Portraits
The Misunderstood : une saga légendaire

The Misunderstood : une saga légendaire

par Our Kid le 3 octobre 2006

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S’il est une formation qui mérite sa place dans les grands oubliés des années 1960, alors, The Misunderstood arrive en tête. De par l’influence musicale qu’elle va développer mais aussi et surtout de par l’histoire du groupe. C’est probablement la biographie la plus invraisemblable qui vous ait un jour été proposé de lire. En fait, c’est peut-être même la biographie ultime du groupe sixties par excellence : tout y est : le désir de liberté, la curiosité, l’inventivité et les heurts avec les autorités et les désillusions. Redécouverte d’un groupe qui n’a jamais aussi bien porté son patronyme.

 Riverside : de la surf music au psychédélisme

L’histoire de The Misunderstood débute à Riverside, à la fin de l’année 1963, lorsque trois adolescents, Greg Treadway, Rick Moe et George Phelps, frappés par le virus de la musique surf, décident de mettre en place leur propre groupe, The Blue Notes. La musique surf étant la plupart du temps instrumentale (cf. Misirlou de Dick Dale), Treadway et ses comparses peuvent se concentrer sur leurs instruments respectifs : la guitare rythmique et les claviers pour Treadway, la batterie pour Moe et la guitare pour Phelps. D’ailleurs, Treadway en garde un excellent souvenir : « La musique surf était le truc à la mode à Riverside, avec un petit peu de rock’n’roll, nos cheveux bleus, nos guitares bleues et nos chaussures bleus. ». Le trio est bientôt rejoint par Rick Brown au chant et à l’harmonica, au moment où la musique britannique déferle sur les États-Unis, et au début de l’année 1965 par Steve Whiting qui renonce au préalable à sa guitare au profit de la basse pour compléter la formation.

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la première mouture de The Misunderstood avec George Phelps (à droite) à la guitare

Les cinq changent alors le nom du groupe et deviennent The Misunderstood. Ils s’embarquent alors dans des petits engagements : fêtes, tremplins d’artistes, bals organisés par l’arsenal...

Après l’arrivée de Whiting, le groupe entre, à la fin décembre 1965, au studio local William Locy pour enregistrer six titres qui pourraient faire office de répertoire promotionnel. Dessus, on trouve, parmi des compositions originales, une influence notable de groupes comme The Yardbirds ou The Animals, la musique R&B en règle générale. On sent bien que le groupe se cherche encore mais la voix de Brown est déjà bien établie et puissante et on se rend compte de l’influence de ces groupes britanniques dans l’éclosion des groupe garage aux États-Unis. Le guitariste Phelps quitta le navire peu de temps après cet enregistrement et trouva refuge auprès d’autres combos de Riverside jusqu’à sa mort à la fin des années 1970. On lui trouva un remplaçant en la personne de Glenn Ross Campbell.

Le passé de Campbell - sans aucun rapport avec la pop star Glenn Campbell qui a notamment joué avec The Beach Boys - comporte son lot de mystères : sa mère avait tous les attributs d’une mystique tandis qu’il a lui-même passé ses premières années d’existence en Angleterre. Il n’a jamais su et ne sait toujours pas se servir et jouer d’une guitare normalement : à l’âge précoce de deux ans, on lui a offert une petite guitare en plastique mais au lieu d’apprendre à en jouer comme il se doit, le petit garçonnet a commencé à racler de couverts et de tout autre objet en acier les cordes de haut en bas ! C’est avec ce style qu’il a grandi et qu’il est ainsi devenu joueur de steel guitar ou guitare hawaïenne. L’instrument est joué sur les genoux ou bien peut reposer sur un socle. La guitare se joue souvent avec un bottleneck, un tube ajusté à un doigt de la main gauche. En 1962, Campbell incorpore un groupe de Riverside, The Goldtones - autre groupe de surf music - avec lesquels il connaîtra un fort succès local lorsque paraît le tube Gutterball, désormais considéré comme un morceau culte chez les amateurs de surf music, au même titre que le Misirlou de Dick Dale.

Après avoir recruté Campbell, The Misunderstood retournent en studio et mettent en boîte deux morceaux de blues (You Don’t Have To Go de Jimmy Reed et Who’s Been Talkin’ de Howlin’ Wolf) en guise de single, ce qui constitue un excellent résultat.
À ce moment précis, Rick Campbell, le chanteur se pose déjà des questions et s’autorise un regard sur sa propre vie et ce qu’il a accompli jusqu’à présent : sud de la Californie, 1965. Rick a 18 ans et aime rejoindre la plage pour aller surfer, mais ce qu’il préfère et qui lui procure autant d’émotions, c’est de chanter avec ses copains dans son groupe, The Misunderstood, groupe qui joue une musique que l’on commence à qualifier à l’époque de rock psychédélique. Comme lui, les autres membres du groupe sont originaires de Riverside. Ils sont tous complètement absorbés dans leur musique « révolutionnaire et qui refuse la guerre », si bien qu’ils caressent même le rêve de faire partager cette ambition au reste du monde. Cependant, ils sont limités par les horizons bouchés que leur offre leur petite ville de Riverside et les projets de carrière que leur prépare leurs propres parents. Tout ceci concourt à provoquer des ruptures entre les mentalités bornées et d’un autre âge de leur entourage familial et leur vision de liberté et de plaisir de concrétiser au mieux ce qui leur tient vraiment à cœur, à eux comme aux autres adolescents de leur âge.

À cette pression, s’ajoute également, et de manière encore plus directe et oppressante, l’escalade dangereuse que connaît à cette période la guerre au Viêt-Nam. Le conflit menace de plus en plus les jeunes de les enrôler en leur sein, avec l’instauration de la conscription (également appelée draft) obligatoire. Pour alourdir les difficultés, le père de Rick est colonel dans l’Armée de l’Air, ce qui fait naître un conflit graduel entre son fils et lui.

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sur la scène du High Ho Club, au début de l’année 1966


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SOURCES :
 
-* Unknown Legends Of Rock’N’Roll par Richie Unterberger, Miller Freeman, San Francisco, 1998.
 
-* The Tapestry Of Delights : British Beat, R&B, Psychedelic and Progressive Rock 1963-1976, par Vernon Joynson, Borderline, Londres.