Sur nos étagères
The Very Best Of Supertramp

The Very Best Of Supertramp

Supertramp

par Florent le 2 mai 2006

4

paru en 1990 (A&M Records)

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Sur fond blanc, une main tenant un verre de jus d’orange agrémenté d’un petit parasol traverse des barreaux de prison. Au-dessus est inscrit en plusieurs couleurs : SUPERTRAMP... Supertramp c’est littéralement Superclochard, groupe qui se distingua au cours des années 1970. De clochard, on pourra retenir leurs débuts un peu laborieux. Le Super concerne toute leur discographie jusqu’à aujourd’hui, concentrée grâce à ce best of joliment concocté.

Du groupe originel, il ne reste que Rick Davies, le clavier. Le premier disque (Supertramp, 1970) empreint de rock, aux mélodies subtiles et mélancoliques, passe relativement inaperçu. Tellement inaperçu, que leur concert à Paris rassemble 14 personnes en tout et pour tout. Leur deuxième percée (Indelibly Stamped, 1971), ne permet pas d’accueillir de nouveaux interéssés puisqu’étant peu intéressante. Autrement dit, après ces deux échecs, les survivants du groupe, Rick Davies et Roger Hodgson (guitare, claviers et surtout chant) changent de cap et recrutent de nouveaux musiciens. Ainsi par la présence de John Helliwell (saxophone), Bob Siebenberg (batterie) et Dougie Thomson (basse), le groupe connait ses heures de gloire, jusqu’à la malheureuse rupture avec Roger Hodgson.
Comment ce groupe a-t-il pu avoir une seconde chance ? En ouvrant une nouvelle voie dans le rock progressif diront certains... De cette remarque en découle une autre : est-il raisonnable d’essayer de classer Supertramp ? À défaut de pouvoir les placer aussi facilement que des plantes dans la classification botanique de Linnée, une petite description de leur univers musical au travers du best of permettra de (re)découvrir leur talent.

Cette compilation rassemble trois œuvres-maîtresses du groupe : Crime Of The Century, Even In The Quietest Moments et Breakfast In America. Parmi elles, sont éparpillés : Crisis, What Crisis ?, Famous Last Words et Brother Were You Bound.

Crime Of The Century fut leur premier succès, sorti en 1974. Le public découvrit une nouvelle manière d’aborder le rock. L’univers Supertramp s’implante et explose grâce aux mélodies inoubliables des pianos, orgues et autres claviers ainsi que par la voix fluette et délicate de Roger Hodgson. La musique développée nous offre un savant mélange d’instruments, de rythmes et autres particularités. L’album est représenté au travers de School, Bloody Well Right, Rudy, Crime Of The Century, Hide In Your Shell et Dreamer. Ainsi School commence par un air sifflé à l’harmonica rappelant Il Était Une Fois Dans L’Ouest, suivi d’une voix fragile (« I can see you in the morning you go to school... ») accompagnée de quelques arpèges à la guitare. Le tout déboule, grâce à deux accords de guitare électrique, sur un superbe accompagnement rythmique par la basse et la batterie jouant à contre temps. Vient se greffer dessus l’un des plus beaux solos de piano du groupe permettant une superbe explosion sonore. Les autres morceaux sont du même acabit. Qui n’a pas oublié la fameuse intro de Bloody Well Right, les bruits des passants et les appels d’un chef de gare enregistrés à la gare de Paddington pour Rudy, le solo de saxophone de Crime Of The Century agrémenté d’accords au piano ?

Sur cette superbe lancée, le groupe enregistre Crisis, What crisis ?, album moins réfléchi que le précédent. Pour Rick Davies, il s’agit d’une « collection de mélodies », écrite rapidement pour rester dans le vent. Le succès est au rendez-vous et Supertramp peut le recevoir sur un transat. En effet, à chaque concert était reconstituée la pochette de l’album : chaise longue, table de jardin et parasol. N’importe qui (en maillot de bain tout de même) pouvait s’assoir et apprécier le spectacle.

À partir de 1976, le groupe se retire dans le Colorado (au Caribou Ranch exactement) pour enregistrer Even In The Quietest Moments. Ces moments ne furent pas aussi paisibles, la solitude leur étant un peu montée à la tête. Il n’en reste pas moins la fabrication de quelques joyaux comme From Now On, ou encore Give A Little Bit (dont la guitare acoustique fut enregistrée maintes et maintes fois). On peut regretter l’absence de quelques morceaux sur ce best of tel que Downstream, une magnifique complainte seulement accompagnée par un piano ou encore Fool’s Ouverture, qui fait intervenir un orchestre symphonique. Ce n’est que partie remise puisque ceux-ci (avec bien d’autres) se retrouvent sur le best of vol. 2.

Vient ensuite leur plus gros succès planétaire : Breakfast In America. L’album se classe dans le top 10 aux États-Unis. Breakfast In America est l’un des titres les plus vieux du groupe, écrit par Roger Hodgson à 18 ans, évoquant l’envie « naïve » (dixit Hodgson himself) de découvrir les États-Unis. D’autres tubes comme The Logical Song ou encore Take The Long Way Home font également partie de ce disque. Une tournée immense s’ensuit à travers le monde. C’est à cette apogée que tout commence à se ternir. La majorité des titres est écrite par Roger Hodgson. Rick Davies est alors là pour lui rappeler que Supertramp ne se résume pas à Roger Hodgson.

En 1982, après quelques difficultés pour rassembler les membres du groupe, paraît Famous Last Words. Il s’agit de la dernière contribution de Roger Hodgson, se plaignant d’un manque de création et de l’apparition d’un ennui profond. L’album permet de sortir quelques morceaux se rapprochant de Even In The Quietest Moments et d’autres annonçant les années 1980 comme It’s Raining Again, représenté sur le best of. Il est possible d’y ressentir une impression de déjà-vu... ou plutôt de déjà-entendu.

Rick Davies cherche alors à faire vivre Supertramp, malgré l’absence de Roger Hodgson, en écrivant des textes ayant trait aux questions sociales et politiques. Il en sort Brother Were You Bound, d’où est tiré Cannonball. Sur ce titre, il est possible de noter la participation de David Gilmour, guitariste de Pink Floyd. L’apparition de batteries électroniques et de lignes de basse préformées commence à se faire sentir (impression nettement confirmée dans Free As A Bird, album succédant à Brother Were You Bound). Comment est-il possible de recourir à un tel stratagème pour un groupe si talentueux ?! L’album fait un score honorable, mais sans atteindre les sommets passés.

Le best of s’arrête à cette période là, retraçant la dizaine d’années formidables que connut ce groupe mythique. On peut regretter l’absence d’un morceau tiré de leur premier disque de 1972 comme Words Unspoken afin de mieux illustrer leur parcours musical. Il n’en reste pas moins que les titres présents ont été judicieusement choisis (par les membres du groupe). Depuis, Supertramp renaît grâce à Some Things Never Change et Slow Motion, avec quelques nouvelles recrues (Cliff Hugo à la basse, Mark Hart aux claviers, Jessie Siebenberg (le fils de Bob) aux percussions), nous faisant goûter leur magie et atmosphère si particulières. En conclusion, il faut simplement mettre ce best of dans une platine CD en étant étendu sur une chaise longue en maillot de bain, savourer délicatement et Take The Long Way Home...



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Tracklisting :
 
1. School (5’35")
2. Goodbye Stranger (4’25")
3. The Logical Song (3’45")
4. Bloody Well Right (4’16")
5. Breakfast In America (2’37")
6. Rudy (7’18")
7. Take The Long Way Home (4’03")
8. Crime Of The Century (5’20")
9. Dreamer (3’19")
10. Ain’t Nobody But Me (5’19")
11. Hide In Your Shell (6’52")
12. From Now On (6’10")
13. Give A Little Bit (4’03")
14. It’s Raining Again (4’25")
15. Cannonball (4’47")
 
Durée totale : 78’34"