Concerts
Radiohead

Amsterdam, Pays-Bas (Heineken Music Hall )

Radiohead

Les 9 et 10 mai 2006

par Fran le 15 mai 2006

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La communauté radioheadienne est agitée en ce début d’année 2006. Après deux ans d’absence, leur groupe reprend enfin la route. Comme en 2000 et 2002, une tournée pré-album permettra de tester sur scène de nouvelles compositions et de confirmer, réarranger voire ressusciter de plus anciennes.

L’Europe du Nord est à l’honneur et c’est bien évidemment sur les concerts londoniens que notre attention se porte en premier lieu. Mais au bout de quelques minutes, le scénario tant redouté prend forme et les places anglaises fondent comme neige au soleil ! C’est avec une main droite ankylosée que nous jetons finalement notre dévolu sur les quelques places encore disponibles pour Amsterdam les 9 et 10 mai 2006.

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photo de D’jibi

Accueillis par un soleil éclatant qui nous accompagnera durant tout notre séjour, nous sommes littéralement emballés par cette ville même si les supporters de football rivalisent en nombre et en bruit avec les fans de Radiohead naturellement plus discrets. Le temps de déposer nos affaires à l’accueillante auberge située en plein quartier rouge et nous voici partis en direction de l’Heineken Music Hall. Décontenancés par les rouages compliqués du fonctionnement métropolitain amsteldamois, nous parvenons tant bien que mal à atteindre la salle : une sorte de parallélépipède gris peu avenant rehaussé du logo Heineken, pris en étau entre l’Ajax Arena et un multiplexe Pathé, le tout dans une zone commercialo-affairiste encore en travaux. À cent lieues du pittoresque centre d’Amsterdam donc mais pas désagréable pour autant. Arrivés vers 17h, une centaine de fans se presse déjà devant une première porte tandis que la seconde ne récolte qu’une poignée d’individus qui nous explique que celle-ci ouvre deux minutes plus tard. Peu convaincus, nous décidons d’y prendre racine. Après quelques minutes, une jeune fille de Rolling Stone France qui nous avait repérés dans le train s’approche. S’en suit une interview d’un quart d’heure sur le concert de ce soir et sur Radiohead en général tandis que son acolyte nous flashe sans vergogne !

Ouverture de la première porte à 18h45 suivie de près par la seconde... on s’en sort bien là. Le sas d’inspection franchit, il nous faut encore patienter une bonne demi-heure avant d’être happés de l’intérieur. Nous réussissons à atteindre les traditionnels trois premiers rangs côté Jonny Greenwood. La salle comporte des gradins relégués au fond et une vaste fosse rectangulaire flanquée de part et d’autre de deux énormes bars que Thom aura la présence d’esprit de nous indiquer durant le show au cas où le prosélytisme ambiant aurait échappé à quelques uns. Dès les premières notes de Willy Mason, l’acoustique de la salle révèle son excellence : un son pur et sans vague. Le songwriter Américain à la voix proche de Johnny Cash nous sert un folk intéressant, teinté de country, tour à tour seul ou accompagné d’une violoniste et de son petit frère à la batterie. Le trio reçoit les applaudissements qu’il mérite, sans plus, tant l’impatience se fait sentir. La même impatience maîtrisée et sans heurt qui nous avait déjà déconcertés il y a trois ans à Bruxelles. Une assistance respectueuse qui attend la fin du morceau pour manifester sa joie.

En indécrottables Latins - et surtout férus radioheadiens - que nous sommes, mes acolytes et moi ne pouvons contenir notre exaltation dès l’extinction des feux et l’intro que Jonny a pris soin de confectionner dans la journée en samplant les radios locales. Le groupe entre enfin, le sourire aux lèvres, et entame cette soirée avec Everything In Its Right Place d’habitude préférée pour clore leurs sets. Le final expérimental s’en trouve de fait raccourci et pour le coup tronçonné par la basse terrible de The National Anthem qui fait toujours son effet et qui extirpe violemment les derniers léthargiques de la salle !

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©Michell Zappa

Après quatre minutes de transe collective, Thom nous salue et annonce le premier inédit de la soirée. 15 Step démarre avec un beat accéléré qui évoque Backdrifts sur lequel Thom pose une voix psychotique avant de s’apaiser peu à peu avec les arpèges de Jonny et un orgue cauchemardesque aggravant le malaise (« You used to be alright... what’s happen ») : les fans apprécieront mais ceux qui taxent Radiohead de musique dépressive ont là un argument de poids ! Retour aux classiques avec l’indispensable Lucky et 2+2=5 qui débute avec un Jonny désaccordé mais qui se termine avec un Thom échauffé (« Don’t question my authority or put me in this motherfucking dock »). Un nouveau titre ensuite (Banger’s ‘n’ Mash) au riff entêtant et où Thom amplifie les percus de Phil sur une mini batterie tout en chantant. Un morceau puissant mais éreintant pour Thom qui ne cache pas sa fatigue sur la fin. Difficile à reconnaître avec sa nouvelle intro jazzy mais c’est bien Nude - composition de plus de 10 ans - qui nous est proposée. Un titre au service de la voix de Yorke et où Jonny initie une sorte de raclage inversé du plus bel effet. Nouvelle caresse avec la trop rare Pyramid Song puis c’est l’inédite Open Pick qui officie. Très massive malgré les belles backing vocals de Ed, cette dernière confirme un certain retour aux guitares mais la texture peu ambitieuse peine à convaincre.

Pour la suite, on déballe les classiques : I Might Be Wrong, Paranoid Android, How To Disappear Completely et Karma Police. À noter sur Paranoid Android, un plantage mémorable sur le pont intermédiaire. Thom croit s’en sortir (« Let’s do the next one ») mais le public manifeste sa désapprobation et le groupe reprend le morceau comme si de rien était ! Nouvelle inédite avec Bodysnatchers, l’un des nouveaux titres les plus prometteurs de la soirée qui enfle progressivement et dont les parties de guitares évoquent immanquablement Go To Sleep. Très grande version d’Idioteque ensuite avec un Thom fougueux (« Nannannannan this is really happening »). Alors que les premières notes de No Surprises retentissent, un mec derrière moi s’évanouit avant d’être relevé puis dirigé vers la sécurité : émotion trop forte ou agoraphobie ? Histoire de détendre l’atmosphère, Thom dit : « Jonny wants me to say Lik me reet but i don’t know what it means » et à Ed d’ ajouter : « He’s been saying it all day ». Étant peu familliarisé avec le néérlandais, on se sent très seul quand la salle part dans un fou rire général ... On apprendra plus tard que l’on peut sobrement traduire ça par « Kiss my ass ». La première partie s’achève avec There There dont la pertinence live n’est plus à prouver : un véritable hymne de stade !

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©Michell Zappa

Retour du combo oxfordien qui entame ce premier rappel par Spooks : une minute tonitruante, toutes guitares dehors, qui en désarmera plus d’un ! Après un tel choc, House Of Cards fait office de rafraîchissement. Titre aérien, tout en retenu, Ed complétant merveilleusement la voix détendu de Thom et Jonny faisant crisser ses cordes comme sur Exit Music : un vrai bijoux. Retour au rock pur et dur ensuite avec Just qui peine cependant à soulever ce public d’une retenue déconcertante ! Puis le grand moment de la soirée approche : You & Whose Army. Au delà de la qualité de ce morceau, c’est l’interprétation qu’en ont fait Thom et Jonny ce soir qui sera dans toutes les mémoires. Tout commence plutôt bien mais Thom est joueur. Avec la caméra posée sur le piano d’abord qu’il scrute toujours comme un bête curieuse - nous en l’occurrence - et qui lui donne une tête d’alien roswellien, mais aussi avec sa voix dont il exagère le nasillement. Ceci a pour effet de déstabiliser franchement Jonny qui loupe quelques arpèges jusqu’à celui de trop qui fait merder le duo. Le fou rire digéré, ils se reprennent et le groupe en entier nous gratifie d’une belle fin de rappel. La dernière réapparition est chaudement saluée par une très belle ovation et quelques « Creep » lancés à la cantonnade. Doux rêveurs, c’est le langoureux Street Spirit qui clôturera ce concert où Phil trouvera le moyen lui aussi de se planter sans pour autant interrompre la machine.

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©Michell Zappa

À première vue, le résultat de la soirée peut sembler en demi-teinte. Les nouveaux morceaux sont très prometteurs et dénotent un retour indéniable aux guitares avec un Jonny omniprésent. Par ailleurs, on aurait aimé retrouver quelques perles anciennes telles que Let Down ou Black Star que le groupe avait ressorties du placard quelques jours auparavant à Copenhague. Et puis il y a ces bugs dont le groupe nous a rarement habitué. Mais ne boudons pas notre plaisir, nous avons été une nouvelle fois tenus en haleine de bout en bout et ces quelques bévues les rendent quelque part plus humains, moins « calibrés ». Quel bonheur de voir un groupe se faire la main... surtout s’agissant de Radiohead !

La nuit fut courte mais la fatigue laisse vite place à l’excitation en vue du concert de ce soir. Petit-déjeuner ressourçant à l’orée de la fontaine de l’auberge, rencontres intéressantes avec quelques citoyens du monde, ping-pong endiablé puis promenade onirique dans le centre d’Amsterdam. Notre hédonisme est cependant de courte durée. Revenus à l’auberge, nous sommes interpellés par un jeune homme arborant un t-shirt Radiohead, les yeux rougis par les larmes (non ce n’est pas ce que vous croyez !). Nous pensons d’abord à un fan cherchant désespérément une place puis ces quelques mots nous sortent brusquement de notre sérénité : « concert is cancelled » ; « family problem ». Oh My godness !!! La nouvelle est dure à entendre mais la confirmation sur le site du groupe aura raison de nos doutes : la mère de Phil est décédée la nuit dernière. Notre amertume laisse entrevoir quelques pointes de relativisme et nous décidons de rejoindre la salle histoire d’évaluer les dégâts du fanatisme et d’accentuer notre abattement. Les fans arrivent, repartent, d’autres stagnent (certains viennent du Japon ou des États-Unis). On s’informe sur le remboursement des places, on apprend que le concert est reporté au 28 août puis on reste là, sirotant des cafés, avant de rejoindre Amsterdam « la douce » pour siroter des bières (Merci Seb, on te revaudra ça).

Bien-sûr la fête est gâchée mais ces quelques jours passés resteront gravés à jamais dans nos mémoires grâce à Radiohead, grâce à cette ville, cette auberge, ces gens... Tout ceux-là ne demandent qu’à se revoir, au 28 août donc pour un épilogue que nous espérons plus heureux.

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©Michell Zappa


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