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Between The Times And The Tides

Between The Times And The Tides

Lee Ranaldo

par Sylvain Golvet le 11 avril 2012

3,5

Paru en Mars 2012 (Matador)

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Je laisse à d’autres le privilège de se réjouir du hiatus du quatuor new-yorkais, il n’empêche que si l’on n’avait pas forcément vu venir le split, ça leur pendait quand même au nez au vu d’un dernier album en roue libre et en forme d’impasse. Plutôt que de continuer sur une veine noisy-pop plus élégante initiée par Jim O’Rourke sur NYC Ghosts & Flowers et surtout Murray Street, le groupe repartait sur une sorte de best-of dépassé, une parodie pas drôle de leurs meilleurs albums. Pas étonnant alors d’apprendre que le couple moteur du groupe ne s’entende plus.

Certes, jouer au sein de Sonic Youth n’a jamais empêché le Georges Harrison de la génération X de vaquer à ses occupations solo. Occupations difficilement recommandables par ailleurs tant Ranaldo est devenu un as du larsen de 40 minutes minimum et autres réjouissances bruitistes dont Béatrice et Thibault ont encore des souvenirs émus [1].

Mais contre toute attente, Between The Times And The Tides est ultra pop. Couplets, refrains, ponts, mélodies même, tout y passe. These Days, un single limpide, efficace, avec chœurs et guitare acoustique, se révèle même délicieux.
Ce n’est pas une vraie surprise. On connaissait déjà le Lee Ranaldo compositeur émérite puisqu’on guettait ses compositions à chaque album de Sonic Youth et bien nous en prenait puisque d’Eric’s Strip sur Daydream Nation à Mote sur Goo en passant par Wish Fulfillment sur Dirty, Lee compensait les dissonances de ses collègues par la sophistication étrange de ses mélodies et par une belle voix mélancolique.
On est finalement en terrain connu sur ce Between The Times… Si ce n’est que le son change. Un peu. Mais oui, exit les feulements atonaux de Kim Gordon. Exit les triturations de cordes de Thurston Moore. Mais tout de même la batterie efficace et un poil monotone de Steve Shelley, le batteur fidèle. Et puis on y entend des amis talentueux comme Jim O’Rourke à la basse ou Nels Cline (Wilco) qui vient agrémenter Xtina As I Knew Her du timbre limpide et frénétique de sa guitare. Sur Angles, un clavier vient rompre la monotonie de trente ans de basse-guitare-batterie. Les couches de guitares sont nombreuses mais variées malgré une production qui peine parfois à se sortir d’un certain fouillis.

Plus surprenant, Lee Ranaldo mets de côté ses accointances no wave et préfère s’en remettre au rock le plus classique, se réclament d’un Neil Young ou d’un Leonard Cohen. Stupeur dans les lofts new-yorkais ! Et effectivement, comment ne pas entendre dans Fire Island (Phases) un descendant du All Along the Watchtower par Hendrix qui serait joué par le Crazy Horse ? Et qu’as-tu voulu dire Lee en terminant ton album par un morceau nommé Tomorrow Never Comes dont la rythmique ne fait pas de mystère de son origine ? Que Sonic Youth c’est aussi du classic rock ? Mollo sur l’iconoclasme quand même, la scène noise en serait toute tourneboulée.

Classique, efficace et mélodique :, voilà bien trois adjectifs dont on n’aurait pas misé un kopeck pour décrire un album de Lee Ranaldo. Et pourtant il l’a fait, à la manière de l’opus de 2007 de son collègue Thurston Moore.



[1Un délicieux extrait ici : http://www.youtube.com/watch?v=puVL...

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