Portraits
The Warlocks, héros manqués

The Warlocks, héros manqués

par Oh ! Deborah le 5 mai 2009

Trop rock’n’roll pour être vrai ? Pas toujours. Quelque part, en Californie, une vingtaine de personnes se sont concertées, disputées, trahies, séparées... Aujourd’hui il n’en reste plus que cinq. Ils se fichent de tout et même d’eux-mêmes. Leur union est mince mais leur musique est volumineuse, pleine, entière, clairvoyante dans les ténèbres.

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Bobby a 23 ans et en dehors de The Magic Pacer, il a beaucoup de mal à trouver des gens avec qui partager ses influences, ses envies, son projet et ses humeurs. Il n’a qu’un mot : Warlocks, qu’il rebaptisera en The Warlocks, en référence au premier nom de Grateful Dead et du Velvet Underground. En désespoir de cause, il décide d’apprendre la batterie à une amie, puis inclut sa petite amie du moment, Jane, dans le groupe naissant. Plusieurs autres personnes ont fait partie des Warlocks avant de partir en courant. Bobby connaissait Corey Lee Granet, future guitariste, mais ne le fréquentait pas encore. Finalement, il rencontre J.C Rees alors en fac de « television-production ». Un petit homme voûté, roots, à la démarche rodée, repérable entre mille mais aussi un grand guitariste au visage mûre et au regard perçant d’intelligence. Celui-ci fût très intrigué par l’idée de Bobby, et Corey Lee Granet finit par apporter sa culture musicale en cantonnant Bobby aux classiques des Stones, Beatles et Velvet. Bobby est déjà âgé de 25 ans et se sent enfin prêt à réaliser son rêve.

JPEG - 44.9 ko
JC Rees

En 1999, le groupe est toujours une formation normale (guitare-basse-batterie) qui ne satisfait pas Bobby, fantasmant au possible sur son projet de gérer une espèce de secte à la « puissance sonique inégalée ». Jane est déjà partie du groupe pour se marier avec le future batteur : Danny Hole. Par la suite, le groupe rencontre Jason Anchondo, second batteur, Laura Grisby, à l’orgue et Jeff Levitz, guitariste mélodique. Corey est le guitariste soliste des Warlocks, Bobby, le chanteur et guitariste rythmique, et J.C le guitariste spécialiste en fuzz, reverb et noise. Avec ses quatre guitares et ses deux batteries, les Warlocks sont devenus le monstre prototype de Bobby. Cependant, certains membres continuent leurs études en art. La légende veut que la première formation officielle des Warlocks ait lieu le jour de la disparition d’Anton Lavey (gourou de l’Eglise de Satan).

 Les liens du sang

Le groupe tourne alors quelques temps sur la côte Ouest lorsque Greg Shaw de Bomp ! Records les remarque. En octobre 2000, Bobby signe son nom à l’aide de son propre sang sur le contrat de deux albums enregistrés pour Bomp !. Leur premier EP, The Warlocks, est publié en novembre 2000. En 2001, les Warlocks tournent aux États-Unis en première partie de Nikki Sudden sur vingt-deux dates, puis avec Black Rebel Motorcycle Club sur dix-sept dates. Anton Newcombe rejoint le groupe quelques mois en tant que batteur avant la sortie du premier album, Rise And Fall, qui sort en novembre 2001 uniquement aux États Unis, à quelques milliers d’exemplaires. Plus tard, il en sortira une version anglaise, qui diffère par la couleur dominante de la pochette et trois titres. Rise And Fall s’annonce comme un album déjà très marqué par des virevoltes psychédéliques en sorte de fumigènes cosmiques, du feedback et des plages d’une dizaine de minutes. Il manque cependant des structures, de la pertinence et un minimum de professionnalisme dont les Warlocks feront preuve dans l’album suivant.
La sortie reçoit de bonnes critiques dans la presse américaine mais le groupe reste relativement inconnu en Europe et ne suscite pas une large audience, même à Los Angeles. Selon Danny Hole (un des deux batteurs), les Warlocks ne gagnent pas plus de fidélité à Los Angeles, « il se trouve que nous vivons ici, mais nous ne somme pas particulièrement favorisés dans cette ville. Nous ne sommes pas les héros de chez nous. L.A peut être difficile pour tout ceux qui veulent y jouer ». C’est seulement à partir de février 2002 que les Warlocks se produiront en tête d’affiche. Ils entament alors une longue tournée de février jusqu’à novembre, rejoignant Sonic Youth à Los Angeles, The Kills , The Von Bondies ou encore The Secret Machines en octobre et The Datsuns en novembre au Canada. Ils parcourent ainsi les États-Unis et traversent l’Atlantique pour seulement deux dates en Angleterre, Birmingham et Londres, où ils passeront des soirées avec leur héros, Sonic Boom.

JPEG - 20.2 ko
contrat pour Bomp ! signé Bobby Hecksher à l’aide de son propre sang

Entre temps, ils signent chez Birdman Records, un label indépendant de Los Angeles grâce à Dave Katznelson qui a déjà dirigé des groupes tels que The Flaming Lips, Mudhoney, the Boredoms, Sonic Boom et Nick Cave. Katznelson dit un jour à propos des Warlocks : « Ils créent des sons et des visuels qui furent longtemps oubliés en ces temps de musique synthétique. Il s’agit d’un monde puissant et hallucinogène avec des chansons pop extraordinaires et un chaos de guitares intoxiquées qui animent le trip. Le fait que les visions de Syd Barrett et de The Exploding Plastic Inevitable soient restées figées en arrière reste un grand mystère pour moi. Lorsque je suis allé à un concert des Warlocks pour la première fois, c’était comme me mettre le fix dont j’avais besoin depuis une éternité ».

 L’univers hanté et l’apogée des Warlocks

L’univers des Warlocks est vite associé à celui des drogues et les paroles de Bobby Hecksher font beaucoup allusion à la chose. Selon Corey : « Nous sommes habitués à travailler à partir de sensations, à partir de visions psychédéliques, en aucun cas nous voulons glamouriser les drogues et leur utilisation. Les drogues sont simplement une métaphore pour exprimer des choses plus profondes ». Bien sûr, Bobby ne jure pas que par les drogues pour venir à bout de son concept. Il demande beaucoup de travail et de sacrifices de la part de ses musiciens, s’influence d’ouvrages de sciences-fiction, d’images cinématographiques, se passionne pour les séries B d’horreur, les films de John Waters et de Kurosawa. Il combine un univers visuel et musical en cherchant du côté de l’imagerie vaudou et du psychédélisme sombre. Cependant, le groupe préfère parler d’expérience du son, ou de domaine des sens plutôt que d’être rangé dans la « case psychédélique » (bien qu’on ne peut ne pas y penser).

Par la suite, le bassiste Bobby Martinez va rejoindre le groupe. Les Warlocks sont alors momentanément au nombre de huit, puis Jeff Levitz, guitariste, va quitter le groupe. Les autres membres conservent leur même place et un second EP, Phœnix EP, est publié sur Birdman en 2002 ainsi qu’un deuxième album, Phoenix, qui sort sur Mute Records en partenariat avec Birdman pour les États-Unis (sortie en 2002) et City Rockers pour l’Europe (sortie en juillet 2003). Il y a donc deux versions qui diffèrent par deux titres. La version américaine est enveloppée d’une image aux couleurs psychédéliques en forme de tête de mort (dans le même esprit que le visuel promotionnel ci-dessus). La version européenne montre des couteaux oranges saillants sur fond noir. On peut trouver dans Phœnix les remerciements pour des artistes comme les BRMC, The Brian Jonestown Massacre, Beechwood Sparks et Sonic Boom (qui participe à la guitare sur Dope Feels Good). Phœnix est l’apogée des Warlocks, lorsque le songwriting coule comme un déluge de notes toutes plus hypnotiques les unes que les autres sur des chansons efficaces, inépuisables et salement rock’n’roll. Une texture sonore à tomber par terre parce que lourde, errante, singulière et intimiste. Des effets subtiles et étudiés au millimètre tout en conservant un minimalisme proche du chaos.



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom