Focus
Punk, So Future

Punk, So Future

Et si c’était l’avenir du rock ?

par Emmanuel Chirache le 17 octobre 2012

Comment le punk va dégager les groupes indie rock qui nous empoisonnent.

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

On l’a déjà beaucoup dit : le punk, à l’origine, consistait à faire du moderne avec de la réaction. Ras le bol des hippies, marre des dinosaures du rock, Who, Rolling Stones et autres Pink Floyd, stop au rock progressif. Le punk, donc, n’aime pas toutes ces composantes essentielles des années 70. Il préfère les déhanchés rock’n’roll de pionniers inconnus, la furie guerrière et amatrice du garage, et même les petites sucreries pop réalisées par les girl groups (on se souvient des New York Dolls et des Damned qui citent les Shangri-La’s) et Phil Spector (qui produira les Ramones). Et le premier groupe punk, les Dictators, de reprendre California Sun des Rivieras, obscur groupe de surf rock pseudo-californien. Sans se l’avouer toujours, le punk court après l’age d’or des fifties, ce temps où l’on dansait, criait, riait sans arrières-pensées. Le punk, lui, ne cesse d’avoir des arrières-pensées, et c’est ce qui le rend si moderne.

Après avoir fait le grand écart entre radicalisation hardcore et tentation commerciale dans les années 80 et 90, le punk retrouve aujourd’hui sa vocation première, celle de jouer vite des riffs dansants et percutants, celle de faire couler un sang neuf dans le paysage musical actuel. Depuis trois ou quatre ans, les groupes de punk/garage pullulent et, surtout, ils sont bons ! Enfin, nous allons pouvoir de nouveau crier, beugler, danser, secouer la tête et sauter partout en s’imaginant pouvoir faire la même chose avec une guitare. A l’heure où l’industrie du disque subit la crise de plein fouet, l’éthique du Do It Yourself retrouve en effet une pertinence accrue. Ce sont alors des milliers de groupes qui réinvestissent leur garage avec une gratte et une batterie dans des formations réduites à l’essentiel (duo, trio, quatuor à la limite). Ils découvrent les joies de l’autoproduction, du réseautage sur le net, de la débrouille, de la solidarité entre groupes et du bouche-à-oreille.

Trêve de rappel historique, venons-en à l’essentiel : qui sont ces groupes ? Pour la plupart, il est difficile de trouver des infos, certains n’ayant même pas de fiches wikipedia. Il faut alors se contenter d’interviews sur de modestes blogs ou de sites bandcamp qui ne fournissent pas toujours beaucoup de détails. Même la figure symbolique du punk de ces dernières années, le mythique Jay Reatard, n’est pas très connu en dehors des cercles d’amateurs, et on peut espérer que le film documentaire itinérant intitulé Better Than Something : Jay Reatard (vous pouvez liker la page facebook ici) change la donne au fil des projections. Il est par ailleurs évident que la personnalité et la musique de Jay Reatard, en solo ou avec les fabuleux Lost Sounds, resteront et continueront d’inspirer de jeunes rockers.

Seconde figure marquante du mouvement, Ty Segall possède quelques similitudes avec Jay : même prolixité dans la création, même spontanéité, même urgence. La seule différence tient au fait que Ty Segall fait plus dans le garage voire le lo-fi, avec pas mal d’écho sur les guitares et la voix. La production est volontairement moins carrée que chez Reatard, qui prenait un vrai soin à rendre ses morceaux les plus efficaces possibles, avec succès. Chez Segall, il y a du déchet et de l’approximation, mais le talent est là, comme on peut l’entendre sur son dernier album Slaughterhouse, par exemple, ou dans d’autres titres plus anciens comme My Head Explodes, SWAG ou It #1. Longtemps seul héritier de l’auteur des Matador Singles, Segall est désormais rattrapé par une génération en pleine bourre.

Parmi eux, il faut d’abord citer les excellents JEFF The Brotherhood, qui sont à la croisée des chemins entre punk, grunge et heavy. Issu de Nashville, Tennessee (et on se souvient que Jay Reatard est originaire de Memphis), ce duo de frangins pas très dégrossis, sorte de légumes sous perfusion de mauvaise bière, se transcende dès qu’il s’agit de faire de la musique. Il faut dire que le paternel est un ancien producteur et qu’il a fondé son label avec un logo débile, Infinity Cat Recordings, sur lequel JEFF The Brotherhood a publié un bon nombre d’albums revigorants quoique reniés par le groupe. Désormais, il faut checker ebay ou les blogs pour trouver ces albums, que les frères Jake et Jamin Orrall ne comptent pas rééditer. En revanche, il est fortement conseillé de commander leurs trois derniers disques : Heavy Days, We Are The Champions et Hypnotic Nights. Ce dernier, produit par Dan Auerbach des Black Keys, sonne comme une putassière envie de cartonner enfin après dix années de galères. Un morceau comme le sympathique Sixpack ressemble en effet beaucoup au genre de singles américains qu’on entendait durant les nineties, quelque chose de gentiment daté. Heureusement, il reste encore la « patte » JEFF The Brotherhood sur certaines perles, telles que Staring At The Wall, chef-d’œuvre total. A eux deux, Jake et Jamin réussissent des merveilles avec une économie de moyens hallucinante, puisque Jake joue sur trois cordes seulement, tandis que le plus jeune frère cogne ses fûts sans réfléchir. De temps en temps, la pédale à effets vient fournir un petit phaser pas dégueu pour renouveler le riff en fin de morceau, du grand art à deux francs six sous !

Autre récente pépite, FIDLAR est constitué de quatre types de Los Angeles un peu tarés, d’où l’acronyme qui baptise le groupe : Fuck It Dog Life’s A Risk. Fondé autour de 2009, le groupe a sorti deux EP (une pratique à la mode, en forme de retour aux années 60) et prépare un album chez Wichita pour 2013. Si eux aussi donnent dans le garage avec de l’écho sur la voix, une pratique hélas un peu trop courante et qui a tendance à noyer le chant, ils sortent clairement du lot grâce à un son impeccable et des compos qui tuent. Cerise sur le gâteau, la petite touche rockabilly qu’ils aiment donner à leurs morceaux, à l’image de deux tueries absolues : Wake Bake Skate et Cheap Beer, tourbillons d’énergie jouissifs et incantatoires. Comme ses petits camarades cités plus haut, avec lesquels ils tournent parfois, FIDLAR enregistre beaucoup et partage sans compter. Il n’est pas rare en effet que le groupe mette en téléchargement gratuit des morceaux modestes mais toujours sympathiques, ainsi vous pouvez vous procurer pour zéro euro un très bon EP intitulé Shit We Recorded in our Bedroom : http://fidlar.tumblr.com/freedemoep. Cherchez et vous trouverez également d’autres morceaux gratuits (on pense au démentiel Cheap Beer notamment). A voir en concert le 1er décembre à l’Espace B, ces mecs-là vont tout saccager et ne resteront pas anonymes très longtemps. Inside Rock fera tout pour.

Un peu moins brillants et aperçus à Rock en Seine 2012, les Bass Drum Of Death possèdent toutefois quelques jolis morceaux à leur répertoire, à commencer par High School Roaches, extrait de leur dernier disque GB City sorti en 2011. Dans le même giron qu’eux, les Jacuzzi Boys ont réalisé un titre imparable appelé Glazin’, qui est aussi le nom de leur récent opus. On conseillera également de jeter une oreille au groupe The Men de Brooklyn, dont le syncrétisme rock (on y entend toutes sortes d’influences) mérite qu’on s’y attarde, notamment dans les albums Leave Home et Open Your Heart. Originaires du Texas, les Bad Sports, eux, sont des punks à l’ancienne façon Ramones, avec riffs à deux cents à l’heure et petits slogans pop accrocheurs. Leur album Kings Of The Weekend paru chez Dirtnap Records fait un peu trop dans la nostalgie mais s’écoute plaisamment. Enfin pour terminer avec les Américains, citons l’excellent groupe King Tuff, emmené par Kyle Thomas et sa dégaine de redneck rock. Moins punk que passionné de musique seventies, glam, folk rock et revival rock’n’roll, le singer songwriter vient de sortir un petit bijou éponyme paru sur le label bien connu Sub Pop. Rien à jeter dans ce disque clairement rétro à l’énergie décapante en live. Certains titres sont des tubes virtuels (ils ne se vendront hélas jamais à des millions d’exemplaires) : Anthem, Bad Thing ou Alone & Stoned se fredonnent avec un plaisir non dissimulé.

Sortons pour finir des Etats-Unis et transportons-nous du côté de l’Australie, où deux formations ont retenu notre attention. Les épatants YIS tout d’abord, qui ont publié l’excellent Kingdom Of Fuzz en 2011, manifeste hard rock et punk hyper efficace et disponible pour la somme que vous voulez sur leur blog. Si, si, vous pouvez télécharger le disque en indiquant le montant que vous désirez, c’est écrit « name your price », alors soyez généreux : http://yisyisyis.bandcamp.com/album.... Ce n’est pas tout, l’Australie semble en verve puisque Brat Farrar, le groupe du guitariste Sam Agostino né à Melbourne et habitant à Brooklyn, s’impose déjà comme une sacrée référence du genre. Là encore, leur premier disque est une grosse claque, remplis d’uppercuts sauvages que la présence d’une boîte à rythmes rend plus secs encore. Bref, il faut absolument écouter le terrible So Overwhelming ou encore le bourdonnant Punk Records, déclaration d’amour bricolée avec deux riffs et une pédale qui se télécharge gratuitement ici : http://bratfarrar.bandcamp.com/trac.... Pour finir, évoquons nos amis d’Israël exilés à Berlin, j’ai nommé les TV Buddhas, qui pourraient réaliser de grandes choses avec davantage d’application (surtout de la part du chanteur, qui se fout un peu de la gueule du monde). Petit extrait du dernier EP, Band In The Modern World :



Vos commentaires

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom