoui de cette tournée mais qui n’oublie pas de souligner que ce n’est pas près de se reproduire. Il remercie Deerhoof qu’il considère comme brillant (allez comprendre !) et leur « crew » qu’il qualifie de meilleure au monde (çà on veut bien le croire). Après cette avalanche de louanges, place à la musique avec Fake Plastic Trees. Le déchaînement électrique est largement amplifié avec Jonny fidèle à lui-même qui maltraite sa fender et Ed en guitar hero. La fin du show approche et le groupe nous gratifie d’un dernier inédit. J’avoue avoir un véritable coup de foudre pour All I Need, titre tout en retenu mais au final grandiose. Jonny retrouve le xylophone de No Surprises tandis que la voix grave de Thom se libère peu à peu. Place au dernier morceau de la soirée. Quelques propositions fuses (Let Down) mais Thom reste circonspect. Nous nous attendions à ce genre de situation avec Giom et nous avions répété toute la journée pour demander Follow Me Around. Alors que Giom reste muet, je m’égosille Pearly (titre auquel nous n’avions même pas pensé !). Faut pas chercher, Radiohead nous fait perdre toute faculté ! C’est finalement Lucky, généralement jouée en début de set, qui est choisi pour clôturer cette soirée. L’applaudimètre explose, le groupe se retire tous sourires et pour mieux brouiller les pistes, Thom nous lâche : « See you sometimes ».

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© oli

Est-ce le contraste entre cette salle et le son dégueulasse de Rock En Seine deux jours auparavant ou l’agencement parfait des morceaux mais ce concert fut l’un des plus beaux qu’il m’aie été donné de voir. Alors que le groupe tâtonnait en mai, le concert de ce soir fut un sans-faute. Les nouveaux morceaux sont enthousiasmants et il y a largement matière à confectionner un bel album. Libéré de tout contrainte commerciale, le groupe pourrait néanmoins prendre son temps. Qu’importe, cette tournée qui s’achève nous permettra de tenir quelques mois à grands coups de bootlegs dans les oreilles. Revenez-nous vite quant même. « Thom ? C’est quand qu’on va où ? »



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