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Surrealistic Pillow

Surrealistic Pillow

Jefferson Airplane

par Vyvy le 19 décembre 2006

5

paru en février 1967 (RCA)

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En l’an de grâce 1965 s’était formé du côté d’Haight Ashbury les doux dingues de Jefferson Airplane, objet protéiforme, au vol saccadé, perdant dans chaque port certains de ses membres, en embarquant de nouveaux. Ils avaient ainsi perdu dès 1966 Bob Harvey, bassiste de son état, et intégrés Casady, tout en sortant leur premier album Jefferson Airplane Takes Off. L’année suivante, la lysergique 1967, ils avaient fait d’une pierre deux coups, et intégré la gracieuse Grace Slick et le jazzy batteur Spencer Dryden. Tous les personnages étaient sur scène, le premier acte de cette merveilleuse baffe psychédélique allait se dérouler.

Première baffe. La voix de la demoiselle. Grace Slick a vu ses louanges chantées ailleurs, et non sans raison, tant cette amie de Janis Joplin mérite que sa voix soit colportée. Riche, grave, envoûtante, Grace, pourtant arrivée très récemment à bord (après un passage à The Great Society, autre groupe friscain) va incarner pendant dix chansons un son, le son qui va faire de Jefferson Airplane une expérience unique en ces folles années-là. Grace la brune, Grace volage, mais surtout Grace, contralto démente, auteur de White Rabbit, hymne éthéré à la drogue, à cette drogue qui fait tout, si ce n’est le talent, à Haight Ashbury.

Et pourtant, ce n’est pas elle qu’on entend le plus dans le premier titre, et déjà si bonne deuxième baffe, She Has Funny Cars. Affaire rondement menée par le fondateur Marty Balin, un petit peu guitarée comme il faut, mais plus jazzy qu’il n’y paraît, les chœurs lancinant de miss Slick donnant un air plus tourmenté à la chose. Des chœurs du premier titre, Grace se retrouve promue au cœur du deuxième titre. Somebody To Love, hymne générationnel écrit par son collègue de The Great Society et beau frère d’alors Darby Slick, a été ammené par la miss au cours de son changement de groupe. Grace martyrise sa voix, la tire, l’étiole, la pousse, et cela vous enveloppe, vous embaume, vous élève.

When the truth is found to be lies
and all the joy within you dies
don’t you want somebody to love
don’t you need somebody to love
wouldn’t you love somebody to love
you better find somebody to love

Après l’amour, l’amitié. My Best Friend marie les deux voix du vaisseaux, le tout sous infusion de flûte, banjo, guitare maniée par un Jorma Kaukonen au sommet de son art. Aérien, léger, petite onde lumineuse se faufilant rapidement au milieu de toutes ses ondes sonores, le sourire vous vient, puis la contemplation. Tambourin, et ombre de Jerry Garcia, producteur officieux de l’album et ardent membre des Morts Reconnaissants, crédité de “spiritual advisor”, Today invite à compter les gouttes s’écrasant sur sa fenêtre, à l’occasion d’un samedi soir esseulé.Today you’ll look into my eyes, I’m just not the same/To be anymore than all I am would be a lie/I’m so full of love /I could burst apart and start to cry. Après les gouttes, c’est les pleurs que l’on compte sur un Comin’Back To Me au spleen exacerbé.

On repart, on se relève sur 3/5 Of A Mile In 10 Seconds au tempo relativement survolté (entendons par ceci non complétement planant, voire assez rapide et on embarque sur le deuxième temps de l’œuvre (à savoir la deuxième face de l’originale réglisse) et déjà au tournant nous surprend, nous prend, D.C.B.A.

On est assez installé dans la marelle des friscains pour se laisser bercer, entre ciel, terre et LSD. Here in crystal chandelier, I’m home/too many days, I’ve left unstoned/if you don’t mind happiness/purple-pleasure fields in the Sun/ah, don’t you know I’m runnin’ home.... Le rock psychédélique est un genre que nos compères ont vu naître, qu’ils ont accompagné dans sa croissance et connaissent sous toutes ses coutures, et dont ils maîtrisent toutes les ficelles ; preuve en est encore avec le petit joyau lysergique qu’est How Do You Feel. Mais ils ne savent pas faire que ça, loin de là. Et ils, sans elle, sont tout aussi brillants. Car derrière la voix de madame Slick se cache une montagne de talent musical, que l’instrumental Embryonic Journey, ballade rappelant Nick Drake, met enfin en lumière. Loin de l’anthem drogué qu’est le très attendu (et entendu) White Rabbit le voyage sonore de Embryonic Journey nous ramène de l’autre côté du continent, de l’autre côté de l’Océan. Transition donc très dure avec le lapin blanc, qui pointe allègrement sa petite tête de dixième titre de l’album au coin de notre tête. 5:20 mais on ne l’entend pas passer. Ô temps, suspend ton vol, et écoute cet hymne taré. La voix de son auteur Grace (sous inspiration Carrollienne) occupe tout, règne sur chaque coin des quelques instants de la chanson. Qu’on aime ou qu’on haïsse, le titre reste. Du bizarre, du comme on en a jamais entendu, de l’unique quoi. Musicalement barré, les paroles ne restent pas en reste comme souvent d’ailleurs chez ces friscains là. Ils habillent Paul et Jean ne désavouant jamais un des deux au profit de l’autre. Mais les paroles atteingnent un summum de l’étrange dans ce lapin blanc de légende :

When logic and proportion
Have fallen sloppy dead
And the White Knight is talking backwards
And the Red Queen’s « off with her head ! »
Remember what the dormouse said :
"Feed your head
Feed your head
Feed your head"

Après un tel coup d’éclat, encore faut-il plier bagage avec grâce et talent. Plastic Fantastic Lover, aux arabesques psychées bien léchées, s’en charge à merveille. Alors, cette première livraison Jefferson de l’an 1967 ? Merveilleuse, splendide, superbe, magique, un de ces disques qui vous donne envie de l’écouter en boucle, et de dévorer toute l’oeuvre du groupe, et pour se faire, rien de mieux que de passer au troisième chapitre : After Bathing At Baxter’s



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Tracklisting :
 
1. She Has Funny Cars (3:03)
2. Somebody To Love (2:54)
3. My Best Friend (2:59)
4. Today (2:57)
5. Comin’ Back To Me (5:18)
6. 3/5 Of A Mile In 10 Seconds (3:39)
7. D.C.B.A.-25 (2:33)
8. How Do You Feel (3:26)
9. Embryonic Journey (1:51)
10. White Rabbit (2:27)
11. Plastic Fantastic Lover (2:33)
 
Durée totale : 33:40

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