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The Real Nature of the Fantastic Ice Cream Car

The Real Nature of the Fantastic Ice Cream Car

Amélie

par Béatrice le 13 novembre 2007

3,5

paru le 16 juillet 2007 (Boxson)

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Amélie est trahie par son accent. Pas celui qu’on entend, celui qu’on voit : celui qui est resté sur le « é » du milieu de son prénom devenu nom de scène, même s’il disparaît dès qu’on passe en écriture majuscule. Amélie n’est donc ni anglaise ni américaine et ne fait même pas semblant. De toute façon, se faire appeler Amélie revient presque, après le fabuleux destin cinématographique qui a associé dans de nombreux imaginaires le prénom avec un Montmartre naïf teinté de rouge et vert, à se proclamer française, et pendant qu’on y est, candide, innocente et fantasque. L’analogie était-elle voulue ou même prévue ? Aucune idée, mais toujours est-il qu’elle fonctionne. Les univers respectifs des deux Amélies, celle du disque et celle de la pellicule, se ressemblent beaucoup. La différence majeure est sans doute que, là où celui de la seconde était très parisien, celui de la première se veut plutôt champêtre et imprégné des ambiances de la Bretagne où il a été enregistré. Considérations géographiques mises à part, les deux tournent autour d’une jeune femme qui joue à la petite fille et transforme les bibelots en trésors et la banalité en aventure. Même dans les sonorités, cette Amélie-ci fait écho à cette Amélie-là, ne serait-ce que parce qu’elle ouvre son album par « presque une minute avec un toypiano », alors que cet instrument est un des chouchou de Yann Tiersen (qui, faut-il le rappeler, a orchestré cette Amélie-là).

Le premier titre fait donc autant office d’aveu que le nom de la chanteuse, que la pochette et l’intitulé de l’album, ou à vrai dire que le reste des titres des chansons. Un coup d’œil à l’avant de la pochette promet des révélations sur le compte (conte ?) d’une voiture distribuant des glaces et des histoires de fleurs-serpents rayées qui ondulent dans les hautes herbes ; un coup d’œil à l’arrière promet un chant de Noël en retard, une révolution des oreilles, un pistolet d’anniversaire, une histoire d’amour entre un ours et une fille, une enfance venteuse et la menace de monstres et d’araignées. Dites-donc, vous ne nous auriez pas refilé un disques de comptines pour enfants, aurait-on presque envie de demander avant d’avoir écouté la chose ? Tout ça ressemble énormément à un recueil de contes inoffensifs à lire au coin du feu, dans lesquels on est parfois triste mais jamais cruel… Bon, Amélie se réclame certes de CocoRosie, mais aussi de Cat Power, Björk, Bright Eyes ou Laura Veirs ; il y a donc peut-être un peu plus de sang, de sueur et de larmes qu’il n’y paraît dans sa musique. N’empêche que la carte de la femme-enfant est joué plus qu’à son tour le long des treize chansons de l’album. Et même si elle est bien jouée, c’est elle qui donne le ton et s’impose, sans qu’on ait beaucoup l’occasion de voir les autres.

La voix, déjà. Une voix arrondie, qu’on force à être plus aigue et plus maladroite qu’elle n’est vraiment, pour lui enlevé une dizaine voire une quinzaine d’années. Une voix de petite fille… mais elle sait rester mesurée, se faire grave et chaude par moments, et rappeler celle de Regina Spektor plus que celle de Bianca et Rosie de CocoRosie (dont l’influence aurait tout de même été difficile à dissimuler…). Ensuite, l’instrumentation : dans l’ensemble, c’est tout doux, frais et candide, avec des éclats de glockenspiel ou des pirouettes pianistiques sur un tapis acoustique moelleux. Bref, tout ça ne fait pas grand-chose pour éclipser l’impression initiale qu’on avait de se frotter à du folk-comptine confortable et sans mauvaises intentions aucunes. On est toutefois forcé d’admettre que dans le genre mélodie enfantine, Amélie s’en sort fort bien, et parvient à nous envelopper dans la soie de son cocon. On se retrouve confortablement lové dans le grand canapé qui trône au milieu d’un salon chaleureux, avec un feu qui ronfle dans la cheminée, un chat qui ronronne sur le tabouret du piano, des jouets qui s’entassent dans un coin de la pièce et un calendrier de l’avent qui compte les jours en attendant la neige, et on se dit que dehors il fait bien froid, mais que le givre c’est joli, et qu’on boirait bien un chocolat chaud…

En fin de compte, à partir du moment où on n’est pas irrémédiablement allergique à ce genre d’univers façonnés de candeur forcément un peu artificielle, Amélie se dépêtre plutôt bien d’une affaire que le titre – mignon, mais un peu alambiqué – annonçait périlleuse. Discrètement et sans se pavaner (autrement, ça ne pourrait pas marcher), elle arrive à être mignonne sans minauder, à jouer les gamines trop vite grandies sans irriter, à chanter des comptines sans paraître à côté de la plaque. C’est tout doux, gentil, mais suffisamment modeste et authentique pour qu’on y croie sans réticence. Il n’y a aucune préciosité là-dedans, aucune tendance flagrante à surjouer ; du coup, il est très difficile de détester ce disque, de la même façon qu’il est très difficile de détester un chaton qui dort ou un enfant qui dessine un bonhomme pour la première fois, quand bien même on mourrait parfois d’envie de les détester. On n’est pas pour autant obligé de l’adorer, mais l’emballage est suffisamment clair sur ce qu’il recèle pour que les réticents au genre passent leur chemin sans rien demander, et pour que ceux qui espèrent pouvoir y trouver un refuge pour leurs rêves de gambadements sur la plage, de rêveries dans les chants et de soirées au coin du feu ne soient pas déçus. Ceux qui y cherchent des révélations scandaleuses sur les marchands de glaces ambulants y trouveront par contre un peu moins leur compte, mais aussi, quelle idée !...



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Tracklisting :
 
1. Almost One Minute With a Toypiano (1’29’’)
2. Forgotten Christmas Gift (2’19’’)
3. In a Bag Under The Sea (2’26’’)
4. Where Dreams Go (2’53’’)
5. Island Girl (3’23’’)
6. The Birthday Gun (3’25’’)
7. Black Birds (3’32’’)
8. The Ear Revolution (3’10’’)
9. Monsters (3’05’’)
10. Love of a Girl and a Bear (4’54’’)
11. Windy Childhood (2’36’’)
12. Spiders (3’11’’)
13. Everybody’s One (4’07’’)
 
Durée totale : 4’30’’