Livres, BD
Mort Aux Ramones

Mort Aux Ramones

Dee Dee Ramone (avec Veronica Kofman)

par Aurélien Noyer le 23 janvier 2007

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paru en 1997 sous le titre original Poison Heart, Surviving The Ramones. Première édition française en 2002 (éditions Au Diable Vauvert), 272 pages.

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Tonight I’m a rock’n’roll star chantait Liam Gallagher au tout début d’Oasis. Tout le monde veut être une rock-star, vivre à fond le mythe sex, drugs & rock’n’roll. Et bien réjouissez-vous. Dee Dee Ramone vous explique tout ce qu’il faut pour devenir une vraie rock-star. Rien ne vous sera épargné : une enfance pourrie auprès de parents tarés et alcooliques, une adolescence minable à se défoncer parce qu’il n’y a rien de mieux à faire et arrivé à l’âge adulte, vous pourrez joyeusement vous entasser dans un mini-van avec des mecs qui vous haïssent parce que vous n’êtes pas capable de gérer les névroses et autres paranoïa héritées de votre vie de merde et de vos différents excès. De toute façon, vous les haïssez en retour parce qu’ils en sont au même point que vous, aussi atteints et incapables de communiquer.
Hum... Je vous sens déçus. Ce n’est pas ce à quoi vous vous attendiez ? C’est pourtant la vie de Dee Dee Ramone, la vie d’une authentique rock-star.

Car s’il y a bien une chose qui ressort de ce bouquin, c’est que les Ramones ont toujours été fidèles à l’adage sex, drugs & rock’n’roll, un mode de vie n’ayant rien à envier aux plus grandes rock-stars. Même dans la pire dèche, on sent que les Ramones n’ont jamais failli. Et Dee Dee raconte ça sans fioritures, avec un style qui vous explose à la gueule comme un direct du droit. Il raconte sa vie sans essayer de l’embellir par des figures de style littéraires. On reconnait la plume brute mais éloquente de l’auteur de 53rd & 3rd, une plume forgée dans le béton et l’acier comparable à celle d’un Hubert Selby Jr. Et l’univers des junkies, des putes et des tarés que raconte Selby, Dee Dee nous le décrit de l’intérieur, à la première personne. Mort Aux Ramones, c’est la face sombre du rock’n’roll, le côté des losers, ceux qui n’ont jamais eu l’avion privé de Led Zeppelin mais qui ont néanmoins continué à y croire, à enregistrer, à tourner malgré un délabrement physique et moral grandissant. Ainsi toutes les figures emblématiques du punk destroy se retrouvent à divers moments de la vie de Dee Dee : Johnny Thunders, Jerry Nolan, Sid Vicious et Nancy Spungen. Les anecdotes sont là, mais heureusement le livre évite l’écueil du syndrome « compilation d’anecdotes » qui plombe trop souvent les livres rock. Là, Dee Dee parvient remarquablement à méler ses souvenirs bruts avec le recul nécessaire pour évoquer une période riche en débauche, en espoirs et en déceptions. Et au-delà des histoires des personnages célèbres, c’est la destinée de tout un mouvement qui se dessine : le punk américain qui, en quelques années, s’est auto-détruit par la drogue et les outrages. Paradoxalement, Dee Dee n’a pas la prétention d’être un historien ou même un rock-critic (catégorie qu’il haïssait profondément) et ne pense pas en terme de mouvement, de groupes ou de carrière. Il parle des êtres humains qu’il a connu et aimé. Autant d’esquisses qui, rassemblées, dessinent le tableau du punk américain.

Malgré son style pour le moins sobre, il parvient à transmettre ses sentiments les plus profonds, son chagrin à la mort de Jerry Nolan, ses dépressions dûes à ses addictions. Mais Mort Aux Ramones n’est pas un livre dépressif, malgré tous ses drames. Dee Dee est un survivant qui fait preuve d’un incroyable sens de l’humour. Noir, cassant, parfois même grinçant, Dee Dee parvient à s’amuser de beaucoup de situations et surtout de lui-même. Les after-shows en tournée, ses rapports avec ses psychiatres, son départ des Ramones, sa désastreuse tentative de se mettre au rap et tout ce qui a suivi sont autant d’occasions de rire de lui-même au travers de phrases détonnantes. Ce livre commence lorsque Dee Dee se réfugie au Chelsea Hotel pour essayer de décrocher de la méthadone (un subsitut de l’héroïne), d’où ce ton doux-amer partagé entre un certain amusement nostalgique face à toutes les conneries qu’il a pu faire et au désespoir profond parce qu’il se rend compte qu’il a tout de même gâché sa vie. Un constat qui sera plus ou moins remis en cause par la fin du livre où Dee Dee parvient à une sorte de rédemption. Il ne règle pas tous ses problèmes avec les Ramones (le livre se termine lorsque Dee Dee les revoit lors de leur dernier concert en Argentine et on sent que les tensions sont encore fortes), mais parvient néanmoins à les gérer et à s’en accomoder. Car il l’avoue lui-même : à l’instar de beaucoup de « stars » du punk, les tournées lui permettaient d’avoir de la bouffe et un endroit où dormir, plutôt que de rester junkie en voie de clochardisation à New York. Ainsi conclut-il : « Une histoire des Ramones ne peut pas avoir de happy end. Simplement, je suis content que ça soit terminé, bien qu’il y ait eu des moments vraiment drôles. Les rapports que nous avions les uns avec les autres nous ont tous abîmés. Mon livre raconte cette histoire - ça n’est pas rien, et je suis heureux de l’avoir raconté. »



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