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TV Buddhas

Paris (L’international)

TV Buddhas

Le 5 décembre 2009

par Emmanuel Chirache le 8 décembre 2009

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TV Buddhas ? jamais entendu parler avant ce samedi 5 décembre, 22h15. Venu au bar L’International pour écouter les sympathiques - sans plus - Français de BSMS, je décide de rester plus longtemps pour écouter le groupe suivant. Débarque alors un duo mixte comme le rock en produit à la pelle depuis les White Stripes. La fille est à la batterie, cela va de soi. Je sirote ma bière sans trop leur prêter attention, à l’image de la plupart des spectateurs de la salle, quand soudain quelques notes résonnent... un riff en open tuning déchire le silence, planant, strident, aigu et grave tout ensemble, pendant que le type secoue ses cheveux comme un épileptique. La batteuse martèle ses rares fûts réduits à l’essentiel et fait un boucan d’enfer qui colle parfaitement avec les plans psychédéliques de son comparse. Putain, on dirait du Kyuss.

A l’évocation du mot « Kyuss », les TV Buddhas me feront quelques minutes plus tard une moue révélatrice : ils ne connaissent pas, ils n’ont jamais écouté. Je parle de Californiens qui jouent défoncés dans le désert une musique inspirée par Black Sabbath en plus rapide. Juval Haring, le guitariste, me dit qu’il s’imagine des rastas en train de faire du heavy metal. Ce garçon a beaucoup d’imagination. « Black Sabbath en plus rapide ? continue-t-il, c’est du Metallica ! » Je rétorque : « Ha non, c’est très différent, c’est unique, il faut que tu écoutes ! » L’amusant, c’est que les inspirations du groupe n’ont strictement rien à voir avec leur style : Ramones, MC5, Stooges, New York Dolls... punk new yorkais et rock de Detroit, en somme. On est bien loin des riffs recherchés et trippants de Haring, qui s’étirent sur plusieurs minutes, tournent en boucles virevoltantes, se dispersent dans l’espace par l’intermédiaire de la Twin reverb’.

Ici ou là, Haring ajoute deux ou trois motifs orientaux délectables, des aigus qui viennent faire la danse du ventre par-dessus les graves gavés de distorsion. Le tout sonne délicieusement psychédélique, au sens hypnotique du terme. Car les TV Buddhas rappelleront entre deux morceaux que la musique psychédélique qu’ils pratiquent se désintéresse des drogues. « Nous sommes totalement « straight » », confieront Haring et Mickey, la batteuse. Celle-ci participe allègrement à la transe générale en faisant claquer ses cymbales au-delà du raisonnable et en cognant ses toms de manière à mettre en valeur les délires de la guitare. Haring, de son côté, chante à peine. Il scanderait plutôt. Une poignée de paroles jetée en pâture au public à toute vitesse et étouffée par la saturation du micro. Le groupe entre en transe et nous la fait partager. Il se passe quelque chose dans la salle. C’est fort, très fort. Deux inconnus parviennent à transmettre l’urgence de leur musique à une audience au départ indifférente, venue là pour picoler un samedi soir. Les TV Buddhas détestent jouer le samedi soir. Haring ne se prive pas de nous le clamer haut et fort dès le début du concert, en criant : « You are party people, I don’t like to play in front of party people ! »

Une chanson se termine, une autre commence, et chaque fois c’est pareil. « Non c’est impossible, pense-t-on, c’est un coup de chance, la prochaine sera une bonne grosse daube et les choses rentreront dans l’ordre. Mais... qu’est-ce que c’est que ce riff ? putain, il est terrible ! » Dans l’assistance, chacun a compris qu’il s’agit d’un moment rare. Un concert de rock, un vrai. Une divine surprise. A la fin de chaque morceau, quasiment des instrumentaux, les cris entendus prouvent la satisfaction générale. Alors bien sûr, en studio les TV Buddhas ne savent pas encore capturer la magie de leurs concerts et la production du disque n’est pas à la hauteur du son live unique que le groupe s’est inventé. En attendant un véritable disque, tout amateur de musique psychédélique, entre stoner et metal progressif, se doit d’avoir vu les TV Buddhas en public. Et plus vite que ça.

Un aperçu brouillon mais sympathique :



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