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Static Tensions

Static Tensions

Kylesa

par Emmanuel Chirache le 16 janvier 2012

4

Paru en mars 2009 (Prosthetic)

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Scapegoat by Kylesa on Grooveshark

En concert ce dimanche 15 janvier au Glaz’art à Paris, Kylesa a de nouveau prouvé qu’on pouvait faire de la bonne musique sans chanteur digne de ce nom. Et pourtant, le groupe en compte deux, des chanteurs. A savoir la blonde Laura Pleasants et Phillip Cope, tous les deux largement sous-mixés à la balance, surtout en comparaison avec le chant des deux premières parties : Ken Mode et The Circle Takes The Square. Alors que le compagnon de Barbie est un groupe de post-hardcore gueulard, les seconds donnent dans le genre « screamo », dont le nom ne laisse planer guère de doute quant à sa volonté de vous détruire les tympans. Oui, ça crie, ça beugle. Du coup, le quintet de Savannah, Georgie, paraît presque doux et calme à côté de ses petits camarades hyperactifs. La performance de Kylesa n’en demeure pas moins tout à fait énergique, il suffit de se prendre le furieux Scapegoat dans les dents pour s’en rendre compte ! Dommage que l’entrepôt du Glaz’art soit la seule salle au monde où, quel que soit l’endroit où vous vous tenez, vous ne voyez rien d’autre que le dessus des cheveux des musiciens...

Trêve de circonvolutions, ce passage à Paris est l’occasion pour Inside Rock d’évoquer l’un des meilleurs disques du combo (et je ne parle pas d’un mannequin écervelé), j’ai nommé Static Tensions. L’admirable pochette, dessinée par le guitariste de Baroness John Dyer Baizley, rappelle que le groupe possède des accointances avec cette autre formation originaire de Savannah. Si l’on ajoute Mastodon aux deux précédents, on obtient une sorte de trinité « sludge metal » qui ravit les amateurs de musique à la fois violente et planante, énergique et obsédante. Il faut dire que le psychédélisme d’antan ne s’écoute plus dans la pop ou le rock, mais bien dans le metal, à travers le stoner et le sludge se sont convertis au genre avec bonheur. Si Mastodon et Baroness font surtout partie de la branche progressive, Kylesa représente plutôt une forme de psychédélisme à la Tool, avec même quelques accents new metal évoquant un Deftones par exemple.

Voilà pour les références du professeur casse-couilles. La musique, elle, fait un boucan du tonnerre de dieu, mais sans dépasser la limite de l’audible pour une âme sensible comme votre serviteur. Le chant, donc, est mixé en retrait par rapport aux instruments, ce qui lui confère davantage un rôle de murmure lointain que la place putassière que certains crieurs aiment lui attribuer. Mieux, les voix de Pleasants et Cope savent faire autre chose que hurler, si bien que les registres diffèrent d’un morceau l’autre. Les riffs aussi varient en fonction des titres, capables de puissance brute sur le fabuleux Scapegoat ou le sympathique Only One, comme de répétitions kaléidoscopiques avec l’excellent Unknown Awareness ou l’épatant Running Red. A chaque fois, les deux batteries (une autre marque de fabrique du groupe) cavalent au galop et impulsent la dynamique aux guitares.

La production pèche un peu par minimalisme, car on fait tout soi-même chez Kylesa, sans pour autant verser dans l’amateur. Le résultat percute, les compositions sont bonnes, l’énergie transpire et ne demande qu’à exploser. Ne manque au final qu’un peu plus de relief à l’ensemble, un regard de producteur qui aurait du recul pour pousser les musiciens à dépasser leurs limites. Quoi qu’il en soit, ne faisons pas trop la fine bouche : Kylesa secoue les esgourdes avec un certain raffinement, et on trippe à bon compte sur les passages plus aériens, adoucis par les ondes Theremin que l’ami Phillip Cope manie tel un chef d’orchestre. Avec les yeux vitreux. Important, ça, les yeux vitreux. Après Static Tensions, le groupe a sorti un très bon Spiral Shadow. Mais c’est une autre histoire.



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