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Peter Hook revient sur Joy Division

Peter Hook revient sur Joy Division

Interview

par Oh ! Deborah le 12 octobre 2011

En 2010, Monsieur Hook décida de faire une tournée en hommage à Ian Curtis, jouant ainsi, chaque soir, l’intégralité d’Unknown Pleasures. Prolongation en 2011 pour une autre série de dates. Cette tournée nous permet de ne parler quasiment que de Joy Division impunément (profitons-en), c’est-à-dire d’un groupe, qui, malgré son passage éclair sur la surface terrestre, surprend toujours plus de gens, obsédés par l’étrange unité et la singularité vertigineuse de deux uniques albums. Fidèle à lui-même, c’est un bassiste (et maintenant chanteur) agité, drôle, ému, fier et bavard que nous rencontrons. Il évoque également ses récentes activités et explique le pourquoi de sa tournée nommée simplement « Peter Hook plays Joy Division ».

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Inside Rock : En quoi était-ce important pour toi de rejouer ce premier album de Joy Division sur scène ?

Peter Hook : Je n’ai jamais arrêté d’être musicien depuis la séparation de New Order et je joue dès lors que j’en ai l’opportunité. J’ai un nouveau club en Angleterre qui s’appelle The Factory. Quand il a ouvert, mon associé m’a suggéré de reprendre les chansons de Joy Division, de New Order ainsi que d’autres formations dans lesquelles j’ai figuré, Revenge et Monaco, et j’ai dis ok. J’ai donc appelé le claviériste et le batteur de Monaco, le guitariste de Freebass (une autre formation dans laquelle a joué Peter Hook) ainsi que mon fils, pour la basse. On s’est rassemblé pour jouer et ça a très bien fonctionné ! Nous avons passé un super moment lors de la soirée d’ouverture du club. Quelques mois plus tard ont été organisés une exposition sur Joy Division ainsi qu’un concert à Macclesfield (ville natale de Ian Curtis et de Stephen Morris, batteur de JD) où plusieurs groupes devaient venir reprendre des chansons de Joy Division. L’idée était donc que des musiciens de Manchester fassent un hommage à Ian puisque ça faisait trente ans qu’il avait mis fin à ses jours. C’était super car Macclesfield n’avait jamais rien fait en sa mémoire auparavant, ce que je trouvais très négligent... J’étais donc impatient, beaucoup de gens se sont investis dans ce projet, Peter Saville, Stephen Morris, Debbie Curtis, moi-même... Mais finalement, tout cela est tombé à l’eau et je me suis dit, merde, j’étais tellement impliqué là dedans. Alors mes amis du club m’ont dit « et bien tu n’as qu’à le faire cet hommage ! », et en effet, cela devait être fait pour Ian. J’ai donc décidé, que ça plaise ou non, de rejouer les chansons de Joy Division dans mon club et de faire mon exposition, c’est à dire de rassembler mes propres souvenirs de Joy Division. J’avais entendu Bobby Gilepsie (Primal Scream) dire dans une interview que la plupart des chansons de l’album Screamadelica n’avaient jamais été entendues sur scène et ça m’a fait penser à Unknown Pleasures. Les réactions des gens étaient très menaçantes (tapotant nerveusement sur la table) et j’étais très inquiet au début mais j’adorais rejouer ces chansons... Après trente ans, ça faisait du bien de revenir sur cette musique parce que, quand Joy Division a arrêté, c’est comme si on avait été contraint de sceller tout ça dans une boite et hop, terminé, rendez-vous dans trente ans. J’ai trouvé ça bien de faire revivre cette musique.

IR : N’était-ce pas bizarre pour toi, de chanter ces chansons ?

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Hooky on stage now

PH : Au départ, je voulais juste jouer de la basse, et puis je n’ai trouvé personne pour chanter parce que tout le monde avait peur des critiques, ils avaient peur du monstre, à savoir, la critique sur Internet. La seule personne qui a essayé de chanter était Rowetta des Happy Mondays, mais sinon personne ne voulait. Je me suis dit, « et puis merde, je vais chanter. Mais putain, j’ai besoin d’un bassiste maintenant ! » alors j’ai demandé à mon fils qui a le même âge que j’avais quand on a écrit Unknown Pleasures. Ca m’a fait très bizarre, je l’ai vu jouer les chansons que j’ai composées quand j’avais 21 ans, c’était vraiment flippant ! Il avait très peur au départ, mais j’ai adoré faire ça avec lui. Il m’a fallu du temps pour m’habituer à chanter, mais aujourd’hui, je prends autant de plaisir que quand je joue de la basse. Et c’est très bien ainsi car j’ai toujours un oeil sur mon fils, y’a pas de problème comme ça, je lui dis ce qu’il faut faire (rires). Je sais bien que les gens viennent pour me voir jouer de la basse mais je n’avais personne au chant donc qu’est-ce que j’étais supposé faire ? (rires). Cela dit, attention, je ne suis pas prêt à passer le relai !

IR : Pourquoi les autres membres de Joy Division ne sont pas présents sur cette tournée ?

PH : On ne se parle pas. Nous n’avons pas de relation à cause du split de New Order. C’est comme un divorce. T’as déjà été mariée ?

IR : Non.

PH : T’as déjà divorcé ?

IR : Oui !

PH : Haha. Le problème, c’est que j’ai dit « New Order se sépare » et ils m’ont répondu « c’est toi qui quitte le groupe ». Aucun des deux cotés n’a voulu revenir sur sa décision. C’est stupide. Mais nous n’avons plus aucune relation.

IR : Avec le recul, quand tu réécoutes les deux albums de JD, y’a-t-il des choses que tu n’avais pas remarquées auparavant ? Que représentent-ils pour toi, en dehors des considérations du public ?

PH : La plupart du temps, j’écoutais les chansons pour leurs valeurs de base, en me disant « Ian est bon, tiens voilà mon jeu de basse, voilà comment jouent Bernard, Stephen... », et puis un jour tu analyses les paroles, tu t’arrêtes sur la façon précise dont Ian écrivait les chansons, et tu réalises l’intelligence avec laquelle il amenait ses petits tours d’écriture dans nos compositions. Ses expressions lyriques, ses textes, deviennent évidents quand tu les chantes, ils sont de parfaites révélations, et c’est ainsi sur les deux albums. Ces albums, ce sont comme des premiers boulots après tes études, tu t’en rappelles toute ta vie, ils sont très importants car ils forment la personne que tu deviendras. Après, soit tu te laisses aller sans rien faire, soit tu t’accroches d’année en année et développe une carrière. J’ai été chanceux qu’Unknown Pleasures soit bien accueilli à son échelle, car ça m’a permis de continuer à jouer. Aujourd’hui, je peux dire que je joue de la musique grâce à Unknown Pleasures, voilà ce qu’il représente. Je pense que s’il n’avait jamais été écrit, je ne jouerais pas actuellement.

Au tout début de cette tournée, je me sentais coupable de faire quelque chose que les gens ne voulaient pas que je fasse, ou qu’ils n’aimaient pas. Mais on a passé de supers moments, on a joué devant des milliers et des milliers de gens, et personne ne voulait que ça s’arrête. C’est une position étrange de jouer un album aimé par autant de gens, dans la mesure où il représente une partie de la vie de ces personnes. C’est un album particulier. La seule chose à espérer, c’est que le public perçoive bien la passion qu’on a mis pour être à la hauteur de tout cela. On a vraiment travaillé dur pour que ça sonne le mieux possible.

IR : J’ai pu lire que vous n’étiez pas conscient, à l’époque, d’être un groupe qui se distinguait clairement des autres, ou plutôt, qui avait quelque chose en plus.

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Tony Wilson

PH : Nous ne savions pas. Quand on travaillait, on faisait juste de notre mieux. On a eu la chance d’avoir Tony Wilson, le patron de notre label, qui disait : « faites ce que vous voulez, faites quelque chose qui vous rend heureux, je vous fais confiance », un mec normal aurait dit : « change ci, change ça, prend tel producteur, changez vos compositions... » et ça aurait tout foutu en l’air... Lui nous faisait confiance, il nous a permis de grandir et surtout d’aller à notre rythme, ce qui était fantastique. Cela nous a permis d’être le groupe que nous étions, ou que nous sommes ?...



Vos commentaires

  • Le 12 octobre 2011 à 21:23, par Thibault En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    Très bonne interview, du joli travail Deb’ ! J’aime bien le passage où il raconte l’importance de Curtis, le recul et le coup d’oreille qu’il offrait au groupe, ça change de l’image du mec torturé et autiste, c’est agréable.

    A côté de ça, Hook a l’air d’avoir de la maturité et du recul sur ce qu’il a fait, et en même temps, il se prend pas pour de la merde. Il a une très haute opinion de sa génération, et sa petite phrase sur les Cure, c’est quand même assez fort de café.

  • Le 13 octobre 2011 à 14:44, par Oh ! Deborah En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    C’est cool que ça vous plaise, je suis très contente d’avoir eu cette opportunité ! Hook est le plus « lad » et le plus « rentre-dedans » parmi les membres de New Order, il en rajoute un peu parfois, mais l’échange a vraiment été sympa. Il a beaucoup d’estime pour sa génération mais je suis d’accord avec lui.

    Pour les Cure, héhé.. Dois-je vraiment rappeler ce petit plagiat :) :
    The Cure (1987) : http://www.youtube.com/watch?v=ZpWK...
    NO (1989) : http://www.youtube.com/watch?v=2Yve...

    A croire que New Order l’avait fait exprès, compte tenu des tensions à l’époque. Je pense que les deux groupes se sont marchés un peu dessus mais ils restent dissociables à tous les niveaux pour moi.

  • Le 13 octobre 2011 à 16:28, par Parano En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    Dissociables notamment en terme de notoriété. A l’époque, New Order c’était pipi de chat face aux Cure.
  • Le 14 octobre 2011 à 10:29, par Prof En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    En parlant The Cure et de plagiat :

    Felt (1984) : http://www.youtube.com/watch?v=jJUZ...
    voir même
    Wire (1977) : http://www.youtube.com/watch?v=6nE8...

  • Le 14 octobre 2011 à 12:59, par Oh ! Deborah En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    En terme de notoriété, globalement, les Cure ont eu plus de succès à travers le monde, mais en terme de singles sur le sol anglais, New Order (groupes à singles) est susceptible d’avoir rafler la mise. Même certains singles mêlant le fabuleux et le grotesque oui, c’est un peu le principe chez eux !

    Prof, merci pour m’avoir rappelée cette sublime chanson de Felt, j’avais repéré la similitude du début avec Just Like Heaven mais je m’en souvenais plus. Par contre, j’avais jamais fait le lien avec celle de Wire mais ça me prouve encore que Wire est la source de toutes choses :) D’ailleurs ces premiers accords là avec ce son là ne sont pas imaginables avant Wire. Par contre après et aujourd’hui, ça parait logique et actuel.

  • Le 22 octobre 2011 à 20:52, par Deborah En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    Hé nan, complet rapidement et puis sans Hooky, bof... Il n’est pas content parait-il. J’avoue que c’est pas très sympa de continuer sous le nom de New Order sans lui, notamment quand on pense au pacte qu’ils ont fait depuis leurs débuts (ils avaient dit qu’ils changeraient de nom si un membre de Joy Division quittait le groupe et ont donc appliqué le truc).
  • Le 1er novembre 2011 à 21:00, par Oh ! Deborah En réponse à : Peter Hook revient sur Joy Division

    Les motivations de Peter Hook pour la tournée JD me semblent correctes, même si l’aspect pécunier rentre forcément en ligne de compte chez tous les groupes, surtout chez les vieux. Ca me parait logique. Généralement, je suis pas spécialement attirée par les reformations ou les concerts de groupes en fin de carrière. Mieux vaut ne pas s’attendre à revivre ou à toucher quoi que ce soit de ce qu’une période, un contexte ou un mouvement éphémère a pu offrir. Souvent, ils sont rodés ou fatigués (« l’ennui athlétique » ? même si je comprends pas cette expression), à part quelques exceptions comme Iggy (mais sans son éternelle énergie et sympathie, quel interêt de voir les mecs des Stooges aujourd’hui ? C’est limite devenu des étrangers), Iggy, j’aimerais bien le voir en solo. Les Cure, j’en parle pas, je ne les ai jamais vus. Quel interêt de dépenser au moins 50euros pour écouter des anciens titres à Bercy que j’apprécie mieux dans ma chambre, altérés aujourd’hui par l’expérience d’un groupe, ses compléments sonores, sa perfection, etc ? Ca ne représente rien.
    Cela dit, si on m’offre une place pour aller les voir rejouer Three Imaginary Boys, Seventeen Seconds et Faith, comme c’est le cas à NY le 25 novembre prochain, je vais pas chipoter non plus :)

    J’avoue aussi qu’il y a des groupes en fin de vie que j’adore encore voir sur scène, je suis forcée de constater que ce sont ceux qui n’ont jamais changé, et qui ont juste fait leur truc, comme The Fall ou TV Personalities.

    Dans le cas de New Order, quand bien même j’adore certaines chansons, ça m’enthousiasme pas particulièrement de les voir aujourd’hui, même si c’est toujours sympa et festif, donc je comprends tes impressions mitigées face au concert que t’as vu. Et si je devais y aller, ce serait pour tout, sauf pour voir l’obligatoire Love Will Tear Us Apart. Au final JD et NO sont différents sur bien des plans, on va pas les écouter pour les mêmes raisons.
    Dans le cas de Hooky, c’est encore différent, y’a plus de chanteur, je connaissais pas les membres du groupe. Il avait dit qu’il restait fidèle aux versions de l’époque (sans me faire trop d’illusions) et puis j’étais pressée de l’interviewer. La première moitié du concert était moyenne, on était loin de la magie et de la dynamique de Joy Division (ce fameux truc apathique comme tu dis, à la fois mort et extrêmement vivant, percutant) mais progressivement, une énergie sincère et proche de JD s’est développée dans une salle tout à fait adéquate (y compris l’extérieur de l’Aeronef de Lille, un brin indus) et le public, super.
    Mais bon, je considère que le passé reste là où il est.

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