Portraits
Story Leonard Cohen, Part Three

Story Leonard Cohen, Part Three

par Vyvy le 1er juillet 2008

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

 Death ?

New Skin for the Old Ceremony n’entrera même pas dans les charts américains. Pour Cohen commence alors une période intrigante, de passage à vide, moralement et financièrement, qui se finira réellement en 1988 avec le succès d’I’m Your Man. Ce passage à vide de Cohen se traduit par une profonde remise en question, une nouvelle quête du soi.

Musicalement, on l’a dit, Cohen se croyait grillé. L’existence même de New Skin est donc un « miracle », tant il pensait avoir, a 40 ans, perdu la plume, comme à 14 ans il avait perdu l’hypnose. Juste après New Skin, Cohen –miraculé- enchaine directement, et, retravaillant avec Lissaeur, ils commencent un nouveau projet, Songs for Rebecca. Une belle poignée de chansons sont alors enregistrées, mais Cohen, n’aimant pas le résultat, tue le projet dans l’œuf. Il veut un nouveau son, un nouveau regard sur ses textes, mais il coince, n’écrit que peu, et toujours aussi lentement que d’habitude. Alors il part en tournée, pour sa plus longue tournée européenne d’alors, et même pour une petite tournée américaine, ou il est ovationné dans les clubs ou il joue. Un soir, Dylan passe même le voir…

Sa relation avec Suzanne elle, empire de nouveau. Une fille, Lorca, leur est née, mais leur relation s’est transformée en pitoyable brasier, plein de haine et de ressentiment. Cohen hésite, et d’Hydra où il passe seul (c’est-à-dire sans Suzanne, mais avec d’autres femmes) quelques mois en 1975 il ne sait s’il veut raviver sa flamme –il songe ainsi à épouser Suzanne à Jérusalem, en espérant que la sanction divine leur donnera un nouveau souffle- ou jeter de l’huile sur le feu, avec ses maitresses et ses rancœurs. Alors Cohen écrit. Il n’écrit pas de chansons, non, il travaille (encore, toujours, jusqu’à sa publication en 1978) sur Death of a Lady’s Man son nouveau recueil de poésie, qu’il promettra et ajournera tant de fois, que même le plus compréhensible des éditeurs, Jack McLelland, lui en voudra un peu. La couverture du recueil va reprendre la lithographie de la pochette de New Skin représentant une étreinte entre deux anges, probablement un homme et une femme. L’homme, le titre nous l’annonce, se meurt, en pleine étreinte : tué par l’amour ? par la femme ? L’homme qui meurt dans ce recueil n’est pas vraiment, enfin, plus vraiment Cohen. L’homme qui meurt, c’était l’homme, presqu’époux, de Suzanne. Pendant de très longues années maintenant, ils avaient été ensemble, et cela sentait la fin. Mais, tout comme avec Marianne, les affaires de Cohen mettent très longtemps à réellement se finir, chacun y allant de son petit effort mal-consenti pour faire vivoter un couple qui devrait mourir. Cette fois-ci, la chose est plus compliqué, car Suzanne lui a donné deux enfants, que Cohen adore, même si souvent de loin.

Car Cohen a toujours la bougeotte. Hydra, Montréal, Los Angeles, avec un détour par Nashville pour enregistrer Passing Thru avec Joan Baez, Ramblin’ Jack Elliot et Buffy Sainte-Marie, et le Mount Baldy, où il séjourne de plus en plus, se plongeant corps et âme dans le zen. Il accompagne ainsi Roshi en 1975 dans une tournée de temples japonais, et en revient encore plus déterminé à chercher et adorer la beauté. Cela se fait par le zen (et les femmes), jusqu’à ce que son corps le lâche et ne lui impose une pose forcée. Rupture de ligament dans un de ses genoux, et voilà le zazen, et donc tout le quotidien du centre, impossible. Cohen en profite donc pour se replonger dans sa religion, encore et toujours le judaïsme, en faisant en 1975 une courte pause dans sa manie d’utiliser le zen comme méthode pour mieux appréhender sa propre religion.

La pause tombe à pique, car CBS a besoin de lui pour aider à promouvoir un nouveau disque, The Best Of Leonard Cohen. Ce beau disque, comme sa photo de pochette le montre (on y voit Cohen devant un miroir, en 1968, évidemment dans une chambre d’hôtel…) est tourné vers le passé. Vers l’époque où du Leonard Cohen, ça se vendait. Ainsi, à part Chelsea Hotel #2 et Famous Blue Raincoat, le tout sonne très remâché des deux premiers Songs Of…. L’album est, et je cite Gilles Tordjman, « un bide cuisant outre-atlantique ». CBS est si fâché que le contrat de Cohen aurait même été remis en cause… Pourtant, Cohen trouve la force de continuer. Encore, et toujours. Annoncé mort plusieurs fois, has-been par ses ventes, il s’accroche pourtant, et le voilà encore en tournée. Car si l’album ne se vend pas aux USA, il s’arrache dans le vieux continent, et Cohen s’y donne à cœur joie, si bien qu’Ira Nadel raconte qu’un critique s’émeut de la vie qu’il met dans son chant, si différente de sa voix de studio.

Après la tournée, il passe l’été 1976 à Hydra avec Suzanne. Malgré la tournée réussite, son état mental n’est pas des meilleurs, et il n’arrive à rien, ni à écrire, ni à chanter. Heureusement, une visite d’Irving Layton sur l’ile vient le tirer un peu de son mouron. Une fois rentré de l’autre côté de l’Atlantique, il revient à Roshi et au zen. Il ne le quittera pas pendant les 20 prochaines années. Cohen s’est trouvé un roc, un maître apte à le conseiller, le guider. Il se laisse d’ailleurs un peu étouffer. À Los Angeles, il fait des allers-retours journaliers entre le ranch qu’il loue avec Suzanne (Leonard Cohen et la frustration du cow-boy) et le centre zen. Pourtant ce n’est pas la bonne compagnie qui manque dans ce ranch… Bob Dylan notamment y resta quelques temps après s’être séparé de sa femme, trouvant chez Cohen un endroit paisible. Où Cohen va, Roshi va, et vice-versa. Mais Cohen soudain se trouve un nouveau compagnon de jeu, qui s’avèrera un tantinet plus dangereux…

Nous voilà en 1977, et Phil Spector entre en scène. Oui, Phil Wall of Sound Spector, celui auquel on doit et River Deep, Mountain High et All Things Must Pass. Une pointure, donc. Ou plutôt, une ex-pointure. Un peu en bout de course, comme Cohen. Sur le papier, c’est parfait : un couple de losers qui par leur collaboration vont renaitre. Oui, mais ça ne se passera pas comme ça, et l’album qui sortira des séances d’écritures communes dans l’antre glacée de Spector (qui a toujours chaud semble-t-il), et de ces enregistrements tarés desquels Cohen fut viré après avoir été menacé d’un flingue par Phil qui lui susurrait un « I love you Leonard » à l’oreille, bref, de ce procédé qui ne ressemble en rien à ce que Cohen avait fait ou fera par la suite, est, dans les mots bien mérités, de Gilles Tordjmann une « bouse infâme ».

De cet ovni on retiendra Dylan et Ginsberg qui font des chœurs sur la très profonde Don’t Go Home With Your Hard On, bel exemple de la camaraderie dylanocohenesque alors en vigueur. On retiendra aussi un Memories et ses merveilleuses paroles (So won’t you let me see /
I said « won’t you let me see » /
I said "won’t you let me see
Your naked body ?"
qui retrouvera une seconde vie, toute aussi kitsch mais bien plus réussie, en live lors des tournées suivantes, et sera notamment immortalisée sur le magnifique live de 1979 Field Commander Cohen, tour of 1979.

Tournée ? Live ? Tout cela nous signifie quelque chose : Cohen a beau clamer sa mort à coup d’œuvres commençant par Death – le recueil de poésie sortant enfin-, il est bien vivant, et reprend même du poil de la bête. Une embellie, morale, et musicale s’annonce… la commerciale pointera son petit nez quelques années plus tard.

Cohen se sort donc du marasme collinsesque. Pour se faire, il renie le bébé, mixé dans son dos, et ce avant sa sortie. Cohen prévient, il n’aime pas l’album, le projet lui a échappé. Tout ca ne fait pas très sérieux, et l’album, publié sur le label de Collins, Warner, et donc pas Columbia (on peut douter que son contrat eu survécu cela de toute manière), reste un bien mauvais souvenir, et pour l’artiste, et pour certains fans, qui crient au désastre.



[2in Ira Nadel, Various Positions p 240

[3Ira Nadel, Various Positions p 250

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Sources :

  • l’excellent site internet The Leonard Cohen Files
  • Gilles Tordjman, Leonard Cohen, Le Castor Astral, 2006.
  • Ira B. Nadel, Various Positions A Life of Leonard Cohen, University of Texas Press, réedition 2007 (Première édition 1996).