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The Golden Period

The Golden Period

TV Buddhas

par Emmanuel Chirache le 8 décembre 2009

3,5

Paru en mars 2009 (Trost Records)

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Attention, cet article doit se lire en complément du compte-rendu de concert. Car les TV Buddhas sont pour l’instant un groupe qui donne avant tout sa pleine mesure en public. Leur premier essai studio, The Golden Period, n’est que le balbutiement d’une œuvre à venir qu’on espère formidable, mais qui n’a d’existence réelle qu’en live. Réalisé à Tel Aviv, leur terre natale, le disque peine à reproduire le son incroyable que le groupe s’est façonné à longueur de concerts dans toute l’Europe, sur la route qu’ils arpentent perpétuellement, de salles en clubs et de bars en caves. Aujourd’hui, les TV Buddhas habitent à Berlin - mère adoptive de tous les artistes désargentés que compte la planète - et tentent modestement de se faire une place au soleil. La capitale allemande leur offre l’espace infini de ses rues gigantesques et anonymes, pourtant elle ne leur permet pas de s’épanouir totalement. Les deux musiciens confient leur difficulté à subsister dans cette immense cité perdue, reconnaissant ensuite qu’ils aiment beaucoup la France pour l’importance que le pays accorde à la culture et à la musique. Israéliens en exil, le duo semble en réalité n’avoir de racines nulle part ailleurs que dans le rock. Celui d’Amérique, de New York et de Detroit.

Étonnamment, le groupe ne ressemble ni aux Ramones, ni au MC5, formations qu’il cite en exemple. Il faut chercher autre part les sources de leur rock hallucinatoire. A la lueur de leur nom, le mystère s’éclaircit un peu. « TV Buddhas » : Bouddhas, sans doute pour l’aspect planant de leur musique, laquelle cherche à atteindre le nirvana à coups de décibels et de Twin Reverb’. TV, pour ce qu’ils nous disent de leur plan de carrière : gagner suffisamment d’argent pour regarder la télé toute la journée sans avoir à travailler. Oui, les TV Buddhas sont des branleurs qui s’assument. Pourquoi des riffs plaqués en open tuning, pleins d’écho enivrant ? parce que Juval ne sait pas jouer autrement, parce que c’est plus simple, avoue l’effronté jeune homme. Quand la contrainte devient matière à invention, quand les limites ouvrent d’autres horizons, alors l’amateurisme se transforme en musique et le bidouillage en art. C’est pourquoi le groupe trouve sa meilleure expression en développant les mêmes motifs indéfiniment jusqu’au point de non retour, cette transe dans laquelle le duo nous fait pénétrer avec intensité. Il y a du Kyuss et du Gun Club, chez les TV Buddhas.

Un bon signe : le disque gagne en qualité au fil des écoutes. A force d’efforts, Wandering Song s’impose comme une étrange promenade, calme et froide, aux sonorités inquiétantes. Sur Desire, la batterie de Mickey Triest est un peu trop brouillonne, et les cymbales étouffent le reste. Dommage. Il y a d’excellentes idées dans Stars In My Eyes, peu exploitées par la production malheureusement. C’est un peu le même souci pour le formidable The Light, qui prouve encore une fois l’énorme réservoir de sons, de riffs et de transes que représente l’imagination de Juval, ici trop peu mise en valeur, trop peu cadrée ou canalisée par la présence d’un arrangeur, d’un ingénieur du son, d’un producteur digne de ce nom. L’explosion d’énergie, l’abandon de soi qui font tout le charme et la force d’un concert de rock, ne valent plus autant lorsqu’il s’agit d’entrer en studio. La batterie est à l’image de ce constat : en public, elle séduit par son agressivité. Sur disque, elle manque de direction et conquiert l’espace sonore de façon désorganisée. On retrouve le même problème avec la voix de Juval, si géniale en concert par ses scansions chaotiques, noyées dans l’écho et la saturation, si évanescente en studio.

La fin du disque paraît mieux maîtrisée grâce à des réussites brillantes telles que Headache Party, Buddha Rock, Ghost et Goin’ Home. Reste qu’on rêverait d’entendre ces mêmes morceaux produits par Chris Goss, Jacquire King ou Steve Albini ! Le résultat prendrait certainement une dimension toute autre, à la hauteur du talent, relatif mais réel, des TV Buddhas. Il paraît que le frère de Mickey va rejoindre prochainement le groupe à la guitare dans une formule en trio. Il sera alors temps de répondre à cette question : les TV Buddhas peuvent-ils faire encore davantage de bruit ?

myspace des TV Buddhas



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Tracklisting :
 
1. Wandering Song (4’25")
2. Desire (4’55")
3. Stars In My Eyes (4’20")
4. The Light (5’33")
5. La Li Loo (4’45")
6. Headache Party (2’41")
7. Buddha Rock (3’46")
8. Ghost (3’10")
9. Goin’ Home (4’06")
 
Durée totale :37’38"