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After Bathing At Baxter's

After Bathing At Baxter’s

Jefferson Airplane

par Psychedd le 14 mars 2005

paru en décembre 1967 (RCA/BMG)

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1967, la communauté Jefferson Airplane a pris ses quartiers dans le Haight Ashbury et est devenu un des groupes fétiches des Beautiful People au même titre que les Grateful Dead, Quicksilver Messenger Service et autres créateurs de la bande-son de l’époque.
Acid-« Vous reprendrez un bien un petit trip ladies and gentlemen ? »-Rock, Peace and Love. Nouvelles valeurs et jeunesse touchée par une grâce quasi-divine (et quelque peu lysergique).

En cette fin d’année 67, une oreille solidement scotchée sur Sgt Pepper et fort de deux singles placés dans les charts (White Rabbit et Somebody To Love), le groupe livre dans son troisième album un témoignage définitif de la vie à San Francisco. Commencé cinq mois plus tôt, en plein Summer of Love donc, c’est l’album de tous les défis et de tous les délires (Kaukonen, guitariste, essayant ses motos dans le studio, Casady, bassiste, courant à poil et arrêté plusieurs fois pour la peine, sont de bons exemples de ce que l’on peut qualifier de délires). Comparé à leur précédent opus Surrealistic Pillow bouclé en 2 semaines, After Bathing... est l’aboutissement créatif des membres du groupe. Car chacun y va de son morceau, mélangeant ses influences et son style d’écriture dans un ensemble soudé et parfaitement cohérent.

Cinq tableaux (Streetmasse, The War Is Over, Hymn To An Older Generation, How Suite It Is, Shizoforest Love Suite), douze chansons. Hum ! Ca loucherait presque vers le concept-album cette histoire... D’autant plus qu’à plusieurs occasions, le groupe explose le format calibré des trois minutes qu’il pratiquait jusqu’à présent.

Reste à écouter. Ou plutôt à pénétrer l’univers de l’Airplane. Guitares acérées, basse bondissante, batterie presque jazzy. Et tout de suite, les voix qui vous prennent à la gorge.
Ils ne sont pas trompés en remplaçant la première chanteuse par l’affolante Grace Slick, amie de Janis Joplin, autre diva rock.
Parce que non seulement sa voix fait toute l’originalité du groupe par ces intonations si particulières, mais en plus sa personnalité est carrément explosive. Disputée par les membres du groupe, elle passe des bras du batteur à ceux du guitariste (pensez donc si ça met une bonne ambiance !).
Elle a de plus la faculté de créer des fantasmes dans le public masculin.
C’est que lors de son premier concert avec ses nouveaux acolytes, elle apparaît seins nus, tout en suçant candidement une Chuppa Chups...

Revenons à nos moutons, la musique.
Premier constat : décrire les douze chansons une par une serait une tâche fastidieuse et peu intéressante. Force est de constater que cet album s’écoute d’une traite, il est presque sacrilège de piocher au hasard et de zapper certains morceaux. Le découpage d’abord ne s’y prête pas, ça s’enchaîne à toute berzingue.
Deuxième constat : Pour apprécier pleinement Baxter’s..., il faut posséder un certain état d’esprit, en tout cas comprendre ce que c’est que de vivre aux USA en 67.

Allez, on se lance, on choisit les morceaux dont le contenu musique/paroles est le témoignage définitif cité plus haut... Sous acide... Parce que, sans mauvais jeu de mot, cet album est vraiment riche en substance(s).
A la limite, mettons de côté les chansons d’amour (difficile quand tout tourne autour de ce sujet !) comme Martha, belle à en pleurer, ou Watch Her Ride, chanson idéale pour ado fou d’amour.

De manière tout à fait partiale et subjective, on peut retenir les chansons suivantes. Parfaites quand chaque jour on se dit qu’on s’est définitivement trompé d’époque pour vivre...
D’abord Wild Tyme, peut-être le descriptif ultime, le manifeste de la contre-culture :
« [...]I’m doing things that haven’t got a name yet[...]"
Ne manquent que les projections lumineuses sur les murs et on y est. Personnages lunaires, liberté des corps en mouvement dans les ballrooms et les parcs. Jeunesse impétueuse et sauvage. Tant que ce mouvement effare les aînés bien pensants, que tout est à faire et que rien n’a été récupéré par les médias...
Guitares incendiaires et voix qui se mêlent, masculin/féminin unis, qui se complètent et se mettent en valeur mutuellement. Rythmique implacable. Car c’est là une des particularités de la musique psychédélique : musique de l’esprit et du corps, elle donne aussi bien à réfléchir qu’à danser.

Ensuite, il y a Rejoyce. Non seulement Grace Slick représente tout ce qu’il y a de plus sexy et sexuel dans le paysage musical de l’époque, mais elle livre certainement les plus beaux textes sur l’expérience psychédélique en elle-même. Elle est l’une des meilleures dans ce domaine. Elle en avait déjà donné la preuve dans White Rabbit, elle réitère l’exploit pour ce morceau :
« Chemical change like a laser beam[...]you know you’ll be inside of my mind soon.[...] »
Grace chante seule, prêtresse lysergique, scandant des paroles hallucinées de sa voix chaude et profonde relevée par une flûte toute en légèreté. Les musiciens l’épaulent, la soutiennent, la révèlent...
Après un début pesant, lourd de l’attente d’une expérience à venir, ça s’envole et ça flotte, comme en suspension dans l’air... Ca s’emballe, ça voltige, ça rebondit. Beau, tout simplement beau...

Enfin, les 2 derniers morceaux de l’album généralement réunis en un bloc : Won’t You Try / Saturday Afternoon.
A première vue, ce n’est pas ce qu’il y a de meilleur dans Baxter’s... . C’est pourtant une chanson qui s’insinue dans le crâne et qui y reste un bout de temps. Et puis, après tant de folie déployée, c’est un retour au calme, une redescente tout en douceur. Et toujours dans le cadre de l’étude directe des mœurs « hippies », les toutes dernières paroles tirées d’un texte de Ralph Gleason, (qu’on ne trouve nulle part sur le net, pour des raisons obscures) sont une description fidèle de ce que l’on voyait dans les parcs à l’époque :
« acid, incense, and balloons[...] » entre autres...

Apaisement final et retour sur la terre ferme. L’Airplane atterri, mais il suffit de réappuyer sur play, une fois encore, juste une fois, et de repartir vivre le rêve.
A vous maintenant de prendre le meilleur de cet album. Mais surtout, n’oubliez pas de le faire tourner...

Pour toute conclusion, la musique ne fait pas que s’écouter, elle se vit et rares sont les albums qui le permette... After Bathing At Baxter’s est l’un d’eux et mérite à ce titre des égards et une attention toute particulière. A écouter sans modération...

 [1]



[1Sources : Rock&Folk n°431, Juillet 2003, Philippe Manoeuvre, La discothèque idéale, p.118.

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Tracklisting :
 
1- The Ballad Of You & Me & Poonell (4’30")
2- A Small Package Of Value Will Come To You, Shortly (1’42")
3- Young Girl Sunday Blues (3’29")
4- Martha (3’21")
5- Wild Tyme (H) (3’05")
6- The Last Wall Of The Castle (2’46")
7- Rejoyce (4’00")
8- Watch Her Ride (3’11")
9- Spare Chaynge (9’05")
10- Two Heads (3’10")
11- Won’t You Try (1’15")
12- Saturday Afternoon (3’48")
 
Durée totale : 43’49"

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