Portraits
Placebo : Médicalement rock

Placebo : Médicalement rock

par Psymanu le 28 mars 2006

Placebo fête cette année ses dix ans de carrière. À l’heure où paraît leur cinquième album, un petit bilan s’impose sur ces héros du rock indie devenus machine à déplacer des stades.

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 La genèse

Bruxelles, carrefour européen. 10 décembre 1972. C’est ici, et ce jour-là que naît Brian Molko, de parents Écossais (sa mère) et Américains (son père, lui-même mixé d’origines franco-italiennes). Un père dans la finance qui regrettera toujours que son fils n’ait jamais voulu l’y rejoindre, une mère croyante jusqu’au bout des ongles, elle aussi déçue de voir son rejeton tourner le dos à l’Église (il fut un « born-again Christian »). Un frère, aussi, de dix ans son aîné, un grand écart, trop important pour que s’instaure une réelle proximité de prime abord. Pas simple d’être le petit Molko, d’autant que ça implique d’être baladé : Malawi, Liberia, Liban, pour enfin poser ses valises au Luxembourg, en 1983. Ca fait voir du pays, c’est sûr, mais ça manque de stabilité et ça complique les amitiés en les condamnant au court terme.

Et puis le Luxembourg, de l’aveu même de Brian, c’est chiant. Ca bouge peu, ça manque d’activité, ça a tendance à faire rester dans sa piaule à écouter de la musique. L’avenir ne pourra que l’en féliciter, mais pour l’heure il faut se distraire et sortir le nez dehors. De la musique, on lui en fait faire : le piano, que ses parents l’obligent à pratiquer. Un peu de saxo à l’école, mais rien de bien amusant, ni rien qui stimule suffisamment sa créativité pour l’inciter à y revenir. La guitare, en revanche, ça le branche davantage : il s’y met à 16 ans. Ca lui offre la liberté dont il avait besoin pour oser s’exprimer. Mais son truc à lui, c’est le théâtre. Il le pratique dès qu’il le peut, il s’y libère de ses frustration, y expérimente de nouveaux sentiments, de nouvelles stimulations, tout ce que sa vie de famille lui interdisait, implicitement ou non. D’ailleurs, c’est bien pour cette passion qu’il quitte en 1990 le giron familial. L’appel de Londres et du Goldsmith’s College, où il étudie plus profondément cet art dramatique dont jamais il ne se départira, finalement. Enfin il peut exploser, explorer, échappé des carcans luxembourgeois autant que de ceux de son propre entourage.

Toutefois, le virus de la musique, et plus particulièrement du rock’n’roll ne le lâche pas, et ne cesse de croître en lui. Il aime l’énergie du punk, quoi qu’il en refuse les clichés trop encombrants. Ce qui le branche, c’est la décharge émotionnelle et physique. Et puis l’époque s’y prête : les Pixies, Nirvana et le grunge naissant, les Sonic Youth également. Le rock semble vouloir retrouver ses fondamentaux en se départissant de tout le pompeux et le surproduit 80’s.

Au bahut, Brian a une amie. Qui a un ami. Cet ami, c’est Steve Hewitt, qui a pour intérêt notable d’être un bon batteur. Lui, c’est un anglais pur et dur, made in Northwich mais élevé au grain et à l’asphalte de Manchester, étudiant brillant à la Wearchram High School. Un excellent complément du fantasque Molko :
« Steve est un gars du Nord, de Manchester, il ne faut pas lui en conter. C’est lui qui détient les clés de la réalité dans Placebo, qui me ramène sur terre. »

Mais pour l’heure, de Placebo il n’est pas question. Pas encore. Hewitt possède une expérience de groupe. Plusieurs, même, dont Breed, de façon irrégulière, et Boo Radleys. Il enregistre même un album avec ces derniers, intitulé Ishabod & I. Ses influences à lui, c’est davantage le hip-hop et le funk, presque logiquement : là où le rythme est plus fondamental. Sly and The Family Stone, Prince, James Brown, ou encore Public Enemy et les Beastie Boys, entre autres, bref ce qui se fait de meilleur dans chacune de ces spécialités. Au passage, il participe même à un projet dance intitulé K-Klass, car oui il aime bien la dance, et le disco aussi (Boney M, ces choses-là). La réalité le rattrape, sa nana tombe enceinte et il lui faut alors se mettre au boulot. Il les enchaîne sous diverses formes, comme conducteur de chariot par exemple, et voit ainsi s’éloigner sa passion. Mais celle-ci demeure la plus forte, il retourne se lover dans les bras de Breed. Ça marche plutôt très bien, d’ailleurs, puisque le groupe fait la première partie de Nick Cave deux ans durant. Parallèlement, lui et Molko fondent Ashtray Heart (référence à un titre de Captain Beefheart), que l’on peut considérer comme la première mouture de ce qui deviendra Placebo, et commencent à se produire dans des clubs.

En 1994, survient l’autre tournant, quasi-mystique tant son improbabilité est absolue. Un matin, Brian Molko est dans le métro. Déjà, ça, c’est impossible, tant Molko est habitué à n’émerger que bien plus tard. Face à lui, une grande carcasse dégingandée, surmontée d’un visage qui lui semble immédiatement familier. Ce gars-là, c’est Stefan Olsdal, 20 ans, que Brian connaissait du Luxembourg, lorsqu’ils étaient à l’école américaine. Stefan est suédois (né à Göteborg), basketteur plutôt doué dans ses jeunes années, grâce à sa taille vertigineuse, mais qu’une rébellion à fleur de peau engage à suivre les chemins de traverse. Comme Molko à cette période, il vit de petits boulots mal payés. Sûr qu’une des premières questions à retentir fut : « Mais qu’est-ce que tu fous là, ici à Londres ? » En fait, après avoir poursuivi ses études en Suède, Olsdal a suivi ses parents dans la capitale anglaise afin de rejoindre le Musicians Institute. Car par un nouvel heureux hasard, il est musicien, lui aussi. Sauf que lui c’est plus sérieux : multi-instrumentiste (guitariste, pianiste, bassiste et batteur), il possède une parfaite connaissance théorique en totale opposition à l’autodidactisme approximatif de Brian. « C’est le genre de type qui, en marchant dans la rue, peut te dire sur quelles notes sonnent les différents klaxons des voitures. » précise ce dernier. Ses influences à lui, ça va du classique au heavy metal, surtout le heavy metal dans lequel il se jette, majeur tendu vers ses parents, même si son groupe préféré reste Depeche Mode. Il aime bien Abba, aussi, mais ça c’est son côté suédois (il reconnaît pouvoir pleurer à l’écoute de The Winner Takes It All, personne sauf lui-même ne peut dire s’il est sérieux ou pas).
Entendons-nous bien : Olsdal et Molko ne sont pas potes, à la base. Au Luxembourg, ils s’ignoraient même superbement, un bon vieux problème d’origine sociale, de gens qui ne se mélangent pas. C’est donc du bout des lèvres, comme on lance en partant un « faudra qu’on se fasse une bouffe » qui sonne comme un adieu à un vieux camarade auquel on ne sait plus quoi dire, sans conviction, que le petit brun propose au grand blond de venir les voir, lui et Hewitt le soir-même, lors d’un show au « Round The Bell ». Surprise, Stefan est emballé, et dès lors il ne leur reste plus qu’à s’apprivoiser. Le coup de foudre artistique est mutuel, ces deux-là ne se quitteront plus.
Celui qui les lâche, en revanche, c’est Hewitt, qui se barre avec Breed pour rejoindre Nick Cave. Il leur faut donc un nouveau batteur, Olsdal fouille dans son carnet, et ça tombe bien il a ça en stock : c’est Robert Schultzberg, qu’il a fréquenté en Suède.



[1Sources utilisées pour la rédaction de cet article :

  • sur la toile :
www.placeboworld.co.uk (site officiel)
Ce site propose notamment de nombreux articles archivés extraits de diverses revues, dont le contenu fut utilisé ici.
 
www.placebocity.com (site francophone dédié au groupe)
Ce site propose notamment des articles archivés extraits de diverses revues, ainsi que de brèves biographies dont quelques éléments furent utilisé ici.
  • Revue spécialisée : Les Inrockuptibles : Les Intégrales Rock #01

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