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Ball Out

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Steel Panther

par Gilles Roland le 3 avril 2012

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Il y a très longtemps, dans une galaxie lointaine, au delà des océans, éructait la scène heavy metal. Maquillés, turbulents, sexués et alcoolisés, les musiciens du mouvement ne lésinaient pas sur la provoc’ et accumulèrent les faits de gloire et les hits. Aujourd’hui, ces mêmes chancres d’un rock and roll festif continuent de bâtir une légende glam quand la relève se fait plus discrète.

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Pendant ce temps, la communauté bobo s’approprie le rock, ou du moins essaye. Pete Doherty s’habille chez Kooples, les erhatz de Brian Ferry se multiplient, Coldplay et Muse remplissent les stades et les concerts d’AC/DC et de Metallica de se remplir de philistins qui se gavent de best-of (les disques pas le menu) tout en courant les évènements hype de la Capitale dans le seul but de pouvoir affirmer « j’y étais ! ».

Balls Out, le deuxième outrage de Steel Panther fait donc plaisir ! Et pas qu’un peu. Car il symbolise la résistance d’un rock honnête et principalement axé sur un soucis d’immédiaté de plus en plus rare. Dans le sillage d’Airbourne (qui est à AC/DC ce que Steel Panther est à Van Halen), cette bombe graveleuse rameute l’imagerie et l’outrance des glorieuses années 80. Quand Mötley Crüe et Guns N’ Roses faisaient la pluie et le beau temps sur les charts de la Terre entière et que les glam rockers consommaient plus d’eye liner que les actrices d’Hollywood...

Balls Out possède toutes les qualités pour exciter un max les fanatiques de la scène heavy metal californienne. Plus largement, c’est Steel Panther qui condense remarquablement tout ce qui caractérise cette musique. Comme l’album précédent Feel the Steel, Balls Out carbure aux gimmicks et autres figures artistiques propres au mouvement : tatouages et maquillages discrets, coiffure peroxydées, lycra et tout le bordel. Souvent décrit comme étant un groupe parodique, Steel Panther démontre pourtant une nouvelle fois avec leur second opus, leur puissante capacité à pondre des hits imparables.

Imaginez le parfait mélange entre Mötley Crüe, Poison, Def Leppard, Aerosmith, Van Halen et Iron Maiden... Si on ne peut pas vraiment les qualifier de petits nouveaux (les mecs de Steel Panther ont éculés les scènes de L.A et de Vegas en long, en large et en travers en multipliant les shows et les piges à droite à gauche), on peut par contre affirmer que les membres de la Panthère se placent à la croisée des chemins de toute une génération d’artistes glam, rock, punk et metal.

Balls Out commence sur une intro parlée. C’est Dane Cook, acteur de seconde zone et quetard notoire qui clame la prose. Les guitares rugissent ensuite avec Supersonic Sexmachine. Riff tronçonneuse et voix haut perchée caractéristique. Iron Maiden n’est pas loin du moins concernant les envolées lyriques de Michael Starr (rien à voir avec Ringo), chanteur qui rappelle les plus grands moments de Bruce Dickinson, le pilote d’avion de ligne.

La poésie des paroles éclate au grand jour, « Je peux baiser toute la nuit si c’est ce que tu veux », entre autres déclarations raffinées. La technique des musiciens et flamboyante et irréprochable. Sous leurs apparats de branleurs focalisés sur le cul, ces types ont de la ressource. Il n’y a pas de maillon faible dans Steel Panther. Une seule écoute suffisant à se rendre compte de l’évidence. Le groupe rameute l’énergie et l’idéologie de la scène glam heavy metal des années 80. Et visiblement ça fonctionne. Les fans répondent à l’appel des concerts, qui affichent complet. Voilà qui s’avère rassurant.

Pour autant, certains pourraient être tentés d’argumenter sur la frivolité du patronyme de la formation américaine. La Panthère d’acier ? Tout à fait ! Pas de quoi monter sur ses grands chevaux. Steel Panther est mû par la volonté d’envoyer du lourd tout en restant léger. Vulgarité et vélocité étant les deux mamelles de leur « noble » démarche. Et puis franchement, qu’est ce qui inspire le plus de crédibilité entre Megadeth, Metallica, Sepultura, Pantera ou Steel Panther ? Un point partout, balle au centre, avantage Spinal Tap ! Comme quoi, on peut tout à fait avoir un nom bas de plafond et être dénué d’humour (Metallica donc mais pas que). Steel Panther est drôle et son patronyme ne fait finalement qu’identifier un état d’esprit.

Revenons à Balls Out. Un titre qui annonce d’ailleurs la couleur, en adéquation totale avec une pochette aux doux accents dégoulinants de porno vintage. C’est tout à fait cohérent et les morceaux qui composent la galette produisent l’écho nécessaire à cette parfaite adéquation entre le fond et la forme. L’humour encore et toujours qui permet entre autre choses de faire passer la pilule de paroles à prendre au 53 ème degré tant elles s’avèrent vulgaires. On compte un nombre impressionnant d’allusions salaces et tout le champ lexical du cinéma X y passe.

Just like Tiger Woods revient sur l’appétit vorace du champion de golf (« Si tu veux être comme Tiger Woods, fertilise toutes les nanas du voisinage »), 17 Girls in a Row illustre l’un des nombreux exploits de Michael Starr, Tomorrow Night voit Starr expliquer qu’il doit se rendre à une petite « sauterie » demain soir, Why Can’t You Trust Me aborde le manque de confiance d’une nana envers son mec (« Pourquoi ne me fais-tu pas confiance, j’ai du choper ça sur le siège des chiottes »), Gold Digging Whore dresse le portrait d’une fille de petite vertu vénale (« ne l’appelle pas mon cœur ou ne lui offre pas un gros cailloux car tu vas la retrouver au Whisky bar en train de s**** George Clooney »), I Like Drugs met en garde la populace sur les dangers de la drogue (« la nuit dernière j’étais tellement défoncé que je crois avoir couché avec le gars du câble »), Let Me Cum parle de lui-même, tout comme It Won’t Suck Itself (avec les interventions de ce vieil épagneul de Chad Kroeger et du shred master Nuno Bettencourt). Le reste de continuer dans le même registre.

De quoi rassembler les ligues féministes qui ne devraient pas rester insensible devant des morceaux comme That’s What Girls Are For, brulot incroyablement machiste. Une telle logorrhée aussi fleurie, incompatible avec toute notion de bon goût ou de limite semble illustrer un mode de vie commun à tous les musiciens de la scène heavy. À la différence près que rares sont les groupes qui livrent un compte rendu de leurs soirées, préférant généralement chanter l’amour. Dans le genre, les groupes américains sont plutôt discrets, laissant les propos déplacés aux rappeurs qui collectionnent les autocollant Parental Advisory Explicit Lyrics. Vous en trouverez d’ailleurs un sur Balls Out. Steel Panther, tout comme Tenacious D (Fuck Her Genty and co) ou Rammstein (Pussy et l’histoire de la saucisse dans la choucroute) parle franc... et gras. N’en déplaise aux ligues de vertu.

Car bien sûr, Steel Panther ne se prend pas au sérieux. Le groupe donne avant tout dans une musique sincère et ultra efficace. Balls Out incarne la folie d’une époque caractérisée par la faculté de ses acteurs à bruler la bougie par les deux bouts. Steel Panther raconte dans ses chansons la vie qu’ont mené (et mènent encore pour les plus cramés) les Vince Neil, Nikki Sixx, Tommy Lee, Steven Tyler, David Lee Roth ou les Slash. Sans barrière, ni retenue, Michael Starr et ses potes de débauche parlent de sexe, de défonce, de biture et de fête. Ils assaisonnent copieusement le gratin du showbiz, rendent hommage à leurs modèles, pompent des pans entiers chez Mötley ou chez Poison, versent allègrement dans la ballade FM tout en déblatérant des insanités à faire rougir Larry Flint, détournent les codes, ne cherchent pas l’originalité à tout prix et injectent un peu de frivolité dans une époque qui en a bien besoin.

Balls Out ne ment jamais. Le ton est enjoué et la ballade mouvementée. Pied au plancher, Steel Dragon rappelle que le metal ne se prend jamais tout à fait au sérieux. Que l’on peut déconner sans pour autant jouer comme un manche. Avec conviction et générosité.



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Tracklisting :
 
1. In the Future (featuring Dane Cook) (1:28)
2. Supersonic Sex Machine (3:10)
3. Just Like Tiger Woods (3:41)
4. 17 Girls in a Row (3:41)
5. If You Really, Really Love Me (2:25)
6. It Won’t Suck Itself (featuring Chad Kroeger and Nuno Bettencourt) (2:54)
7. Tomorrow Night (2:58)
8. Why Can’t You Trust Me (4:01)
9. That’s What Girls Are For (3:59)
10. Gold-Digging Whore (3:55)
11. I Like Drugs (4:19)
12. Critter (3:38)
13. Let Me Cum In (3:30)
14. Weenie Ride